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Dans la vallée de Chamonix, les secours se préparent à un séisme suivi d’un effondrement glaciaire

  • 1 octobre 2026
  • 5 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

En mars 2027, un exercice grandeur nature en Haute-Savoie simulera un séisme suivi d’un effondrement glaciaire, de la vallée de Chamonix à Cluses. Baptisé EU-ALPEX-2027, il doit tester la capacité des secours de plusieurs pays européens à intervenir ensemble lorsque les routes sont coupées et les vallées isolées. Un scénario fictif, mais dont les effets en cascade font écho aux catastrophes de La Bérarde en 2024, de Blatten en 2025 et du Népal en août 2026.

Lorsqu’un séisme déstabilise un glacier ou un versant rocheux, les conséquences peuvent se propager jusqu’au fond des vallées, couper les routes et endommager les réseaux. Les secours doivent alors atteindre les populations touchées tout en composant avec des accès difficiles et des infrastructures fragilisées. C’est leur capacité à intervenir ensemble dans ces conditions que doit tester l’exercice EU-ALPEX-2027.

Un exercice grandeur nature dans les Alpes

EU-ALPEX est un exercice grandeur nature destiné à placer les équipes de secours dans des conditions aussi proches que possible d’une véritable crise. Lancé le 1er janvier 2026 et cofinancé par l’Union européenne dans le cadre du mécanisme européen de protection civile, le projet est piloté par la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises du ministère français de l’Intérieur. Il réunit notamment les autorités de protection civile françaises, italiennes — dont celles de la Vallée d’Aoste —, belges et grecques. Le BRGM, la Croix-Rouge française, le CERIDES et Synergies International Consulting y sont également associés, tandis que la Suisse et l’Arménie figurent parmi les partenaires.

L’objectif est de vérifier comment fonctionne toute la chaîne de secours lorsque l’ampleur d’une catastrophe dépasse les moyens habituels d’un territoire. Les organisateurs veulent notamment tester l’activation de l’aide internationale et européenne, le déploiement de renforts provenant de plusieurs pays et la coordination entre les acteurs locaux, régionaux, nationaux et européens face à une crise transfrontalière. Dans les Alpes, un éboulement peut couper une route, endommager les infrastructures des secours et isoler une vallée. Il devient alors essentiel de savoir comment une équipe spécialisée venue d’un pays voisin rejoint les lieux, où elle se déploie, avec quels moyens elle communique et qui coordonne son action.

En mai 2026, la protection civile valdôtaine a déjà préparé sa participation lors de l’exercice EXE2026, en testant notamment le déplacement d’une colonne de véhicules entre Aoste et Courmayeur, avec un aller par la route nationale et un retour par l’autoroute.

Pourquoi préparer un tel scénario maintenant ?

Même dans un massif aussi surveillé que les Alpes, le recul des glaciers, le dégel du permafrost, les changements dans la circulation de l’eau et la déstabilisation de certains versants rocheux peuvent modifier les conditions d’intervention des secours. Ces évolutions peuvent surtout favoriser des enchaînements de phénomènes qui rendent la gestion d’une crise particulièrement complexe en haute montagne, expliquait le lieutenant-colonel Frédéric Harrault, coordinateur du projet EU-ALPEX-2027, le 29 juin 2026 à Chamonix, lors d’une réunion des acteurs locaux de la sécurité et du secours au Centre d’incendie et de secours.

Le scénario retenu prévoit ainsi « un séisme sur la faille d’Argentière, à l’est de Chamonix, qui aurait des conséquences sur l’ensemble de la vallée, avec des structures glaciaires et rocheuses qui pourraient être déstabilisées et descendre par gravité dans la vallée, et avec des conséquences en domino sur les axes de communication et fluviaux ».

Quel risque sismique dans les Alpes ?
La Haute-Savoie compte parmi les départements français les plus exposés au risque sismique. La majeure partie de son territoire est classée en zone de sismicité moyenne. Plusieurs failles liées à la formation de l’arc alpin traversent ou bordent le département, notamment dans la vallée de l’Arve, de Bonneville à Chamonix. La vallée de Chamonix a elle-même connu plusieurs séismes au cours des deux derniers siècles. Le 29 avril 1905, un séisme d’intensité VIII avait provoqué des dégâts importants à Chamonix et Argentière. En 1996, celui d’Épagny, de magnitude 5,3, avait causé de nombreux dégâts dans l’agglomération annécienne. Le 8 septembre 2005, un séisme de magnitude 4,5, dont l’épicentre se situait entre Chamonix et Martigny, en Suisse, avait été ressenti jusque dans la région grenobloise. En montagne, les secousses peuvent aussi déclencher ou aggraver des mouvements de terrain, notamment des chutes de blocs et des éboulements.

