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terminorum2018
  • Aventure
  • Trail Running

EXCLUSIF : les lettres de la Chartreuse Terminorum

  • 6 juin 2019
  • 8 minutes

Chloé Joudrier Chloé Joudrier Reporter et triathlète de 27 ans, Chloé Joudrier est fascinée par le dépassement de soi et la performance sportive. Elle aime rendre compte d'aventures inspirantes et positives.

C'est la course à pied la plus dure de France qui va se lancer demain matin dans l'Isère. En deux éditions, personne n’est jamais arrivé à boucler la mythique "Barkley à la française" : la Chartreuse Terminorum. Un trail de 300 km avec 25 000 de D+ à réaliser en 80 heures sur le terrain technique de la Grande Chartreuse. Sans balisage, ni GPS ni même aucune assistance. La suite d'une série d'épreuves dont l'inscription n'est pas la moindre. Pour prétendre y participer, il faut expliquer sa motivation par courrier. Cette année, plus de cent coureurs ont tenté de relever le défi. Quarante ont été retenus. Outside a eu accès à leurs lettres, étonnantes, touchantes et toujours convaincantes.

Ils sont français pour la plupart, mais aussi hollandais, turcs ou américains, -majoritairement des hommes- tous prêts à se frotter à cette course de l’impossible. Alors la préparation physique et mentale n’est pas en option. Mais pour atteindre la sélection finale, il faut passer une première étape un peu surprenante. Car c’est à l’écrit qu’ils sont d’abord testés. « Pourquoi devrais-je être retenu pour participer à la Chartreuse Terminorum ? ». Les candidats doivent répondre à cette question. Tous les styles sont permis. Beaucoup font état de leur palmarès à rallonge, d’autres tentent l’humour, parfois la sincérité mais ils sont finalement peu à sortir du lot. Nous en avons retenus cinq, à découvrir ci-dessous.
Mais auparavant, nous avons souhaité mieux comprendre ce curieux mode de sélection et interviewer Benoit Laval, traileur chevronné et créateur de cette épreuve déjà mythique.

S'orienter ... une des difficultés de la Chartreuse. Entre autres (Cyrille Quintard)
Ruines désolées, bois touffus et passage de rivières glacées font partie des charmes de la Chartreuse Terminorum (Cyrille Quintard)
Endurance, autonomie, sens de l'orientation, la partie n'est gagnée d'avance pour personne (Cyrille Quintard)
Chaque participant à la Chartreuse apporte sa plaque d'immatriculation, un rite inspiré de la Barkley (Cyrille Quintard)
Trouver l'un des 15 livres cachés le long des 300 km de Trail, une obsession pour les traileurs qui devront en arracher la page correspondant à leur numéro de dossard. Une façon comme une autre de s'assurer que tous suivent l'intégralité de la course (Erik Sampers)

Benoit Laval : « Personne ne s’attaque à la Terminorum sans s’aider des autres »

Sur votre site, il n’y a ni adresse ni date pour vous envoyer les lettres. C’est une épreuve avant l’épreuve ?

Nous voulions corser le jeu. Il n’y a qu’un seul jour dans l’année où les inscriptions sont ouvertes et c’est aux coureurs de le trouver. Ensuite il faut nous envoyer la lettre par mail sur une adresse qui change tous les ans et qu’il faut également trouver soi-même. C’est une première chasse au trésor pour réussir à s’inscrire. Cela nous permet de voir si les gens sont motivés et s’ils ont la patience et la persévérance pour réussir cette première énigme.

Une sélection que vous faites avec le fameux « triumvirat » souvent évoqué dans les essais. Qui est-ce ?   

Le Triumvirat, ce sont quatre amis : Cédric Argoud, Emmanuel Heyrman, Nicolas Diederichs et moi. Il y a un directeur du musée des caves de la liqueur de Chartreuse, un directeur de la communauté de commune et un qui est directeur de la station de ski. Nous sommes quatre hyperactifs avec la même façon de voir la politique locale et le développement de la Chartreuse. (Ndlr : Le Triumvirat est donc composé, paradoxalement de 4 personnes. En réponse à notre interrogation, Benoit Laval nous a répondu « Et les Trois mousquetaires ils étaient combien ? Quelqu’un nous a appelé comme ça un jour dans un bar, et c’est resté. »).

Comment faites-vous pour choisir à quatre ?

On se réunit et on fait des petits tas, des grands tas, on classe dans un ordre, dans l’autre et puis à la fin il y a quarante sélectionnés. Il y a aussi une liste d’attente qui évolue jusqu’au dernier jour. L’année dernière, il y a un coureur qui a eu son dossard la veille de la course.

Quels sont vos critères ?

