On l’avait remarquée cet été à Paris lors des Jeux où elle participait au marathon sous les couleurs de l’Ouganda. Mais c’est en tant que traileuse de haut niveau que beaucoup connaissaient Rebecca Chepteigei. Sa fin tragique marque tous les esprits aujourd’hui. Brûlée dimanche dernier à 80% par un homme présenté comme son compagnon, l’athlète de 33 ans est décédée, vient d'annoncer aujourd’hui le président du comité olympique ougandais. Elle se trouvait alors devant son domicile, dans l'ouest du Kenya, où elle vivait et s’entraînait. Ses deux filles de 9 ans et 11 ans étaient présentes lors du crime.
Le féminicide n’épargne pas le monde du trail. Ces crimes perpétrés à l’encontre de femmes par leurs compagnons, ex compagnons ou leur famille, touchaient 45 000 femmes dans le monde en 2021, selon les dernières données de l’ONU. Soit 5 victimes toutes les heures. Parmi les continents les plus concernés, l’Asie et, en deuxième position, l’Afrique. A 33 ans, l’Ougandaise Rebecca Cheptegei, qui avait remporté l’or aux Championnats du monde de course en montagne et de trail à Chiang Mai (sur l'épreuve "Classic Up & Down"), en Thaïlande, en 2022 et qui s’était classée 44e au marathon lors de Paris 2024, vient donc rejoindre la liste accablante des victimes. Dimanche dernier, l’athlète a violemment été agressée par un homme présenté comme son compagnon. Ou son ex compagnon, si l’on se réfère aux déclarations de Joseph Cheptegei, le père de la victime. Sa fille se serait " liée d'amitié avec cet homme, mais ils ont eu des différends et il est parti vivre avec sa femme."
A l’origine du drame, il semble que se trouve un conflit autour d'un terrain qu’elle avait acquis. Le suspect, Dickson Ndiema Marangach s'est introduit dans la propriété de Rebecca Cheptegei, avec un bidon de 5 litres d'essence vers 14 h locale (11 h GMT), alors qu'elle se trouvait à l'église avec ses enfants, rapporte l’AFP. La traileuse qui, avait quitté l’Ouganda pour s’installer au kenya pour s’y entraîner, vivait avec sa sœur et ses deux enfants dans cette maison qu'elle avait faite construire à Endebess, à 25 kilomètres de la frontière ougandaise, a détaillé mardi son père Joseph Cheptegei, présent à Eldoret. À leur retour de l'église, il l'a arrosée d'essence et a mis le feu sous les yeux de ses enfants, deux fillettes âgées de 9 et 11 ans, rapporte le quotidien kényan The Standard.
Des voisins sont intervenus pour stopper les flammes dévorant l’athlète ainsi que son agresseur, touché lui aussi par l’incendie. Le couple a été transporté au Moi Teaching and Referral Hospital (MTRH) de la ville d’Eldoret. Mais Rebecca Cheptegei, brûlée à 80%, a succombé à ses blessures, a annoncé jeudi Donald Rukare, président du comité olympique ougandais. Un membre du personnel de l'hôpital avait affirmé à l'AFP mercredi, sous couvert d'anonymat, que son état s'était aggravé, après avoir "développé une infection bactérienne de septicémie".
We have learnt of the sad passing on of our Olympic athlete Rebecca Cheptegei OLY following a vicious attack by her boyfriend. May her gentle soul rest in peace and we strongly condemn violence against women. This was a cowardly and senseless act that has led to the loss of a… pic.twitter.com/V8Mog3oMOX
— Donald Rukare (@drukare) September 5, 2024
« Nous avons appris le triste décès de notre athlète olympique Rebecca Cheptegei à la suite d’une violente agression de son petit ami. Que son âme repose en paix et nous condamnons fermement la violence contre les femmes », a déclaré Donald Rukare dans un message sur X. « Il s’agit d’un acte lâche et insensé qui a conduit à la perte d’une grande athlète. Son héritage perdurera », a-t-il ajouté. S’exprimant sur X, la fédération ougandaise d'athlétisme s'est dite "profondément attristée" du décès de son athlète "victime tragique de violences conjugales"(…)"Nous condamnons de tels actes et appelons à la justice". De son côté, son homologue kényane (Athletics kenya), a regretté "Son décès prématuré et tragique est une perte profonde", en réclamant "la fin de la violence sexiste". Très émue, X Njeri Migwi, cofondatrice de l'association "Usikimye" ("Ne reste pas silencieuse" en swahili) - refuge pour victimes de violences sexuelles et sexistes - a déclaré pour sa part : "Rebecca Cheptegei est morte. Nous prononçons ton nom au pays des vivants. Repose en paix. Oui, c'est un féminicide. Nous devons mettre fin aux féminicides".
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
