Comment bosser correctement quand le shooting du jour a lieu au milieu des embruns sur un bateau lancé à pleine vitesse ? Un photographe spécialiste de la Volvo Ocean Race dévoile son équipement et ses méthodes pour tenir la distance et ramener des photos à couper le souffle. Première astuce de pro : emporter tout en double !
Le photographe Amory Ross est loin de naviguer en eaux troubles quand il est sur les mers. Agé de 34 ans, l’Américain a déjà fait trois fois le tour du monde à la voile pour couvrir la Volvo Ocean Race en tant que reporter et rendre compte de la vie d'un équipage au cours d’un voyage épique de 46 000 milles marins.
Amory Ross est confronté aux défis de tout journaliste : respecter les délais, classer ses photos et les retravailler. Mais son “bureau” - l'espace constamment humide d'un voilier voguant à pleine vitesse - est pour le moins original. Lors d'une journée type, Amory Ross doit fournir plusieurs photos, raconter une histoire en 300 mots et produire une vidéo de deux à quatre minutes pour les médias qui suivent la course. Le tout en étant coincé plusieurs semaines au beau milieu de l’océan.
Les photographes professionnels comme Amory Ross ont donc besoin d'un équipement capable de résister aux conditions de navigation les plus extrêmes. Comme, par exemple, le passage du Cap Horn, une étape de la course qui peut donner la nausée même aux marins les plus chevronnés. “C'est l’un des moments les plus intenses, qui arrive après déjà deux à trois semaines de navigation dans l'océan Austral, avec des vagues de 12 mètres et des vents à près de 65 km/h. Et autant dire que si on a un problème avec son appareil, il n’y a pas vraiment d’endroit pour le réparer dans les parages”, explique Amory Ross. Au cours des étapes comme celle-ci, les températures chutent et les batteries s'épuisent plus rapidement. L’humidité s’infiltre partout, même dans les cabines. “En tant que reporter, notre première préoccupation est de garder l'équipement en état de marche”. Voici le matériel qu'il emporte pour travailler en pleine mer.
Appareil photos
Sony a7R II et a7S II

Pour choisir le matériel dont il allait avoir besoin pour couvrir la Volvo Ocean Race, Amory Ross a d'abord tenu compte de deux facteurs : la taille et le poids. “C'est ce qui guide nos choix pour choisir le bon équipement. Il ne faut pas oublier que nous sommes sur un bateau léger lancé à pleine vitesse”, rappelle-t-il. Prendre une photo tout en se faisant malmener par les vagues et asperger d’eau salée est déjà suffisamment difficile pour ne pas en plus être encombré par un appareil trop lourd.
“Ces critères amènent à choisir un hybride” (ou mirrorless), explique Amory Ross. Les appareils hybrides sans miroir sont, pour la plupart, plus minces et plus légers que les appareils reflex (puisqu'il n'y a pas de miroir devant le capteur). “Etant donné la variété des conditions et de l'éclairage, j'ai été immédiatement attiré vers les options plein cadre [avec un champ de vision plus large], ce qui m'a amené à choisir parmi les Sony série a7. Les Sony a7R II et a7S II permettent des performances incroyables quand il y a peu de lumière au crépuscule et à l'aube”, explique-t-il. La possibilité de changer d'objectif entre les différents appareils permet d’avoir plusieurs options et une solution de rechange en cas de casse."
DJI Phantom 4 Pro Drone

Amory Ross a commencé à utiliser des drones lors de l’édition 2017-2018 de la Volvo Ocean Race. “Les drones sont devenus essentiels pour rendre compte de cette course. Ils ont ouvert de nouvelles possibilités pour faire des images sur le bateau”, explique-t-il, ajoutant que les prises de vue étaient habituellement restreintes au pont ou aux seuls endroits où il est possible de se tenir debout. “Le Phantom 4 Pro est un outil fantastique. Au cours de ces longues étapes, on pouvait vraiment le faire revenir sur le bateau sans que ce soit trop compliqué.”
Garmin Virb Ultra 30

