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Jennifer Fontaine arrivant dans les rues de Paris pendant l'Ecotrail
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EcoTrail, le paradoxe parisien

  • 12 mars 2019
  • 9 minutes

Mickaël Mussard Mickaël Mussard Ultra-traileur, Mickaël se lance dans le journalisme puis la photographie, après une thèse sur le volcanisme et le climat. Aventurier, il recherche constamment de nouveaux défis pour découvrir paysages et cultures.

"Du trail à Paris, vraiment?". Comment peut-on organiser une course éco-responsable au cœur même de la ville la plus urbanisée et la plus polluée de France ? ». Les purs et durs du trail s'interrogent. Reste qu'en onze ans, l’EcoTrail est devenu un incontournable du calendrier national, rassemblant près de 11 500 coureurs.

Paris, le samedi 17 mars 2018. La pluie battante d’un printemps capricieux a désormais laissé place à d’épais flocons revenus d’un hiver presque oublié. Des conditions inhabituelles suffisantes pour placer les participants de l’EcoTrail Paris dans de mauvaises postures. Certains se perdent, d’autres glissent, les moins solides sont même évacués pour hypothermie aggravée. De quoi amener les acteurs du trail – le « vrai », celui qui ne se pratique qu’en montagne avec plusieurs milliers de mètres de dénivelé – à prendre la course pour cible. Il est vrai que l’EcoTrail Paris dénote de par son environnement urbain, et qu’on peine à lui associer une quelconque notion d’écologie quand on sait l’air que l’on y respire. Pourtant, ils seront plus de 11 500 à prendre le départ de l’une des quatre épreuves organisées le 16 mars prochain. Encore une ineptie pour les « vrais » passionnés qui voient dans cette course de masse la négation absolue de « l’esprit trail », aventure extrême et solitaire par essence.

Hypothermie, chutes, rien n'avait été épargné aux traileurs en 2018. ©EcoTrail

Pas du « vrai » trail ?

Il en fallait du courage aux organisateurs de l’EcoTrail Paris pour annoncer, lors de la première édition en 2008 : « le trail s’invite à Paris ». Il faut dire qu’hormis quelques courses nature, peu d’événements de grande notoriété existaient alors sur le territoire francilien. A l’époque, le trail était réservé à la montagne ! Et les quelques courses de plaine qui essayaient de se faire une place dans un calendrier de plus en plus chargé se voyaient confrontées à une définition fédérale où le dénivelé occupait alors une place importante. 

Depuis le trail s’est démocratisé, et le traileur s’est tout aussi bien approprié les forêts des plaines que les cimes escarpées de nos montagnes. « Si on en croit désormais la définition de l’International Trail Running Association, le trail se définit avant tout par une course dans un environnement naturel, précise Romain Piau, directeur de l’événement EcoTrail. Or, sur le 80-km nous avons plus de 92 % de passages en sentiers ou chemins, nous respectons donc parfaitement cette définition. » 

Pour autant, c’est loin d’être suffisant pour Les Genoux dans le Gif. Ce média humoristique basé sur les réseaux sociaux a fait de l’EcoTrail de Paris l’une de ses cibles favorites. « C’est vrai que l’on aime bien se moquer de cette course », explique l’un des community managers. « Il faut dire que ce paradoxe du trail à Paris est du pain béni pour nous. Quand on pense Paris on ne pense pas du tout trail et encore moins éco-responsable… Nous, ce qui nous dérange c’est plutôt cet événement de masse qui va à l’encontre de ce que l’on considère comme « l’aventure » en trail. Et puis, bien souvent, sur les réseaux, les finisheurs se prennent pour des héros alors qu’ils n’ont finalement couru qu’une course un peu longue en nature dans l’ouest parisien. Quand on insiste un peu sur ces traits là et aussi sur l’arrivée un peu "bling-bling" à la tour Eiffel, ça donne de la matière pour se marrer et c’est ce qu’on aime. D’autant qu’au final l’EcoTrail joue maintenant le jeu avec nous en nous taguant ou en répondant avec humour à nos posts. C’est agréable de voir qu’ils ont de l’autodérision ! »

