Plus de 3 000 personnes ont manifesté, samedi 21 janvier, dans le parc national du Dartmoor, pendant longtemps le seul endroit en Angleterre où l’on avait encore le droit de bivouaquer sans en demander l’autorisation. Un jugement, prononcé début janvier, annonce qu'il faudra désormais le consentement du propriétaire pour y planter sa tente.
C’est l'une des plus grandes manifestations environnementales jamais organisées au Royaume-Uni. Plus de 3000 personnes se sont données rendez-vous samedi 21 janvier dans le petit village de Cornwood, dans le parc national du Dartmoor, au sud-ouest du pays, pour une marche de protestation jusqu’au « Stall Moor », une vaste lande aux paysages lunaires appartenant à un riche propriétaire terrien, le financier Alexander Darwall.
People are rightfully furious that wild camping on 70k acres of Dartmoor has been banned, but that was just 0.2% of England. Wait till they find out we're banned from 92% of ALL England while Scotland has a national #RightToRoam!
— Right to Roam (@Right_2Roam) January 14, 2023
Join the movement: https://t.co/nPZqqiL5Up pic.twitter.com/JI6olfQxdl
Ce dernier, sixième plus grand propriétaire foncier de Dartmoor, a gagné, début janvier, « un procès devant la Haute Cour de justice [une juridiction traitant essentiellement les affaires les plus importantes ou les plus complexes, ndlr], annulant le droit de camper librement sur de grandes parties de Dartmoor, arguant que ce droit n'avait jamais existé » rapporte le Guardian.
Over 3000 people have joined us on top of Dartmoor to protest the revocation of our right to wild camp.
— Right to Roam (@Right_2Roam) January 21, 2023
It is one of the largest land justice protests in British history. pic.twitter.com/0s5bNn7LSJ
« Les contribuables doivent maintenant payer pour quelque chose qui était gratuit pour tous il y a une semaine »
Le parc national de Dartmoor était pourtant le seul endroit en Angleterre où l'on avait le droit de bivouaquer sans en demander d'autorisation. Une loi spécifique à ces terres garantissait depuis 1985 le droit d’y exercer tout « loisir outdoor » - le bivouac y était donc pratiqué sans crainte jusqu’à ce que la justice affirme que finalement il n'entrait pas dans la catégorie « loisirs ». Il faudra désormais le consentement du propriétaire pour y planter sa tente.
« Jamais il n'a été aussi crucial pour nous, les êtres humains, d'être connectés à la nature - et voilà que l'on nous retire ce droit d'accès », a déclaré Laurie Huggett, une manifestante de 38 ans, au journal britannique. « Le jugement nous a bouleversés. Nous nous devions de venir aujourd'hui ». S’ajoute à cela l’annonce, la semaine dernière, d'un accord d'accès permissif négocié à la hâte entre les principaux propriétaires fonciers de la lande et l'autorité du parc national de Dartmoor permettant aux randonneurs de camper dans une zone plus restreinte du parc en échange de frais de gestion dont le montant n’a pas encore été fixé.

« Les contribuables doivent maintenant payer pour quelque chose qui était gratuit pour nous tous il y a une semaine », déplore Steve Ward-Booth, 48 ans, adepte du bivouac avec ses enfants. « Il ne reste qu'un pas avant la clôture des terres […] et l’interdiction de l’accès aux les marcheurs. Où cela va-t-il s’arrêter ? »
Cette décision désastreuse intervient à l'heure où les activistes mobilisés dans la campagne "Right to Roam" - le droit à accéder à toute terre pour un usage de loisir mais sans laisser de trace -rappelle que le public est actuellement interdit d'accès à 92 % de la campagne anglaise et à 97 % de ses rivières. Ils demandent donc que la législation évolue et s'aligne sur celle de l'Écosse, où la Land Reform (Scotland) Act 2003 a établi le droit à un accès public responsable à la plupart des terres pour les loisirs de plein air. De nombreuses associations les soutiennent : British Canoeing, Ramblers, le British Mountaineering Council, Campaign for National Parks et Open Spaces Society. Tous appellent à un nouvel accord permettant un accès public encore plus large à la nature.
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