Il n’y a pas de critères. Il n’y a pas de points, pas d’âge, pas de performance physique, ni de taille, ni de poids, ni de quoi que ce soit. Après il faut en choisir quarante donc le choix est difficile. On essaye qu’il y ait de la variété de provenance, d’origine, d’âge, de gens qui l’ont faite, pas faite, etc. Cela apporte un vrai plus à la course. Laz (ndlr. Lazarus Lake, l’organisateur de la Barkley) a coutume de dire aussi que quand on commence à questionner l’organisateur sur les critères, il y a une façon bien plus simple de répondre, en disant que c’est le hasard d’un tirage au sort.

Beaucoup d’entre eux ont un très bon niveau de trail !

On veut des gens qui courent, on ne veut pas des gens qui fassent du badminton ! Je dirais qu’une personne avec un bon niveau aura plus de chance d’être sélectionnée. Mais il faut aussi montrer l’envie de vouloir participer à cette course atypique. On ne cherche pas seulement ceux qui ont fait le plus de courses ou ceux qui ont les meilleurs résultats. Même si cela génère évidemment un premier lot de coureurs. On a envie qu’il y ait quelqu’un qui finisse un jour !

C’est pour cela que vous reprenez des coureurs déjà sélectionnés les années précédentes ?

Pour que la course puisse se finir, il y a une part d’expérience assez importante à avoir. Si on prenait quarante nouveaux tous les ans, ils redécouvriraient le parcours, les règles, la subtilité de beaucoup de choses et donc ils seraient toujours au point zéro. Pour que l’expérience collective progresse, il faut avoir environ la moitié des coureurs qui l’ont déjà faite. Quelqu’un qui finira devra avoir un niveau plus fort mais il devra aussi s’appuyer sur d’autres qui lui auront montré la voie.

Cette course n’est donc pas seulement un combat personnel !

C’est comme un record du monde. Personne ne s’attaque à lui sans s’appuyer sur les temps de passage de celui d’avant et sans aller chercher quelques secondes de mieux que celui d’avant. C’est un peu pareil à la Terminorum. Chaque année on est loin des cinq tours mais ça progresse car celui qui est dans le dernier tour se pousse à aller un peu plus loin. Et donc on finira par arriver à cinq tours.

A la lecture des lettres, vous arrivez à repérer les possibles premiers ?

Ce n’est pas un format de course classique comme un 10 km où on pourra peut-être donner les gagnants avant l’arrivée. C’est tellement atypique, cela demande des ressources tellement différentes, que c’est impossible de le prédire. Il y a plus de chance que ce soit des gens prometteurs qui ne réussissent rien, que quelqu’un qui n’est pas prometteur et qui va faire un miracle. Car on peut être fort mais ne pas trouver l’itinéraire ou tout simplement ne pas être dans le bon jour. Il y a beaucoup de facteurs qui entrent en jeu !

Qu’est-ce qui motive à se lancer dans une course qu’on ne finira pas ?

C’est justement de se mesurer à quelque chose qui est quasiment impossible mais qui en même temps reste possible. Sur les quarante coureurs de la Barkley comme de la Terminorum, il y en a au moins trente qui savent qu’ils n’ont pratiquement aucune chance de faire les cinq tours, mais c’est le but de se confronter à cette difficulté. Les coureurs abandonnent le plus souvent car ils sont hors délais. Si on donnait une semaine pour le faire, tout le monde serait en mesure de le faire mais ce n’est pas le but. La Barkley, cela a mis dix ans pour qu’il y ait un coureur qui fasse les cinq tours !

Comme vous, une poignée des sélectionnés ont affronté la Barkley avant la Terminorum. En quoi sont-elles différentes ?

Ce qui diffère c’est que la Barkley fait 200 km (officiellement 100 miles, 160 km, mais plus en réalité) et doit être faite en 60 heures tandis que nous avons opté pour une course de 300 kilomètres à faire en 80 heures. Car c’est vrai qu’aujourd’hui en France, faire 160 km c’est devenu classique. Ce n’est plus la distance qui fait rêver, tant de coureurs ont fini des 160 km comme l’UTMB ou la Diagonale des Fous, et plein d’autres courses de ce format. Et puis augmenter la distance a été imposé par le terrain qui est plus roulant que celui de Frozen Head dans le Tennessee où se tient la Barkley.

Parlez-nous justement de ce terrain technique qui en fait cauchemarder certains…

On voulait un parcours avec le caractère nécessaire pour organiser cette course. Au départ on pensait aux chemins habituels, vers les sommets principaux de Chartreuse. Et puis cela ne collait pas. Il y avait du dénivelé, mais il manquait quelque chose... Donc on s’est tourné vers un vallon où on n’allait jamais courir parce qu’il était très austère, que la forêt était fermée, que c’était toujours à l’ombre. Et en fait c’est celui où se trouvent les monastères !