Les quais de la discorde

Autre gros argument avancé par les détracteurs de l’EcoTrail, ce long et interminable parcours sur les quais de Seine pour rejoindre la tour Eiffel. Huit kilomètres de bitume où le passage au plus proche des voitures pose problème. « Parfois, il faut même attendre au feu pendant de longues minutes avant de pouvoir traverser… », nous explique Manu Meyssat, vainqueur du 80-km en 2018. Imaginez le scandale d’une course qui se déciderait sur le respect ou non du code de la route par les coureurs… on est bien loin de l’esprit trail.

Pourtant, Romain Piau l’assure : « Nous n’avons jamais eu ce cas de figure depuis la première édition… C’est vrai que nous avons relevé pas mal de retours négatifs lorsque les quais étaient en travaux, mais depuis qu’ils sont terminés, ce passage ne semble plus spécialement marquer les coureurs. Le problème c’est que nous n’avons pas le choix », poursuit-il. « Hormis pour le 18-km qui se termine à Saint-Cloud, nous avons pris le parti, dès le départ, de faire en sorte pour les trois autres courses de partir d’un point emblématique de l’est parisien et de finir à la tour Eiffel ou tout à côté.

Il faut donc en passer par un peu de route. Nous avons fait au mieux pour que le parcours soit le plus agréable possible et depuis la fin des travaux, il est vraiment abouti. Après, oui, il faut parfois attendre que les feux passent au vert. Au vu de la configuration des courses, nous ne pouvons pas bloquer la circulation sur plusieurs heures en plein Paris. C’est donc au coureur, comme dans tout autre environnement, de s’adapter. Nous comptons sur la responsabilité des participants pour respecter le règlement afin de profiter ensuite de cette arrivée exceptionnelle. »

92 % de passages en sentiers ou chemins pour le 80-km. © EcoTrail

Des espaces naturels insoupçonnés

L’organisateur de l’événement tient d’ailleurs à le rappeler : l’idée initiale de l’EcoTrail a été insufflée par les fondateurs Jean-Charles Perrin et Hervé Pardailhé-Galabrun qui avaient pour l’habitude de s’entraîner dans les forêts franciliennes. « Ils faisaient des courses de trail partout en France, mais les forêts d’Ile-de-France étaient leurs terrains de jeu. Un terrain facile mais avec un vrai potentiel, un patrimoine qu’ils ont souhaité faire découvrir à d’autres. » Aussi, ont-ils imaginé une course qui permettaient de relier l’ouest de l’Ile-de-France à Paris tout en traversant des points emblématiques de la région. « Versailles, Meudon, Saint-Cloud, ce sont des sites emblématiques autour de Paris, ancrés dans un environnement très nature. On ne soupçonne pas tous les espaces naturels autour de Paris, et si on y ajoute les bois de Boulogne et de Vincennes, on a vraiment un terrain de jeu propice à la course en nature ! » Manu Meyssat confirme cette analyse. « Lorsque l’on vient courir à Paris, on ne s’attend pas à trouver autant de parcours en nature. Alors, ok, on n’est pas dans la montagne technique, ce sont des chemins, de la forêt, il y a même beaucoup de petits singles avec des coups de cul et de vraies relances. On a aussi parfois de grandes lignes droites un peu longues, mais pour une course à proximité immédiate de Paris, c’est bluffant ! »

Sylvaine Cussot - victorieuse du 50 km en 2013 ; 2ème du 80-km en 2015 -se rappelle également avoir été surprise lors de sa première participation. « J’ai commencé par le 50-km, depuis, j’y suis revenue tous les ans sur le 80-km. On ne peut pas vraiment parler d’une course technique, mais on est en grande majorité en nature et, selon, moi, il ne suffit pas de savoir courir pour réussir à aborder cette course. Il y a beaucoup de passages où il faut relancer, accélérer, temporiser. Une vraie gestion se met en place, comme sur n’importe quel trail, et il faut quelques qualités de traileur pour pouvoir bien aborder les parties les plus compliquées. Enfin si on se déconcentre, on peut vite partir à la faute » se rappelle celle qui avait dû abandonner il y a quelques années après une chute qui lui avait valu une fracture du pouce et un visage ensanglanté. 


