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Héliski dépose
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  • Snow Sports

En Italie, l’héliski a du plomb dans l’aile 

  • 24 septembre 2025
  • 4 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Si l’héliski est interdit en France depuis 1985, c’est loin d'être encore le cas partout chez nos voisins italiens, où une (chère) session de glisse avec dépose en hélico est toujours au catalogue de certaines agences. Mais peut-être plus pour très longtemps dans les Dolomites. Car certains y plaident en faveur d’une restriction, voire d’une interdiction de cette pratique nuisible à l’environnement. Et ils pourraient bien obtenir gain de cause. Notamment grâce au soutien du Club Alpin Italien et de Mountain Wilderness Italie.

Le ton monte en Vénétie dans le débat sur le recours à l’héliski. Le 11 septembre dernier, le conseiller régional Renzo Masolo (Alliance Verte et de Gauche) a profité de l’examen du rapport 2023 du Parc naturel des Dolomites d’Ampezzo pour réclamer une mise à jour stricte des règles concernant le base jump mais aussi l’héliski « cela peut déclencher des avalanches, et mettre en danger y compris les skieurs-alpinistes autonomes (…). Ces activités ont un impact environnemental important : l'hélicoptère génère du bruit, de la pollution et perturbe la faune. » a-t-il expliqué.

Contrairement à la France, l’Italie ne dispose pas d’une loi nationale « anti-héliski ». Chaque région ou province autonome fixe ses règles. Certaines ont interdit cette activité dès les années 1990 – Trente (1996) et Bolzano-Tyrol du Sud (1997) – tandis que d’autres la régulent (Vallée d’Aoste, Piémont, Lombardie). Le parc des Dolomites d’Ampezzo, cogéré avec les « Regole d’Ampezzo », interdisant déjà décollages et atterrissages dans ses zones cœur, Renzo Masolo veut aligner pratiques et contrôles sur cette logique. Conseiller d’opposition écologiste, il est très investi sur les dossiers « silence/quiétude » en montagne. Sa demande : que la région verrouille les dérogations et bannisse les déposes et « héli-assists » (wingsuit/base-jump) dans les espaces sensibles des Dolomites d’Ampezzo. 

Le Club Alpin Italien et Mountain Wilderness très combatifs

Une croisade dans laquelle le conseiller régional n’est pas seul. Le Club Alpin Italien (CAI) n’a eu de cesse de se battre contre l’« eliturismo ». « La position officielle du Club alpin italien est fermement opposée à l'utilisation récréative de véhicules motorisés en montagne », rappelait son président Antonio Montani en août 2023. En 2024, le CAI a même publié un dossier technique spécifique sur l’eliturismo, citant le cas de la Vénétie (vols de Falcade vers la Marmolada) comme contre-exemple à ne pas étendre.

Mountain Wilderness Italie, WWF, Legambiente et d’autres associations locales ne sont pas en reste non plus et mènent une campagne de longue haleine contre l’héliski dans les Dolomites, au nom de la quiétude, de la faune et du partage des espaces avec les randonneurs et skieurs de rando. 

Les anti héliski peuvent-ils obtenir gain de cause ? 

Juridiquement, la demande de Renzo Masolo n’a rien de révolutionnaire : ailleurs dans les Alpes italiennes, des interdictions globales existent déjà. La Province autonome de Trente prohibe l’héliski depuis la loi provinciale du 12 août 1996, Bolzano a encadré très strictement les vols à basse altitude dès 1997. Ces précédents donnent donc des munitions à la Vénétie si elle veut verrouiller l’activité dans ses parcs ou secteurs sensibles. 

Politiquement, l’équation est plus serrée. La Vénétie a des acteurs touristiques favorables au maintien de quelques itinéraires (notamment Falcade–Marmolada). Mais en face, l’argumentaire « faune–bruit–sécurité » gagne du terrain, et l’Unesco veille sur l’image des Dolomites. À court terme, le scénario le plus probable est donc un durcissement ciblé avec des zones d’hivernage, des calendriers plus restrictifs, des jours « réservés » aux randonneurs plutôt qu’une interdiction régionale intégrale. C’est ce qu’ont fait le Piémont et la Vallée d’Aoste : on autorise des « piazzole » et des créneaux, mais on réduit progressivement. 

