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Steven Le hyaric Bistarai Project
  • Aventure
  • Vélo

De Paris au sommet du Manaslu, 13 000 km à vélo « sans filet »

  • 26 septembre 2025
  • 6 minutes

Maxime Dewilder Maxime Dewilder Journaliste pour Outside, Maxime aime autant courir en montagne que raconter les aventures de celles et ceux qui font l’actualité outdoor.

Rouler à vélo depuis Paris jusqu’au Népal et enchaîner sur un 8 000 mètres, beaucoup en parlent. Rares sont ceux qui s’y risquent. C’est ce que vient pourtant de réaliser l’ultracycliste Stéven Le Hyaric, 39 ans : 13 000 kilomètres en selle, 100 jours sur les routes avant l’ascension du Manaslu (8 163 mètres). Un périple truffé de galères au cours duquel il a dû multiplier les plans B. 

« Retourner dans le pays qui m’a rendu heureux, le Népal, avec l’engin qui a changé ma vie, le vélo. » Une évidence pour Stéven Le Hyaric. A un détail près : 13 000 kilomètres. C’est la distance qui sépare l’ultra-cycliste de l’accomplissement de son projet Bistarai ou « Road to Manaslu ». Une aventure à vélo de Paris au Népal censée se terminer avec l’ascension sans oxygène de son premier 8 000, le Manaslu (8 163 m). « Je voulais traverser le monde sans filet, pas savoir ce qui allait m’arriver en route », nous explique-t-il depuis Katmandou où il attend un vol retour pour la France. Sa flexibilité sera mise à rude épreuve : 1 000 fois il devra adapter ses plans.

Stéven Le Hyaric n’est pas le premier à rallier le Népal depuis l’Europe en vélo. On pense notamment à Göran Kropp qui, en 1995 – 1996, partait depuis la Suède en direction de l’Everest, gravi sans oxygène. « Être nomade, être sur la route, c’est ce que j’aime le plus au monde et je ne le faisais plus », explique-t-il encore. Le 1er juin 2025, il enfourche son vélo. C’est le départ d’un voyage de plus de 100 jours baptisé Bistarai, un mot népalais qui signifie « très lentement » ou encore « soigneusement ». Le 23 septembre 2025, il arrive au sommet du Manaslu (8 163 mètres) après dix jours d'acclimatation et seize heures d'ascension depuis le dernier camp.

Steven Le hyaric Bistarai ProjectSteven Le hyaric Bistarai ProjectSteven Le hyaric Bistarai Project

Tu te fixes comme objectif le Manaslu, une montagne qui « [t]’appelle depuis près de 10 ans » selon tes mots, pourquoi ?

En 2018, quand j’ai traversé l’Himalaya d’Est en Ouest en vélo, j’ai franchi le col de Larkya Pass à plus de 5 000 mètres d’altitude et en regardant sur la gauche, j’ai vu une grosse avalanche dont je me rappellerai toute ma vie. C’était au Manaslu. En voyant cette montagne, cette espèce de diamant brut, je me suis dit que ça devait être super dangereux à grimper et en même temps je lui trouvais un côté esthétique, je la trouve tellement belle ! En créant le projet Bistarai, je me suis rendu compte qu’avec le temps que j’avais, environ 2-3 mois, j’arrivais dans la bonne fenêtre météo pour tenter l’ascension si je partais comme prévu début juin.

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Tu annonçais dans ton projet une ascension sans oxygène, finalement, tu gravis le Manaslu avec assistance respiratoire, pourquoi ?

Plus je m’approchais du Népal, plus je ressentais une fatigue intense et surtout, de gros problèmes respiratoires. Je n’arrivais plus à respirer à cause du froid. J’ai consulté le médecin de Fourteen Peaks (organisateur d’expéditions commerciales sur les sommets de plus de 8 000 mètres). « Écoute, c’est à toi de prendre la décision  », m'a-t-il dit, « mais pour moi, sans oxygène, tu ne reviens pas vivant ou alors avec le risque de perdre 50% de tes fonctions cognitives ». C’était la première fois que j’écoutais le corps médical ! Sérieusement, j’ai eu peur, donc à partir de 7 000 mètres, j’ai eu recours à l’oxygène. Le sommet, c'était un moment magnifique, la conclusion d'un projet de plus de trois mois. En plus, nous sommes partis dans la première vague, juste après les cordistes, donc il n'y avait pas encore beaucoup de monde et nous avons eu la chance d'avoir une météo de dingue. Quelle plénitude une fois arrivé là-haut... Ensuite, tout va très vite. La descente jusqu'au camp de base, puis la descente à Katmandou en hélicoptère, le vélo attaché par des sangles. J'y étais monté en poussant mon vélo pendant quatre heures : c'est impossible de rouler sur la dernière portion, depuis le dernier village de Samagaun.

Steven Le hyaric Bistarai Project
(Steven Le hyaric)

À quel point l’adaptabilité est-elle cruciale dans ce type d'expédition ?

C’est déterminant. En Turquie, à Antalya, j’étais dans une station-essence sous 45°C, avec un accès Wi-Fi. Je reçois une notification sur mon téléphone : Israël vient de bombarder Téhéran. Ma copine est Iranienne et ses parents sont sur place, dans la capitale. Découvrir son pays, rencontrer sa famille, cela faisait partie intégrante du voyage. Ma première réaction, c’est de m’effondrer. Ensuite je comprends vite que les 25 jours prévus en Iran, c’est foutu. Je dois changer de plan.