Yoann Stuck, l’anticonformiste du trail français, est également un habitué de l’EcoTrail qu’il a déjà couru trois fois sur son grand format. « Il y a un côté atypique à partir d’un point A à un point B » explique-t-il. De fait, on y trouve beaucoup plus de passages en nature que dans une course comme la SaintéLyon par exemple. En revanche, je regrette les problèmes de balisages systématiques sur cette course. C’est assez facile de se perdre dans ces forêts car tout se ressemble. Un effort devrait être fait sur ce point. » Pas suffisant cependant, pour empêcher Yoann, d’y retourner cette année. « J’avais dit que je n’irai plus… Mais j’aime quand même cette course. J’y retourne pour essayer de faire quelque chose, c’est un parcours qui me correspond bien et j’apprécie cette philosophie qui allie trail et ville. »

Sur l'île aux Cygnes, la tour Eiffel en ligne de mire. © EcoTrail

45% de femmes

L’EcoTrail, de par ses différentes distances, offrent également une belle opportunité à ceux qui souhaitent découvrir le trail sans avoir à traverser toute la France pour se confronter à des terrains trop techniques et des environnements trop hostiles. « C’est l’un des principaux attraits de l’EcoTrail, poursuit Romain Piau, on essaye de proposer une offre diversifiée pouvant séduire plusieurs profils de traileurs. Parmi ces participants, on compte un grand nombre de coureurs qui s’essaient pour la première fois au trail. Ils représentent plus de 60 % des inscrits sur le 18-km. Nous avons également une parité quasi-parfaite puisqu’on recense 45 % de femmes. Si l’EcoTrail a pour vocation de permettre de découvrir la pratique et de basculer progressivement de la route au trail alors, nous avons gagné notre pari. » « J’aime beaucoup ce côté populaire, poursuit Sylvaine Cussot. Il y a des participants de tous les niveaux et de tous les horizons sur cette course ; je trouve ça beau qu’autant de gens se mobilisent autour de la pratique du trail. Au final, quand on prend le 18-km, le 30-km, et même la marche nordique et la randonnée, on a un événement ouvert à toute la famille ! »

Gérer sa course

Si la proportion de néo-traileurs est de plus de 60 % sur le 18-km, elle chute drastiquement à moins de 10 % sur le 80-km. La grande distance se destine essentiellement aux traileurs expérimentés. « Les premiers kilomètres et les derniers sont relativement plats, mais on a quand même 1 500 mètres de dénivelé positif sur l’ensemble de parcours, précise Manu Meyssat. Il faut donc se préparer physiquement pour ne pas subir les montées, qui ne sont pas longues mais peuvent être vraiment cassantes. » « Je le répète, si on ne fait pas preuve de gestion et que l’on ne sait pas anticiper les changements d’allure, alors on explose en vol, insiste Sylvaine Cussot. Mais j’aime aussi l’aspect roulant de cette course qui correspond parfaitement à mon profil. »