L'un des plus gros problèmes avec les action-cams (en particulier ceux qui ont des boîtiers plastiques étanches) est que l'audio a du mal à passer à travers la coque, ce qui donne un son étouffé. “Même si on obtient de très bons résultats pour les prises de vue avec ces appareils photo, le son ne sera pas de bonne qualité”, témoigne Amory Ross. “Or le Garmin Verb Ultra 30 capture très bien l'audio”, Garmin ayant eu le mérite de concevoir un port micro qui peut être utilisé avec le boîtier étanche. “Et comme l'audio est une partie essentielle du processus de narration, cet appareil est l’un de mes outils phares”.
Objectifs
Objectifs Canon et adaptateurs Metabones

“Le mouvement est une donnée incontournable des courses à la voile pleines d’action comme la Volvo Ocean Race, il faut donc un objectif à grande ouverture, comme un f/22”, explique Amory Ross. “Et le f/2,8 est utile quand la luminosité est faible. J'utilise aussi un f/2,8 de 14 millimètres, qui peut fournir des plans très larges sans tordre l’image.” Amory Ross utilise des adaptateurs Metabones pour coupler ses objectifs Canon avec ses boîtiers Sony.
Protections
Aquatech Surf et Outex Silicone

Les caissons sont l'un des outils les plus importants pour se protéger de l'eau. “Ceux d’ Aquatech sont fabriqués à partir de modèles en plastique standards, très résistants, mais très légers”, explique Amory Ross. Ils permettent d'ajuster les réglages [grâce aux boutons qui ressortent de la housse en plastique de protection], sans s’encombrer d’un boîtier de plongée plus volumineux.
“Vers la fin de la course, j'ai commencé à utiliser le boîtier Outex. Il s'agit d'une housse en silicone que l'on glisse sur l'appareil photo et qui permet une plus grande polyvalence lors de la prise de vue, tout en offrant une grande protection”, témoigne-t-il. Il y a des avantages indéniables à utiliser une housse malléable qui épouse les contours de l'appareil photo, contrairement à une enveloppe en plastique plus rigide, qui peut se montrer capricieuse si l’on ne saisit pas l’appareil d’une certaine façon.
Matériel de montage et autres équipements essentiels

Les reporters comme Amory Ross se servent de plusieurs autres accessoires pour monter les images et les vidéos prises pendant la journée. Dans leur cabine, ils utilisent la dernière version du MacBook Pro équipé d’Adobe Lightroom. “Nos mains sont toujours mouillées ou humides, même quand on utilise un ordinateur portable. J'utilise donc un trackpad tactile équipé d’une roulette, au lieu d'une souris, et un protège-clavier imperméable”.
Comment fait-il pour se débarrasser de l'humidité ? “Les essuie-tout deviennent vite nos meilleurs amis. On ne peut pas réutiliser les chiffons, explique-t-il, car le sel reste incrusté dans le tissu, ce qui pourrait abîmer le matériel." Il range tout son équipement dans des valises étanches de la marque Pelican. Pour encore plus de protection, Amory Ross utilise le mastic-colle Sikaflex - un adhésif que l’on peut utiliser sur les sacs en plastique réutilisables de la marque Ziploc. "J'utilise beaucoup de sacs en gel de silice pour protéger mon équipement de l'humidité. Il y a presque plus d'eau salée présente dans l'air qu'il n'y en a sur nos vêtements."

Si les éléments sont déchaînés, rien ne peut vraiment protéger le matériel d'un photographe. La solution la plus simple pour sauvegarder ses photos est d'emporter un appareil de rechange. Amory Ross enregistre ses fichiers sur plusieurs disques durs pour s'assurer de ne perdre aucune photo. “La rouille peut endommager les appareils de l'intérieur. Donc j’emmène presque tout en double. Il faut avoir une solution de rechange pour tout le matériel nécessaire, y compris l’ordinateur portable”. Et il insiste sur un point : il faut accepter l’idée que l’on perdra du matériel, surtout quand on couvre la course à la voile la plus dure de la planète. “Celle qui finit toujours par gagner, c’est la mer”, conclut-il.
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