Blatten et La Bérarde, deux catastrophes en cascade

Le 28 mai 2025, dans le canton suisse du Valais, une partie du glacier du Birch s’est détachée au-dessus de la vallée du Lötschental. Des éboulements provenant du Kleines Nesthorn avaient progressivement accumulé d’importantes quantités de roche sur le glacier, contribuant à sa déstabilisation. Son effondrement a déclenché une avalanche d’environ 20 millions de tonnes de glace et de roche, selon un article scientifique publié dans Communications Earth & Environment. La masse a dévalé plus de 1 200 mètres de dénivelé, à une vitesse pouvant atteindre 200 km/h, avant d’ensevelir une grande partie du village de Blatten et de barrer la Lonza. La surveillance du glacier avait permis d’évacuer environ 300 habitants entre le 17 et le 19 mai, l’évacuation complète ayant été ordonnée neuf jours avant l’effondrement. Un berger qui se trouvait hors du périmètre d’évacuation a néanmoins perdu la vie.

Un an auparavant, dans la nuit du 20 au 21 juin 2024, une crue exceptionnelle du torrent des Étançons avait ravagé le hameau de La Bérarde, dans la vallée du Vénéon, en Isère. Des maisons avaient été endommagées ou détruites, des routes et des réseaux emportés, et plus d’une centaine de personnes avaient dû être évacuées par hélicoptère. Aucun décès n’avait été enregistré. La crue résultait d’une combinaison de fortes pluies sur neige, d’une fonte rapide du manteau neigeux et de la vidange d’un lac situé à la surface du glacier de Bonne Pierre. Une étude publiée en août 2026 indique que des poches d’eau sous le glacier auraient également pu amplifier la crue, sans pouvoir confirmer leur présence ni leur contribution à l’événement. Après la catastrophe, l’État a établi un périmètre d’exclusion autour du hameau en raison de sa vulnérabilité à de nouvelles crues et à d’autres phénomènes d’origine glaciaire. Une première mission d’instrumentation du glacier de Bonne Pierre a été menée en 2025 pour mieux comprendre comment l’eau peut s’y accumuler puis être libérée.

Au Népal, une catastrophe d’une tout autre ampleur

Le 26 août 2026, à la frontière entre le Népal et le Tibet, une importante masse de roche et de glace s’est détachée de la face nord du Langtang Lirung, à environ 5 200 mètres d’altitude, avant de chuter de 1 200 à 1 500 mètres jusqu’au fond de la vallée. En dévalant les pentes, elle s’est transformée en une lave torrentielle qui s’est engouffrée dans la Lhende Khola, un affluent de la Bhote Koshi, déclenchant une crue sur plusieurs dizaines de kilomètres. L’ampleur des destructions a considérablement compliqué les opérations de secours. Fin septembre, le bilan faisait état d’au moins 1 450 morts et de plus de 6 000 personnes portées disparues.

La catastrophe a ravivé les interrogations sur ce qui pourrait arriver dans les Alpes. Dans un article publié le 11 septembre dans Le Monde, le géomorphologue et directeur de recherche au CNRS Ludovic Ravanel estime toutefois qu’un événement d’une telle ampleur a « peu de chances de se produire dans les Alpes françaises ». Il souligne la différence d’échelle entre les deux chaînes de montagnes. Au Népal, l’effondrement s’est produit à plus de 5 000 mètres d’altitude, sur une paroi très raide, avec une chute de plus de 1 200 mètres. Selon le chercheur, environ 20 millions de mètres cubes d’eau et probablement le double de roche ont été mobilisés, et les effets de la catastrophe se sont propagés sur près de 100 kilomètres. « Dans les Alpes, les volumes rocheux ne sont pas comparables, les glaciers sont moins gros, les pentes moins longues, les vallées moins encaissées », explique-t-il.

Ces différences d’échelle n’excluent pas les mêmes mécanismes dans les Alpes. Le recul des glaciers, le dégel du permafrost et la déstabilisation des versants peuvent également y favoriser des catastrophes en cascade, souligne Ludovic Ravanel. Ces enchaînements doivent donc être mieux compris et surveillés, estime le chercheur.

Une préparation aussi pour les JO d’hiver 2030

« À trois ans des Jeux olympiques d’hiver dans les Alpes, cet exercice offrira également une occasion majeure de tester les capacités de gestion de crise de la région », indique le portail européen présentant le projet. Il permettra ainsi d’éprouver les dispositifs de secours avant l’accueil de nombreux visiteurs, athlètes, délégations et personnels dans les Alpes en 2030.

La phase opérationnelle d’EU-ALPEX-2027 durera 48 heures et se tiendra entre le 8 et le 21 mars 2027, dans le secteur allant du fond de la vallée de Chamonix jusqu’à Cluses.

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