Huit ans de carrière en Moto2, 146 Grands Prix, des duels face à Johann Zarco, Marc Márquez ou Francesco Bagnaia… puis une reconversion dans le mannequinat. À 27 ans, Axel Pons avait déjà vécu plusieurs vies. Mais depuis 2021, le fils du double champion du monde Sito Pons a choisi un chemin radicalement différent : marcher, pieds nus, sans argent ni téléphone, de Barcelone jusqu’aux contreforts de l’Himalaya. Son périple, guidé par une quête spirituelle, a récemment ressurgi dans l’espace médiatique grâce à une vidéo virale tournée au Pakistan. Retour sur l’itinéraire singulier de cet Espagnol qui s’appelle désormais Issa – ou Isaac – et qui s’est inventé une existence loin de tout, mais étrangement rattrapée par le monde connecté.
Né le 19 avril 1991 à Barcelone, Axel Pons Ramón baigne dès l’enfance dans l’univers de la vitesse. Son père, Alfonso “Sito” Pons, est une légende de la moto : deux fois champion du monde 250 cm³ (1988 et 1989) et patron d’écurie respecté. Le fils suivra sa voie. De 2010 à 2017, il dispute le championnat Moto2, alignant 146 départs. Jamais de podium, ni de victoire, mais la chance d’affronter une génération dorée : Maverick Viñales, Zarco, Márquez, Bagnaia. En 2017, un grave accident met brutalement fin à sa carrière. À 26 ans, il quitte les paddocks.
Le mannequinat lui tend alors les bras. Beau gosse, silhouette longiligne, il rejoint l’agence Sight Management Studio et pose pour des marques de mode, Just Cavalli, Burberry, Tommy Hilfiger. Mais la vacuité de ce nouveau rôle l’étouffe vite. Il prend la mesure de la futilité de ce milieu, confiera-t-il plus tard au quotidien espagnol El Pais auquel il explique avoir voulu « enterrer » l’Axel pilote, qu’il a « laissé l’agence et [sa] petite amie » et qu’il est parti en Inde pour chercher « une autre motivation, un autre style de vie », parce qu’il se sentait « piégé ».
La pandémie de Covid-19, en 2020, agit comme catalyseur. Retiré dans un monastère puis dans un temple bouddhiste, il plonge dans la méditation. Sur ses réseaux sociaux, il s’interroge publiquement sur le sens de la vie, glissant parfois dans des théories complotistes. Peu après, il coupe tout. Plus de téléphone, plus d’Instagram : plus aucune publication depuis près de trois ans. Une rupture totale.

Un départ à pied, sans retour
En 2021, il part de Barcelone avec un simple sac à dos. Objectif : rallier l’Inde à pied. La traversée durera quinze mois. Turquie, Balkans, Iran, jusqu’au Pakistan. En chemin, un imam le rebaptise Isaac. D’autres le nomment Issa, le “Jésus” du Coran. Les chaussures disparaissent, remplacées par la marche pieds nus. La discipline est extrême. Son père, Sito Pons, le décrit ainsi dans une interview accordée à Motorsport en décembre dernier :
Chaque jour, il se lève à cinq heures du matin, il fait de la méditation et du yoga et il se met à marcher. Il faut beaucoup de discipline, d’autant qu’il ne va pas à l’hôtel et ne voyage qu’avec un sac à dos, avec le strict minimum.
Issa avance ainsi depuis trois ans, vivant de dons, dormant dans des forêts ou des villages, traversant déjà quinze pays. Sa philosophie est simple : « J’ai commencé à devenir de plus en plus lent, à parcourir le monde lentement, en appréciant les détails de la vie », expliquait-il en 2023 dans une vidéo relayée par la chaîne Pakistan Tourism.
