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Surfrequentation sentier randonnée
  • Société
  • Environnement

Face à la surfréquentation sur les sentiers : faut-il concentrer ou répartir les flux de randonneurs ?

  • 11 avril 2024
  • 5 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Le sujet fait régulièrement les gros titres : la surfréquentation des milieux naturels. Une réalité mise en avant post-Covid, une ère où jamais l’appel des grands espaces n’aura résonné aussi fort aux oreilles d’autant de personnes. Mais comment trouver le fragile équilibre entre valorisation des territoires et protection des milieux ? En s’appuyant sur le modèle anglo-saxon, à savoir concentrer la fréquentation sur un seul site ? Ou bien en diffusant le trafic sur des sentiers alternatifs ? Analyse.

Le phénomène de la surfréquentation n’est pas nouveau, mais il s’est accéléré depuis quelques années. Les causes ? « L’essor de la pratique de la marche et de la randonnée, d’une part, mais surtout des phénomènes de concentration sur certains itinéraires », précise le guide que vient de sortir la Fédération Française de Randonnée en collaboration avec l’Agence nationale de cohésion des territoires : « Sentiers de montagne en tension : identifier, évaluer, agir ».

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En juin 2023, dans le cadre de l’annonce de son plan d’actions pour réguler les flux touristiques, le gouvernement français rappelait que 80 % de l’activité touristique était concentrée sur seulement 20 % du territoire. Un constat régulièrement cité, depuis plus de vingt ans d’ailleurs. Même son de cloche du côté de l’Organisation mondiale du tourisme qui dénombre 95 % des touristes sur seulement 5 % de la planète. 

Foulés par des milliers de visiteurs, les sites naturels saturent, entre piétinement, érosion des sols, équilibre biologique et biodiversité menacés, hyper vigilance de la faune, pollution du milieu et conflits d’usages. « Le constat du ‘trop-plein’ est acté et partagé par tous » annonçait le Parc National de Port-Cros dans un communiqué lors sa réouverture au public en début juillet 2021.

La surfréquentation, un phénomène uniquement lié à notre perception ?

Un « trop-plein » que les experts, enseignants chercheurs en géographie, directeurs de parcs et fédérations, refusent pourtant de qualifier de « surfréquentation ». « Ce terme trahit d’emblée un parti pris » explique Lionel Laslaz, maître de conférence à l’université Savoie-Mont-Blanc, membre du laboratoire EDYTEM. « Aucun travail scientifique sérieux ne permet de dire à partir de quel moment on serait en ‘sur’ ou en ‘hyper’. Il faut se rendre compte de l’importance, ici, des perceptions, de ce que j’appellerais le ressenti social. Quand on se rend dans un espace de nature, on a envie d’être seul, et non pas de se trouver au milieu de la foule. C’est ce que résumait l’alpiniste Bernard Amy dans un entretien qu’il m’avait accordé en 2001 : ‘L’alpiniste se retrouve dans la foule des gens qui veulent être seuls’ ».

Une vision que partage Pierre Torrente, chercheur en géographie à l’université Toulouse-Jean-Jaurès et président de l’Association des Transitions des Territoires de Montagne : « Je dis plutôt qu’on a des problèmes momentanés de fortes concentrations – concentrations qui, de fait, posent un certain nombre de questions […] Quand je pars en montagne à 5 heures du matin, je ne rencontre pas de forte concentration. À l’inverse, si je quitte le parking à Chamonix à 9 heures le 15 août, je suis certain qu’il y aura du monde ». Ainsi, pour lui, la surfréquentation est en partie liée « à notre propre perception. […] On ressent ici l’impact des évolutions sociales vers une société de plus en plus individualiste, avec de moins en moins le sens du collectif et de l’intérêt général. Il faut donc avant tout s’interroger sur ce désir de privilège, cette volonté de bénéficier d’un lieu tout seul, cette incapacité à partager avec l’autre... ».

Le subtil équilibre entre protection de l’environnement et valorisation des territoires

Refuser de qualifier les problématiques de forte fréquentation de « surfréquentation », ce n’est pas nier leurs effets sur l’environnement pour autant. « La dispersion des gens et la multiplicité des activités sur tous milieux est un véritable problème », s’inquiétait Suzanne Forêt, conservatrice de la Réserve Naturelle des Hauts de Chartreuse, un espace très prisé par les touristes. « Que ce soit sur terre, en randonnée, sur les falaises, en escalade, et aussi sous terre, avec une activité spéléologique croissante. De plus en plus de gens sont là pour consommer les lieux, en tant qu’espaces de loisir, et ne sont pas forcément sensibilisés aux questions d’impacts sur le milieu et sur les espèces […] Tous les massifs montagneux cherchent des solutions. Comment arriver à allier fréquentation, protection de l’environnement et gestion des conflits ? », s’interrogeait-elle.