Du coup, quel serait l’impact en Italie ? 

Le marché de l’héliski reste marginal mais hautement symbolique de l'autre côté des Alpes. Selon le Club Alpin Italien, l’offre se concentre surtout dans la Vallée d’Aoste (Courmayeur–La Thuile, Valgrisenche, Cervinia, Monte Rosa…) et dans le Piémont (haute vallée de Suse, Valsesia…). Des opérateurs vantent bien « plus de cinquante » zones de dépose en Vallée d’Aoste, ce qui donne une idée de la maille logistique, mais l’activité reste un micro-marché au regard des 23,7 milliards d’euros de la montagne a généré en hiver en Italie au cours de la saison 2023/24. 

Si l’Italie serre la vis, qu’est-ce que cela changerait pour la France ?

En France, rappelons-le, la dépose héliski est interdite depuis 1985 (Loi Montagne), une interdiction encore renforcée en février 2022. Désormais, embarquement et débarquement à des fins de loisirs sont interdits en zone de montagne. Le législateur a ainsi refermé les « brèches » (retours/pick-ups par hélico, contournements transfrontaliers au départ de France). Dans les faits, ce n’est pas aussi limpide. Beaucoup de sorties proposées par des guides ou agences « côté français » s’appuient sur des déposes depuis l’Italie ou la Suisse… Mais pas vers la Vénétie, zone au cœur du débat actuel. Aussi un durcissement italien dans cette région n’aurait-il pas de conséquences directes pour les Français.

Reste que si l’Italie n’a pas (encore) de « loi Montagne » anti-héliski nationale, la dynamique enclenchée par Renzo Masolo dans les Dolomites semble heureusement s’inscrire dans une tendance lourde. A savoir sanctuariser les zones sensibles, réduire le bruit et les conflits d’usages, et clarifier les règles autour de pratiques « assistées » (wingsuit/base-jump par hélico). Si la Vénétie « verrouille » à son tour, l’impact pourrait progressivement à d'autres zones frontalières avec la France et limiter sérieusement les déposes faciles « à deux pas ». Ne resterait plus aux amateurs d'hélico qu’à se reporter sur la Suisse. Jusqu’à ce que la Suisse cède aussi ?


Banni, autorisé ou toléré dans certaines conditions : Quid de l’héliski en Europe ?

  • France. Interdiction complète (débarquement et embarquement) en montagne à des fins de loisirs ; sanctions renforcées en 2022.
  • Suisse. Autorisé sur un réseau d’environ 40 places d’atterrissage en montagne. A noter que le réexamen fédéral de ces sites revient régulièrement dans le débat. Les ONG et élus écologistes demandent des réductions, tandis que les acteurs du tourisme avancent l’argument économique. 
  • Autriche. Très restreint. L’héliski n’est autorisé qu’en Vorarlberg, sur deux sites (Mehlsack et Schneetäli-Orgelscharte, secteur Lech/Zürs). Cette autorisation a été prolongée jusqu’au 31 mai 2027, mais avec des horaires et des quotas stricts. Le Tyrol voisin, lui, l’interdit hors aérodromes. 
  • Allemagne. Interdit. Les autorités et la presse locale le rappellent régulièrement ; pas de déposes touristiques possibles. 
  • Espagne (Val d’Aran). Autorisé et structuré (opérateurs, héliport de Vielha/Betren, programmes de 1–5 jours). Pour la clientèle française, c’est un vrai « plan B »... dans la mesure où la neige est au rendez-vous. Or le massif est l'un des plus affectés par le réchauffement climatique.
  • Norvège. Interdit depuis 1988, sans dérogation.
  • Suède. Autorisé dans quelques zones (Riksgränsen/Björkliden, Abisko, Kebnekaise), avec des restrictions locales.

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