Le salon du survivalisme Survival Expo a fait le plein ce week-end, à Paris, pour sa deuxième édition. Tentative de renouer avec la nature, volonté de savoir faire face à une catastrophe naturelle, simple envie de préparer un trek ? Outside a fait son marché et revient avec une sélection pour tous les niveaux.
Moins radicaux que les "preppers" ou "doomers", convaincus de l'imminence de l’apocalypse, les néo-survivalistes version 2019 ont le vent en poupe. Leur philosophie est ainsi résumée par le sociologue Bertrand Vidal : "Se préparer au pire car l’homme d’aujourd’hui, l’occidental consommateur, urbain, métropolitain est un homme en défaut, une sorte d’infirme de guerre ou de mutilé de la civilisation qui a perdu les compétences car trop éloigné de la nature et trop éloigné de sa nature".
L’offre de stages en survie a explosé ces dernières années, notamment grâce à des émissions comme The Island ou Koh Lanta. Conséquence, il est aujourd'hui compliqué de faire un choix au milieu d'une offre pléthorique, dont certaines tiennent plus du divertissement touristique que de l'apprentissage. Voici quatre organismes que nous avons repérés, charge au lecteur de choisir selon ses envies... et ses capacités !
CEETS : prévention et premier secours version outdoor
Aux origines :
Depuis 2003, David Manise a formé une dizaine de moniteurs et instructeurs qui officient au sein de son "école de survie". Cet amoureux de la nature, qui a grandi au Québec, avait envie de transmettre ses connaissances "pour que les gens s’approprient un savoir-faire comme apprendre à allumer un feu sous la pluie".
Le concept :
Apporter une réponse pragmatique et adaptée dans une optique plus proche du premier secours que de la gestion des catastrophes naturelles. "Nous sommes partis d’une analyse de risques sérieuse et fouillée des blessures et accidents mortels les plus fréquents en milieu naturel, rando ou trek, pour ensuite mettre sur pied un cursus répondant le mieux possible aux besoins".
Éviter de se mettre dans une situation périlleuse, c’est là l’idée maîtresse des stages de David Manise. "Dans un milieu éloigné, la marge d’erreur est faible. D’où l’intérêt de préparer sa rando, d’avoir des techniques et du matériel adapté, pour transmettre en un court laps de temps des outils utilisables et ainsi gagner en liberté".
Pour quel profil ?
Les stagiaires qui affluent chaque année sont indifféremment ingénieurs en informatique, étudiants ou aventuriers solitaires. Tous viennent dans l’idée de se reconnecter à la nature ou de préparer une expédition. "Aucune place à l’improvisation ou à l’erreur n’est permise. Les stages sont conçus pour qu’un pur néophyte puisse dormir par – 10°C dehors".
L’offre :
David Manise propose plusieurs stages en France ou à l’étranger : niveau 1 (sortie sur un week-end avec du matériel de rando) ou niveau 2 (sortie à la journée et apprentissage nuit dehors), niveau 3 (matériel fond de poche et briquet) ou 4 (seul matériel : les vêtements).
Tous les biotopes sont expérimentés (montagne, désert…). En plus des modules stages vie sauvage, un cursus de mise en pratique sur une semaine plus détendue permet d’approfondir.
Choix des lieux :
"Les contraintes de logistiques nous guident : être accessibles aux secours, qu’il y ait du réseau, avoir l’autorisation de faire du feu… Il faut garantir la sécurité et les ressources".
En plus : "Nous sommes un peu les pionniers à avoir monté ces stages et bénéficions d’une bonne réputation. Les stagiaires viennent aussi parce qu’ils savent que nous sommes stricts et regardants sur la sécurité".
Contact : https://www.stages-survie-ceets.org
Stages survie Tribaudeau : l’imprévu créatif
Aux origines :
Avec 138 stages à son actif depuis une quinzaine d’années, Denis Tribaudeau est loin d’être un novice en matière de survie. Une quinzaine de professionnels formés l’aident à encadrer ces stages. "Je me réserve les tâches les plus dures et les plus lointaines".
Le concept :
Apprendre à survivre dans tous les milieux naturels : forêt, désert, montagne, pour savoir bien se comporter et prioriser. "J’incite à être un bon Mac Gyver et avoir suffisamment de cordes à son arc pour ne jamais être pris au dépourvu ou tomber en situation de survie, explique Denis Tribaudeau. Il est possible de partir avec uniquement son couteau et son courage en poche. Mais la nature a toujours le dernier mot. Moins on est équipé et moins on a droit à l’erreur".
Pour quel profil ?
Tous. "Nul besoin d’être Rambo ou d’avoir couru un marathon. On ne sait jamais quand et comment on tombe en situation de survie, ni avec qui, donc il faut faire avec". Denis Tribaudeau constate tout de même que le gros de ses troupes a entre 25 et 35 ans, est en majorité urbain et cadre supérieur. "Nous voyons aussi arriver des jeunes qui veulent savoir de quoi ils sont capables, ainsi que des moins jeunes et des femmes".