« On a un modèle à repenser, fondé sur l’approche quantitative : on a cru que plus on augmentait la fréquentation, plus on allait générer du développement sur le territoire » explique Pierre Torrente. « Les politiques publiques, depuis la démocratisation du tourisme, ont été guidées par la notion de liberté. Le tourisme doit être accessible à tous. On est parti du principe que garantir cette accessibilité entraînait que chacun était libre de pratiquer le tourisme quand il le voulait. C’était une notion égalitaire. Mais on s’est trompé... On a fait comme si la ressource était infinie ». Ce qui est loin d’être le cas…  

Reste à savoir comment trouver l’équilibre subtil entre préservation et tourisme. Des solutions existent, déjà bien éprouvées, ou encore en test. Sensibilisation, alternatives aux sites saturés, meilleure répartition temporelle des sites, démarketing, mise en place de navettes, interdictions spécifiques, quotas, fermeture intégrale, taxes… Une à une, nous les avions explorées en juillet 2022 à travers une longue enquête. 

Faut-il concentrer ou diffuser la fréquentation ? 

Mais alors, que faire ? Concentrer les flux sur un nombre limité de territoires ? C'est l'option choisie par les anglo-saxons. Ainsi, dans les parcs nationaux australiens, canadiens, états-uniens, néo-zélandais, on ne peut pas sortir des sentiers balisés. La stratégie ? Un fort aménagement des itinéraires principaux et des sites d’accueil, qui sont hyperéquipés. « Les touristes ne peuvent absolument pas sortir des sentiers, sous peine d’être verbalisés par les rangers » raconte Lionel Laslaz. « L’idée est de concentrer les perturbations dans un endroit donné, afin que le reste demeure à l’écart de la fréquentation ». Un modèle également marqué par le puritanisme américain et une finalité de rentabilité économique. 

Ce n’est pas la stratégie adoptée en France, et de manière générale en Europe occidentale, fondé sur la libre circulation. Exception faite du parc national suisse, où il y a des heures d’ouverture et de fermeture. Mais entre ces deux modèles opposés, quelle est la meilleure option pour les territoires ? Pour lutter contre la "surfréquentation" faut-il polariser, concentrer les flux en un même endroit ? Ou les répartir ? 

L'exemple du Parc National des Écrins, pionnier en gestion des flux touristiques

Ces questions-là, le Parc national des Écrins se les pose depuis longtemps. Dès 1974, l’année suivant sa création. Période où a été installé son schéma de sentiers, d’environ 750 kilomètres. « Nous avons choisi d’aménager et de signaler certains itinéraires plutôt que d’autres où ne souhaitions pas que le public se rende » précise Pierrick Navizet, chef du service Accueil et Communication pour le parc. « Ces choix ont été parfois revisités au fil des évolutions naturelles et des conventions de partenariat avec les communes. Historiquement, donc, nous orientons. Mais c’est effectivement un vrai sujet. Le gestionnaire d’un espace protégé peut-il agir réellement sur les flux ? Nous n’en sommes pas convaincus. […] Il existe une attractivité des lieux visités ou des itinéraires pratiqués. Et il est difficile de lutter contre. Et puis, on ne va pas pousser les gens à aller en vacances dans le Queyras ou dans la Vanoise ! ».  

Le Parc National des Écrins travaille en revanche avec des offices de tourisme sur les itinéraires à promouvoir en haute saison auprès des visiteurs en séjour. À noter que la fréquentation a essentiellement lieu du 14 juillet au 15 août, soit en haute saison touristique. Et qu’elle se trouve concentrée sur 12 % du linéaire de sentiers. « Pendant cette période, nous n’envoyons personne vers le lac du Lauvitel, et redirigeons vers d’autres sites. Cela fait un peu baisser la pression » souligne Pierrick Navizet. 

Difficile toutefois de faire adhérer le public à des sentiers alternatifs. Du côté de la Corse par exemple, on constate que ces itinéraires - notamment les trois sentiers "Mare à Mare" aménagés par le Parc Naturel Régional de Corse qui traversent l'île d'Ouest en Est, ou inversement - attirent encore peu de randonneurs, en comparaison avec le mythique GR20, victime de "surfréquentation". Encore dans l’ombre de ce parcours à forte valeur symbolique, les sentiers secondaires ne sont que très peu promus par les offices de tourisme et les médias.

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