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Hilaree Nelson : sa série noire, le Lhotse et les vertus d’un break
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  • Alpinisme & Escalade

Hilaree Nelson : sa série noire, le Lhotse et les vertus d’un break

  • 10 avril 2019
  • 3 minutes

Graham Averill Graham Averill

La ski-alpiniste, célèbre pour ses prouesses sur les sommets les plus inaccessibles, explique comment un break de deux ans a sauvé sa passion - peut-être même sa vie - et permis l’exploit.

Hilaree Nelson a plus d’un exploit à son actif. Elle a été la première femme à gravir deux 8 000 mètres en 24 heures, s’est offert des descentes inédites un peu partout dans le monde - dont les "cinq saints" de Mongolie- et a skié le Cho Oyu au Tibet. Capitaine de la Global athlete team The North Face, elle comptait parmi les aventuriers de l’année 2018 distingués par National Geographic.

Pourtant, le plus bel exploit d’Hilaree Nelson a peut-être été d’apprendre à gérer l’échec. "Pendant quelques années, j’ai vécu une série noire dans mes expéditions, rien ne se passait comme prévu, raconte-t-elle depuis le Colorado, où elle habite. J’étais super mal, dans un mauvais cycle."

Les problèmes ont commencé alors qu’elle s’attaquait, à ski, au Papsura, une montagne du nord de l’Inde surnommée le "pic du Diable". Hilaree Nelson l’avait en ligne de mire depuis plus de 10 ans, et son ascension manquée en 2013 a ouvert la voie, selon elle, à une série d’échecs.

Cauchemar logistique

Le plus marquant fut sans doute son expédition au sommet d’Hkakabo Razi au Myanmar en 2014. Un cauchemar logistique émaillé de traversées sans fin dans la jungle, d’hypothermies, de rations insuffisantes ou encore de porteurs se faisant la malle au beau milieu de la nuit… L’épopée est racontée dans un documentaire “Down to Nothing” (VO non sous-titrée) et Hilaree Nelson continue à ce jour à sillonner les États-Unis pour partager les fruits de cette expérience. Face à ses déconvenues professionnelles répétées, la skieuse commet ensuite l’impensable : elle décide de faire une pause.

Elle déchausse pendant deux ans. Elle ne sort même pas du pays. Elle se consacre à de nouvelles disciplines et s’inscrit dans une démarche purement athlétique, notamment à vélo de route, ou en apprenant à nager. Elle participe à des courses et passe du temps avec ses deux enfants.

"J’avais un paquet d’énergie à dépenser. Je me suis lancée dans les ultras, les courses à vélo de 150 km, les ironmans, les parcours d’escalade improbables, se souvient-elle. J’ai passé du temps à essayer de remettre ma vie à plat et récupérer un mental suffisamment solide pour retourner en montagne. L’alpinisme n’est déjà pas sans risque quand tout va bien. Si on ne se lance pas pour les bonnes raisons, les dangers sont multipliés."

Regarder la montagne autrement

L’hiver 2016-2017 voit débarquer une neige abondante dans le Colorado. Hilaree Nelson s’engage alors, avec son nouveau partenaire d’aventures, Jim Morrison, dans des couloirs techniques de la chaîne des San Juan. Ensemble, ils doivent identifier le parcours, réaliser des descentes en rappel, gravir ou contourner de hauts ressauts. Cette pratique d’un ski très technique rebooste Hilaree Nelson qui décide de s’attaquer de nouveaux à des sommets difficiles.

En 2017, elle et Jim Morrison réalisent la première descente à ski du pic du Diable, qui l’obsédait depuis si longtemps. Une réussite impossible sans ces deux ans de break, affirme-t-elle. "Ça a totalement changé ma vision des choses. Au Papsura, c’était la première fois de ma vie que je retentais l'ascension d'un même sommet après un échec. J’ai pour ainsi dire enlevé mes œillères et pu regarder la montagne autrement, trouver une autre équipe, tenter un nouvel itinéraire et partir à une saison différente. J’en aurais été incapable sans cette pause".

Nouveau souffle, nouveau champ des possibles pour la ski-alpiniste. Après le Papsura, Hilaree Nelson et Jim Morrison gravissent le double sommet du Denali (2 740 m), mêlant ascension alpine sur la face sud de cette montagne de l’Alaska puis ascension et descente à ski. Mais sa prouesse la plus impressionnante reste certainement sa dernière en date : l’ascension et la descente à ski des 8 516 mètres du Lhotse en septembre 2018. Le tandem a été le premier à réaliser un tel exploit. Le sommet de la chaîne de l’Everest échappait aux skis alpinistes depuis des décennies. Une descente d’une seule traite après 18 jours de montée.

A l’assaut du Lhotse

Hilaree Nelson et son partenaire ont choisi de gravir le Lhotse à l’automne, avec simplement le printemps et l’été pour s’entraîner. Partant, il n'était pas possible de skier en prévision de cette expédition dont le grand final est pourtant une descente à ski de 2 130 mètres. "Je n’étais pas inquiète de l’aspect physique de notre entraînement, raconte l’athlète. Je suis toujours dehors à bouger, ça s’entretient tout seul. Mais nous avons tenu à aller loin dans la préparation mentale."

La skieuse et son acolyte ont en outre cherché à affiner leur technique et leurs manips d’escalade. Ils se sont autant que possible entraînés en conditions réelles, sur des faces exposées, passant jusqu’à 10 heures par jour dans les montagnes du Colorado. "On s’attaquait à d’immenses arêtes rocheuses à 4 000 mètres d’altitude. Il faut s’accrocher. Le moindre instant d’inattention et c’est la chute, assure-t-elle. Nous voulions être habitués à réaliser des gestes techniques dans des situations à haut risque."

Pour 2019, Hilaree Nelson n’a pas trop chargé son agenda côté ski. Mais les 8 000 mètres de l’Himalaya se profilent pour elle à l’horizon 2020. En attendant, elle continue son approche multidisciplinaire. "C’est génial de se mettre à de nouveaux sports passé quarante ans, se réjouit-elle. Je ne pensais pas aimer le cyclisme sur route, mais finalement j’adore. Et je suis toujours autant séduite par les sports dans lesquels je peux progresser hyper rapidement."

Son prochain objectif : varier les plaisirs sur les pentes. "J’ai tellement skié de poudreuse cet hiver que j’aimerais essayer ça en snowboard."

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