L’offre :
Avec une vingtaine de stages différents, Denis Tribaudeau oriente celles et ceux qui l’appellent pour "qu’ils évitent de tomber à côté de la plaque"
Choix des lieux :
"L’aventure peut être partout, même en France là où on ne s’y attend pas". Denis et sa femme voyagent beaucoup pour dénicher des lieux atypiques. "Au Maroc, nous partons sur 3 bivouacs dans 3 zones différentes, tous des déserts de cailloux ou de dunes". Son credo : "Provoquer la création sans la forcer".
En plus : Leur programme "Survival Academy", une école diplômante qui repère les meilleurs éléments en leur permettant d’encadrer des stages de survie dans leur région d’origine.
Contact : http://www.stage-survie-tribaudeau.com
CEPS : la survie à l’état pur
Aux origines :
Yann Chauty a 30 ans de carrière et quelques centaines de stages, principalement de survie en mer, à son actif. Il a déjà formé 1 500 personnes et développe son expertise auprès de la marine marchande et du milieu de la voile.
Le concept :
Sa devise : "Yes, we can !". “Il nous est déjà arrivé de manger deux poissons à sept durant une semaine". Tout repose dans la préparation et le mental. "La survie, c’est de l’entraide, soit l’envers des émissions TV qui élisent le meilleur survivant",explique le fondateur du CEPS. "La nature est gagnante, mais tout est dans la tête. Il faut s’économiser et être fort. Notre esprit : apprendre et partager".
Ici, on expose progressivement les stagiaires aux facteurs stressants de la survie, pour augmenter leur niveau d’adaptation et de confiance en soi. Yann Chauty est dubitatif sur l’offre existante. "Ce qu’on voit sur internet n’est pas de la survie, mais de la randonnée". Y a-t-il un marché pour la "vraie" survie en France ? "J’en doute, car ce n’est pas dans la culture. La priorité en survie, ce n’est pas la chasse, mais l’eau et les hydrates de carbone". Ses stagiaires n’ont rien de plus qu’un couteau, de quoi dormir dehors et se protéger de la pluie et du vent, explique celui qui sait "allumer un feu de 18 façons sans allumettes".
Pour quel profil ?
Pour tous ceux qui veulent apprendre et sont motivés. Un critère essentiel : "La meilleure motivation que je connaisse, c’est aimer la nature et vouloir aider les autres". Pas de public cible, donc, mais soyez prévenu : "nous ne faisons ni tourisme, ni aventure tranquille".
L’offre :
Les stages ont lieu entre octobre et mars. Un cursus de base ou d’initiation se déroule sur un week-end. Celui de 5 jours exige déjà une certaine maîtrise de la survie : "Il faut être préparé à ne pas manger, à fabriquer des abris, créer un feu ou des filets de pêche".
Choix des lieux :
La Bretagne. Mais les stages peuvent également être organisés partout ailleurs sur-mesure à la demande.
En plus : Yann Chauty est également auteur de deux livres sur la survie en mer.
Contact : www.ceps-survie.com
Time on Target : immersion accessible et progressive
Aux origines :
La petite équipe dont Éléonore Lluna est aux commandes a repris cette jeune société créée en 2014. Infirmière de formation, animatrice de randonnée et instructrice diplômée de survie, Éléonore est passionnée d’outdoor depuis toujours. A ses côtés, Damien Lecouvey, ex sous-officier chef de commando de l’armée de l’air, et Marc Mouret, expert en milieu humide.
Le concept :
Préparer les candidats en leur enseignant les gestes de survie en pleine nature de façon douce et pragmatique, le tout, dans la bonne humeur. "Nous avons à cœur de transmettre des éléments simples et accessibles dans une ambiance de retour à la nature", résume Éléonore Lluna. Amateurs de stages commandos et de dépassement de soi, passez votre chemin
L’offre :
La société a créé trois pôles : l’un dédié à la formation pour transmettre compétences et connaissances. Un pôle animations se destine principalement au "team building" ou aux événements tels que les enterrements de vie de célibataire. Le pôle immersion a été conçu "pour vivre des expériences uniques dans le cadre d’expéditions internationales". Plusieurs formules sont proposées sur 24h, à la journée (à thème) ou pour le week-end en France ou sur plusieurs jours à l’étranger.
Choix des lieux :
"En France, ce sont essentiellement des lieux privés que l’on privilégie pour avoir des autorisations de bivouac avec l’accès à un point d’eau", précise Éléonore. A l’étranger, les biotopes sont variés: "Indonésie, Équateur pour la jungle, Australie pour le bush à la rencontre des aborigènes, Mongolie pour les steppes… Nous visons un grand nombre d’environnements avec la mise en pratique de ce que les stagiaires ont appris".
En plus : "Nous n’employons que des personnes diplômées dans l’encadrement de groupes, accompagnateurs et guides de haute montagne, éducateurs sportifs, maitre-nageur sauveteurs… aptes à la pédagogie avec un programme réfléchi et logique". Parmi les intervenants, figure notamment Régis Belleville, aventurier confirmé, membre de la Société des Explorateurs Français et spécialisé depuis 1998 dans la survie en milieu saharien.
Contact : www.t-o-t.fr
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