Le fabricant de skis Wndr Alpine s'est donné pour vocation de prouver que l'incorporation de biocomposites - matériaux fabriqués à partir de matières végétales - au cœur d'un ski permet non seulement d'accroître sa durabilité, mais aussi de produire un nouveau type de planche surpassant la dernière génération.
En 2018, le freeskier Matt Sterbenz a reçu un appel surprenant, on voulait discuter avec lui au sujet d'algues. À l'autre bout du fil se trouvait Checkerspot, une entreprise qui développe des composites à base de plantes pour l'industrie outdoor. Cette dernière était en train de construire une planche de surf avec de la mousse fabriquée à partir des acides gras des microbes des algues, elle voulait voir si quelque chose de similaire fonctionnerait pour un ski.
"Envoyez-moi du matériel, je vais le coller et voir comment ça pourrait fonctionner", se souvient avoir répondu Matt Sterbenz. Enchanté par cette opportunité de bricoler un peu, il s'est lancé. Il a mis le composite dans le noyau d'une paire de skis, et au début de 2019, il est devenu la première personne au monde à faire des virages sur des planches construites partiellement avec des algues. "Peu après le nouvel an 2019, je me suis lancé dans la création d'une marque autour de cette technologie", explique-t-il aujourd'hui.
Évidemment, Checkerspot n'a pas appelé le freeskier par hasard. En 2002, Matt Sterbenz avait fondé la société 4Frnt. La marque faisait partie d'un mouvement d'indépendants qui a contribué à redéfinir l'industrie avec de nouveaux shapes permettant de mieux skier en pentes raides et en backcountry, une plus grande variété de profils de rockers - et a ouvert la voie aux skis modernes à cambre inversé.
Des cuves de fermentation à Berkley
Aujourd'hui, le designer chevronné espère être à l'avant-garde d'une nouvelle renaissance. En 2019, après avoir dirigé son entreprise pendant 16 ans, Matt Sterbenz s'est retiré pour créer Wndr Alpine, qui s'est donné pour mission de démontrer que l'incorporation de biotechnologies au cœur d'un ski permet non seulement d'accroître la durabilité par rapport aux skis fabriqués avec des plastiques traditionnels, mais aussi de produire un nouveau type de planche qui peut surpasser la dernière génération.
Le ski Intention 110 (vendu sans fixation au prix de 799 dollars, soit 709 €) a été lancé en juillet 2019 grâce à la technologie de Checkerspot, qui fait pousser des algues dans des cuves de fermentation à Berkley, en Californie. Les algues produisent des huiles, que les chimistes de l'entreprise récoltent et transforment en un composite de polyuréthane. Actuellement, seul le noyau du ski Intention présente ce produit à base d'algues. Les autres parties, comme le dessus et les champs, sont en plastique traditionnel. Mais M. Sterbenz affirme que son entreprise travaille à l'introduction progressive d'une plus grande quantité de ce matériau biologique.
En ce qui concerne les performances, il affirme que la quantité relativement faible fait déjà une grande différence. "Avec le composite, nous voulions trouver des moyens de réduire le poids sans compromettre la résistance", explique Matt Sterbenz. Selon lui, le ski a une sensation unique : il est puissant dans les virages et capable d'absorber de gros chocs, mais reste léger, ludique et délicat dans les couloirs. Il ajoute que l'Intention 110 est aussi rigide que les skis traditionnels, mais pèse en moyenne 250 grammes de moins que les concurrents de même taille - un gain de performance qu'il attribue au composite d'algues. Son créneau se situe sur la freerando, où la demande exige un ski léger, facile à utiliser en montée mais qui performe aussi une fois les peaux enlevées.
La durabilité, un enjeu complexe
L'entrepreneur considère le passage à de nouveaux matériaux comme une progression naturelle du ski. Et il n'est pas le seul à le penser. Dans l'industrie de l'outdoor, une nouvelle vague d'entreprises expérimente des matériaux alternatifs. MountainFlow Eco-Wax fabrique des farts pour skis et snowboards à base de plantes qui ne laissent pas de pétrole ni de fluorocarbone dans la neige. En 2018, PrimaLoft a lancé Bio, le premier isolant synthétique biodégradable au monde, conçu pour réduire la pollution microplastique sans compromettre les performances. Beyond Surface Technologies, une autre filiale de Checkerspot, crée des traitements imperméabilisants à base de plantes pour les vêtements synthétiques.
Bien entendu, la durabilité est un processus à plusieurs strates qui implique tout, de la fabrication à l'emballage. Mais les matériaux sont une part importante de l'impact d'une entreprise - à la fois les matières premières utilisées et la façon dont ces matériaux sont produits. L'industrie du ski a un intérêt direct à empêcher la planète de se réchauffer, et alors que les hivers se dirigent vers un avenir plus chaud et plus pollué, y a-t-il vraiment un autre choix que de s'atteler sérieusement à la réduction de l'impact écologique ? Et si les grandes marques peuvent avoir du mal à changer des pratiques qui ont toujours fonctionné pour elles, les petites entreprises sont assez agiles pour mettre en œuvre beaucoup plus rapidement des idées complètement nouvelles.
Pour Wndr Alpine, cela signifie montrer que les biocomposites peuvent briser les barrières de performance alors que nous nous dirigeons vers un avenir moins dépendant des combustibles fossiles. L'espoir qu'un meilleur ski incite les gens à s'orienter vers de meilleures pratiques.
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