Ce qui explique les nombreuses références religieuses dans les lettres…

En grande partie oui. Dans ce petit vallon qui fait sept kilomètres par sept kilomètres, il y a quatre monastères. Ça s’appelle le Désert de Chartreuse car c’est un endroit reculé où la forêt est dense et sauvage. Un jour en cherchant les chemins, on est tombé sur une vieille pierre qui fait environ un mètre par cinquante centimètres de large sur laquelle est écrit en latin « Sapinus terminorum cartusiae ». On a découvert que c’était une des treize bornes posées par l’archevêque de Grenoble au XIIIe siècle qui délimitaient le domaine des Chartreux. Cela veut dire « le sapin qui délimite le territoire des Chartreux ». Ce mot nous a plu, et à l’époque on cherchait un nom pour la course. Et puis terminorum, c’est la même racine que terminer et terminator… Cela donne un côté mystérieux.

Le Triumvirat de la Chartreuse Terminorum. De gauche à droite: Cédric Argoud, Benoît Laval, Nicolas Diederichs et Emmnanuel Heyrman (Chartreuse Terminorum)
Gary Cantrell aka Lazarus Lake aka Laz , créateur et organisateur de la Barkley dont s'inspire la Chartreuse Terminorum, allume le cierge pour lancer la course (Erik Sampers)

Cinq lettres de coureurs en lice le 6 juin

Parlez-vous le Terminorum ? L’épreuve a son lot d’expressions ou de références farfelues. La "Diat", le "Triumvirat", le "cierge" ... Pas toujours évident de suivre les propos des candidats à la Chartreuse Terminorum quand on n’a pas le jargon. Voici quelques précisions pour aborder sereinement la lecture de ces écrits parfois très personnels, publiés avec l'accord de leur auteur et de l'organisation.

« La Diat » : c’est un parc de loisir situé à Saint-Pierre-de-Chartreuse
« Fun run » : ici ce sont les coureurs qui arrivent à finir 3 tours dans les temps.
« Gary Cantrell, aka Lazarus Lake, aka Laz » : est le créateur et organisateur de la Barkley.
« Allumer le cierge » : une bougie est allumée pour donner le départ. Quand Laz est présent, il l’allume avec sa cigarette. Et quand il n’est pas là, elle est allumée avec un briquet. Cette année, Laz lui-même devrait être présent, avec sa cigarette.
« Livres » : à chaque tour, les coureurs doivent arracher des pages de livres disséminés sur leur passage. Environ une quinzaine d’oeuvres qui ne sont là d’après Benoit Laval que « pour servir de point de contrôle ». Il détaille : « On choisit des livres dont le titre peut être évocateur ou peut faire sourire quelqu’un qui est tout seul dans la nuit perdue. Donc des livres qui vont évoquer la peur, la solitude, la mort, l’aventure. Voilà, il faut que ça garde un ton humoristique. Ça ne coute pas plus cher de faire quelque chose de drôle ».
« Le musicien » : une heure avant le départ de la course, les organisateurs sonnent le cor de chasse.
« Le Triumvirat » : il s’agit des quatre organisateurs et amis de la Chartreuse Terminorum. A savoir : Benoit Laval, Cédric Argoud, Emmanuel Heyrman et Nicolas Diedricht.
« Frozen Head » : c’est la montagne dans le Tennessee où Lazarus Lake organise chaque année la Barkley.


Sarah et Olivier : La détermination

Explication : Voilà le parfait exemple qu’il vaut parfois mieux faire court pour être compris. Sarah et Olivier sont le couple de cette année et ont décidé d’affronter cette épreuve ensemble.

Peter : Le courage

C’est l'un des courriers les plus originaux de cette édition ! Voici l’explication de son auteur suédois : « Une image vaut parfois mille mots. Elle a été prise dans mon salon. Cette vache des Alpes françaises porte les deux cloches que j'ai reçues à Chamonix après deux arrivées réussies de la Petite Trotte à Léon (PTL). Elle porte également les drapeaux de moines tibétains que j'ai reçus en terminant l’Ultra Tour Monte Rosa. Tout ça repose sur un fondement solide : le livre que j’ai acheté en terminant ma première longue course dans les Alpes, le Tor de Géants »

Jean-David : L’expérience

Explication : Pour Jean-David, « c’est une épreuve particulière. Cela fait 3 fois que je la fais, je me sens serein et mieux préparé. Être sélectionné c’est déjà une victoire. Tout est dans le fait que ce soit impossible. C’est un défi de l’inutile ! Plus un challenge est insurmontable, plus on a envie d’y aller. Ensuite il faut faire preuve d’une grande humilité et accepter l’échec »

Jerry : Le palmarès

Explication : Jerry a défendu sa cause en parlant de ses expériences et le mot clef semble être "Gary Cantrell alias Laz" (se référer au lexique !) qu’il a tout de même accompagné dans un de ses défis !

Clément : L’obsession

Explication : Clément se livre corps et âme dans sa lettre qui se trouve être l’une des plus longues.


Un peu d'ésotérisme, un grain de mysticisme et beaucoup d'humour dans une course qui, au fond, ne se prend pas au sérieux (Chartreuse Terminorum)

Pour en savoir plus sur la mythique Barkley, c'est ici

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