Même sentiment pour Manu Meyssat : « En montagne, de par mon profil de coureur, je serais incapable de tenir une telle distance, ici ça correspond à ma façon de courir ! » Si les élites affectionnent le côté roulant de la course, de plus en plus de coureurs anonymes pourtant expérimentés et habitués des ultra-trails en montagne se tournent vers l’EcoTrail. C’est le cas par exemple d’Apostolos Teknetzis. Cet ultra-traileur a déjà participé à des courses exceptionnelles comme l’UTMB à Chamonix, la Ronda Del Cims en Andorre, la Diagonale des fous à la Réunion ou la SwissPeaks Trail 360 en Suisse. Apostolos a usé des dizaines de paires de chaussures sur des sentiers escarpés et pourtant, ce Parisien d’origine grecque a décidé cette année de se lancer sur l’EcoTrail. « Au cours de mes sept ans de pratique, je n’ai encore jamais couru cette course, explique-t-il. Je préfère les parcours beaucoup plus pentus et plus longs, avec des montées de trois heures, des cailloux et des hallucinations. Mais pour commencer une saison qui s’annonce très technique, s’aligner sur un 80-km rapide, tout en relance et en rythme, permet de bien lancer la machine. Et c’est plaisant de jouer à domicile, ça serait bête de se priver d’une belle balade à quelques kilomètres de la maison ! »

Damien Grimaud aussi est un habitué des trails mais surtout des longues distances, des 100-km sur route ou des 24 heures. Le profil de l’EcoTrail l’attire donc particulièrement. « Je suis avant tout un coureur urbain et j’aime courir en ville, mais aussi en pleine nature », raconte le Breton. « Le profil de l’EcoTrail permet de s’engager sur une longue distance qui exige de relancer en permanence, le tout en nature avant de pénétrer dans Paris pour finir à la tour Eiffel, c’est magique ! »

Du 18-km au 80-km, des courses pour les débutants jusqu'aux traiteurs aguerris. © EcoTrail

Eco-cup et poche à déchets

Le débat autour du label « Éco » est plus complexe encore. « Notre but initial était de démocratiser une pratique autour d’un environnement proche de la ville, mais dans une démarche éco responsable », explique Romain Piau. « Nous savions que nous avions face à nous un public nouveau, venu essentiellement de la route. Il fallait le sensibiliser aux bons gestes en nature. On explique donc régulièrement que l’on ne doit pas jeter ses déchets n’importe où sous peine de disqualification. Chaque coureur doit obligatoirement disposer d’une poche à déchets et d’une éco-cup pour pouvoir se ravitailler. Nous avons supprimé tous les plastiques sur les ravitaillements. Ce sont des petits gestes qui aident à faire passer le message. 

Chacun de nos points de départ peut être être rallié depuis Paris en RER, les tickets sont d’ailleurs inclus dans l’inscription. Nous faisons également réaliser des bilans carbone afin de quantifier notre impact sur notre environnement et nous travaillons sur l’ensemble de l’année avec l’Office national des forêts pour que notre empreinte sur les parcours soit la plus invisible possible. Au lendemain de l’événement, je pense que les services de l’ONF peuvent passer tranquillement sur les sentiers, ils ne trouveront plus aucune trace durable de notre passage ! »

En finale du 80-km, la montée des marches de la tour Eiffel. © EcoTrail

Comme l’Alpes d’Huez à vélo

Dernier atout, l’arrivée au premier étage de la tour Eiffel, proposée aux coureurs du 80-km, « Pouvoir finir à la tour Eiffel, c’est un véritable symbole », explique Romain Piau.  « Alors, ok, pour cela, il faut parcourir plusieurs kilomètres sur le bitume, proche des voitures, mais ça se mérite. » Cette arrivée mythique, l’ensemble des coureurs interrogés l’ont évoquée. « C’est un moment magique, s’exclame Sylvaine Cussot. Peut-être l’ai-je toujours vécu ainsi parce que j’étais systématiquement en train de jouer un podium, mais je pense que tout le monde le ressent comme ça. Tu vois la tour très tôt dans la course, elle te semble toute petite, parfois même elle semble s’éloigner, mais quand tu finis par te rapprocher et que finalement tu grimpes les escaliers, à ce moment précis, tu savoures ! » « C’est un peu comme l’Alpe d’Huez à vélo, ajoute Manu Meyssat, c’est quelque chose de mythique, quelque chose que tu convoites et que tu ne trouveras sur aucune autre course en France ! »

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