Comment trouves-tu les ressources pour rebondir ?

C’est ma copine qui a choisi. Elle m’a dit que c’était hors de question que je vienne. Sa mère me l’a interdit aussi ! J’accepte, comme j’ai accepté plein de choses dans ma vie. Je n’avais de toute façon pas trop le choix, prendre ce risque aurait été complètement idiot, d’autant que d’autres cyclistes ont été arrêtés récemment. Sur ce type de projet, tu n’as pas le temps de tergiverser trop longtemps et il ne faut surtout pas se prendre pour un héros.

Ce problème en entraîne un autre, tu dois traverser la Russie, obtenir un visa, complètement revoir ton itinéraire en fait…

Je suis encore en Turquie à ce moment-là mais en effet, je me rends compte que je vais devoir passer par la Géorgie puis par la Russie avant de rejoindre le Kazakhstan. Cela m’a pris une dizaine de jours à Tbilissi pour obtenir un visa pour passer sur le sol russe.

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Tout l’enjeu, c’est de réussir à se satisfaire de ce qui se présente même si c’est imprévu, y es-tu parvenu malgré la tristesse et la frustration ?

Oui, grâce aux rencontres sur le chemin. Au Daghestan, en Russie donc, je n’ai jamais reçu autant d’affection et de douceur. Je me souviens m’être jeté dans une rivière avec toute une famille, tous des petits combattants qui rêvent de MMA ! Un super moment et des exemples comme cela, j’en ai mille, sans compter ceux que j’oublie. Ces moments te forgent et te font accepter l’imprévu.

J’imagine que cela n’a pas toujours été aussi sympathique !

Bien sûr que non… En Afghanistan, j’ai pleuré presque tous les jours. Je ressentais une telle entrave à mes libertés. T’arrives à la frontière, il y a 20 moudjahidines qui t’encerclent avec des kalachnikovs. Donc déjà, tu comprends qu’il y a un changement alors qu’en Asie centrale c’était plus facile. Deux minutes après la frontière, rebelote : « Passport control ». Quinze kilomètres plus tard, pareil, vingt-cinq kilomètres après, pareil, et ainsi de suite jusqu’au moment où je leur dis de me lâcher. J’ai été convoqué par le sosie d’Oussama Ben Laden entouré de quinze mecs armés. Il me regarde silencieusement. Il m’analyse. Finalement c’était un petit interrogatoire pour savoir si j’étais content en Afghanistan, si j’étais musulman, pourquoi je ne l’étais pas, si je respectais la politique des talibans… J’ai compris que le monde n’était pas comme je l’imaginais dans mes rêves ! Après, heureusement, tous les jours, je rencontrais aussi des Afghans qui m’invitaient à boire le thé, à manger, certains m’ont même hébergé alors que c’est interdit.

Steven Le hyaric Bistarai Project
(Baptiste Gousset)

Tu l’as déjà un peu évoqué mais comment gères-tu les visas au fil de la route, surtout avec des changements d’itinéraires ?

Avant toute chose, nous, les Français, avons un privilège incroyable : un passeport magique. En tant que Français et Européen, tu peux traverser presque toutes les frontières du monde. On ne s’en rend peut-être pas compte mais c’est très rare ! Le plus compliqué a été le passage en Russie. Tu obtiens un visa par une société privée, t’es obligé de prendre des billets de train et de bus même si tu ne montes pas dedans. C’était vraiment le moment galère, plus l’attente de dix jours à Tbilissi. Ensuite, j’ai eu le problème du passage en Inde depuis le Pakistan alors que les deux pays sont en guerre ouverte à la frontière. Je me suis posé la question de faire un détour par la Chine, mais j’ai demandé à des connaissances qui ont fait ce parcours récemment et leur retour était sans appel : je m’embarquais dans une grosse galère, un gros détour de 25 jours sans garantie de pouvoir passer la frontière sino-indienne car elle est assez dangereuse avec un risque terroriste élevé. J’ai décidé de prendre un avion. Quant au visa pour l’Inde, je l’avais déjà en poche, il faut le prendre en avance.

Comment interagissais-tu avec les gens au fil de la route ?

J’ai une chance incroyable : j’étais un cancre à l’école ! J’ai toujours trouvé des moyens de me débrouiller, de m’adapter et même de communiquer dans n’importe quelle langue. À presque 40 ans et avec pas mal d’aventures derrière moi, j’ai compris une chose : le langage universel, c’est le sourire.

Tu viens à peine de finir ton voyage mais as-tu déjà des projets pour la suite ?

Le problème, c’est que quand tu montes un 8 000, t’as envie d’en monter un autre. Pour l’instant, je vais retrouver ma copine, me reposer, voir la mer sur la Côte d’Azur, bouger lentement et retrouver une vie normale. Un 8 000 sans oxygène viendra peut-être. J’ai aussi d’autres projets farfelus comme traverser l’Atlantique en pédalo ! Pas un pédalo de camping, je vais faire plutôt une sorte de Drakkar.

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