Il fuit la célébrité, elle le rattrape via YouTube
Ironie du destin : ce choix de l’anonymat a fini par le propulser dans la lumière. À l’été 2024, une vidéo tournée dans l’Himalaya par un blogueur local explose sur YouTube. On y découvre un Européen pieds nus, prêchant l’humilité et la paix, entouré parfois de deux compagnons de route. Le clip est vu des millions de fois. En Espagne, les médias s’emparent de l’histoire. Au Pakistan, des curieux se mettent à le chercher pour discuter, le photographier. Exactement ce qu’il voulait fuir.
« C’est curieux, parce qu’il n’utilise pas du tout les réseaux sociaux. C’est précisément ce dont il ne veut pas », souligne son père dans la même interview à Motorsport. Mais la viralité est implacable : Issa est devenu malgré lui un personnage médiatique.
Son père, témoin de son errance, le soutient
Loin de s’inquiéter, Sito Pons soutient son fils. En juillet 2023, il l’a même rejoint en Macédoine du Nord pour marcher quelques jours à ses côtés :
« Il marchait depuis quelques mois et je voulais partager avec lui un petit bout de son expérience. Lors de l’un de ses appels, je lui ai dit que j’allais venir le voir. Il m’a dit qu’il se trouvait en Macédoine du Nord et il m’a indiqué comment le trouver. Ça n’a pas été facile, mais j’y suis parvenu et nous avons passé une semaine ensemble, à marcher, parler, dormir dans la forêt. C’était une expérience inoubliable. », confie-t-il. Le père, ancien patron d’écurie réputé pour sa rigueur, se dit admiratif : « Ce que fait Axel me semble extraordinaire, d’un courage et d’une bravoure incroyables. Ce qu’il fait est un exploit et très peu de personnes dans le monde peuvent dire qu’elles ont fait quelque chose de semblable. ». Il s’agace seulement des rumeurs : non, son fils n’a pas jeté son passeport, non, il n’a jamais été détenu. « Axel suit son chemin », insiste-t-il.
L’Himalaya, puis le sud du Pakistan
À l’été 2024, Issa a passé près de cinq mois dans l’Himalaya. Mais le froid le pousse à redescendre vers Islamabad pour obtenir des papiers et tenter un visa indien. La frontière étant fermée [c’est encore aujourd’hui le cas], il envisageait au dernières nouvelles de poursuivre vers le sud du Pakistan, ou même vers la Chine. « Là où le vent le portera », dit-il. Son seul credo : ne pas utiliser d’avion ni de train. Marcher encore, marcher toujours.
En Europe, sa trajectoire laisse plus d'un sceptique : simple extravagance ou pure folie ? En Asie du Sud, elle inspire plutôt respect et admiration. Ses déambulations pieds nus résonnent avec les traditions de simplicité et de détachement matériel. Les habitants qu’il croise le filment, l’interrogent, lui offrent l'hospitalité. Il devient une figure quasi mystique. Aux curieux, il répond : « Quel était l’intérêt de vivre une vie à un rythme aussi rapide ? J’ai commencé à aller de plus en plus lentement, à parcourir le monde plus lentement en appréciant les détails de la vie. Nous n’avons que le désir de parfaire l’union avec Dieu, et c’est notre façon de prier et de pratiquer : marcher. », rapporte le magazine Automobile.
Une quête sans fin
À 34 ans, celui qui fut un espoir de la moto semble avoir définitivement tourné le dos à la célébrité sportive et aux sirènes de la mode. Mais ses pas l’ont ramené malgré lui sous l’œil des caméras. Peut-être atteindra-t-il un jour l’Inde, ou la Chine, on est sans nouvelles de lui à ce jour. Mais l’essentiel n’est sans doute pas là. Comme le dit son père, devenu témoin et garant de cette aventure improbable :
« L’histoire d’Axel est admirable pour ses efforts et sa capacité à se sacrifier, en vivant en paix, poussé par l’amour afin de comprendre le monde d’un point de vue humain, en apprenant à connaître différentes cultures et religions. », confie-t-il, à Motorsport.
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