Des centaines de mètres au-dessus du sol, sur sa sangle, Nathan Paulin, haut-savoyard de 28 ans, explore le monde depuis près de dix ans, tout en écrivant l’histoire de sa discipline. Mêlant performance et poésie, de la montagne à la ville, les images de ses vagabondages verticaux sont spectaculaires. Son dernier exploit en date ? Une traversée de 2 200 mètres de long reliant le Mont Saint-Michel, site classé au patrimoine mondial de l’Unesco, depuis une grue, à 114 mètres du sol. Un record du monde de distance, réalisé hier, mardi, en début de soirée. Rien n’était pourtant acquis : durant ses années de pratique, Nathan a notamment dû apprendre à passer outre sa peur du vide.
Pas à pas, regard vers l’avant, bras ouverts, genoux légèrement fléchis afin d’abaisser le centre de gravité, sur une sangle de 2 200 mètres pour deux centimètres de large, Nathan Paulin avance vers le Mont Saint-Michel, sécurisé par une ligne de vie. Près de deux heures après son départ, il atteint la salle des cloches de l’abbaye, le record du monde est battu. "Je ne le fais pas pour l’adrénaline, pas pour les sensations. C’est pourquoi, je n’aimais pas du tout ça à mes débuts. J’étais terrifié" expliquait récemment le highliner au micro du podcast Ultra-Talk. Mais comment en est-il arrivé jusque-là ?
Tout commence durant l’été de ses dix-sept ans, un peu par hasard. Nathan Paulin trouve une sangle dans le garage de ses parents, et ce sportif féru d’outdoor, du trail au ski, découvre alors la slackline. Il n’a jamais arrêté depuis. Ce qui l’anime ? Le côté méditatif de la pratique, seul moyen de canaliser son énergie débordante. Six mois plus tard, le voilà aux côtés des Flying Frenchies, un groupe de Français repoussant les limites de ce sport, lors d’un rassemblement organisé aux Trois Pucelles, à Grenoble, avec pour challenge de tester la highline, une discipline quasi-identique à celle qu’il pratique dans son jardin… sauf qu’au lieu de marcher au ras du sol, il a sous ses pieds plusieurs mètres de vide. Une première expérience terrifiante. Ce n’est pas pour lui, il n’en fera plus jamais, pense-t-il.
Quelques mois plus tard, armé d’une confiance acquise à force de travail acharné, il commence pourtant à installer ses propres highlines en montagne, avec des copains. Rapidement, il progresse jusqu’à passer outre sa peur du vide, notamment en écoutant de la musique, ce qui l’aide à rentrer dans sa bulle. Autre astuce : la visualisation, durant laquelle, quelques jours avant d'être sur la sangle, il s’imagine que tout se passe le plus parfaitement possible, en y mettant le plus d’intention, de sensations et d’émotions possible. Ainsi, Nathan repousse peu à peu ses limites, puis celles de sa discipline, devenant, dès 2013, l’un des meilleurs mondiaux. Tout s’enchaîne jusqu’aux divers records du monde de distance. 403 mètres à La Réunion (2015), 1 020 mètres aux côtés du Tchèque Danny Mensik dans les Alpes-Maritimes (2016), 1 662 mètres dans le Cirque de Navacelles (2017). Des performances qui lui permettent de vivre de sa passion grâce aux sponsors, aux spectacles et aux interventions dans différentes manifestations (démonstrations, séminaires d’entreprise, conférences…).
Mais au-delà des chiffres, Nathan ne cesse d’être à la recherche d’endroits nouveaux et esthétiques lui permettant d’exprimer toute la poésie de son sport, que ce soit en haute montagne ou dans des milieux plus urbains - à Moscou en reliant deux gratte-ciel, à Rio de Janeiro pour rejoindre le Pain de Sucre, ou encore entre la Tour Eiffel et le Trocadéro, une performance emblématique réalisée en faveur du Téléthon, et hier encore, au Mont Saint-Michel.
Son prochain objectif ? Relier la Tour Eiffel à la Tour Montparnasse, soit 2,7 kilomètres. Un challenge autant physique que technique.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€

