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montagne sous la neige paul-gilmore-unsplash
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Comment Tylon Steel a survécu 23 jours dans le froid polaire de l’Alaska

  • 16 janvier 2020
  • 4 minutes

David Manise David Manise

Après le feu de la cabane dans laquelle il vivait au fin fond de l’Alaska, Tyson Steele -- un américain de 30 ans vivant volontairement éloigné du monde et des réseaux routiers, a bravé l’impossible avant de pouvoir être secouru au bout de trois semaines. Un scénario totalement improbable, que nous avons demandé à David Manise, notre expert en survie, de commenter pour nous.

Aux environs du 4 ou 5 décembre 2019 au soir, Tyson Steele met un peu trop de carton dans son vieux poêle à bois pour l'allumer. La cheminée est un peu courte, et peut-être en mauvais état, le toit de son chalet est en bardeaux de bois. Vieux et sec. Un incendie démarre doucement. 

Steele se réveille ensuite parce qu'il pleut du plastique fondu et enflammé dans sa cabane. Instantanément il réalise que son toit est en feu. Il sort précipitamment, en ayant la présence d'esprit de prendre avec lui ses bottes et ce qui se trouvait sur son lit au moment du drame : quelques couvertures et vieux sacs de couchage. Il se retrouve dehors en Alaska en pleine nuit, à des kilomètres de son voisin le plus proche, en caleçon, bottes et pull en laine. Il essaie de récupérer quelques affaires encore mais la chaleur est insupportable. Son chien, terrorisé, refuse de sortir et meurt brûlé vif. Steele l'entend hurler d'agonie sans rien pouvoir faire. 

Quelle a été sa stratégie de survie?

Malgré le choc, Tyson Steele garde ses esprits, et commence à réagir de manière constructive. Il essaie d'éteindre l'incendie en y jetant de la neige, mais sans succès. Finalement résolu à accepter la situation, il fait le point... et s'adapte extrêmement vite. La chaleur de l'incendie le protège du froid, alors autant en profiter pour faire le point et réfléchir à la suite : il se surprend à ajouter du bois et à rassembler les bouts de sa cabane pour se réchauffer et réfléchir, pendant que, à l’intérieur, son stock de munitions pétarade, et que ses stocks d'huile s'enflamment... 

Dans un cabanon, à quelques mètres, il trouve une vieille combinaison en toile moisie. Ça sera sa tenue pour les trois semaines suivantes. Il entreprend ensuite de transformer ce cabanon en abri de survie avec des bâches et le peu d'isolation qu'il trouve. Et puis, une fois l'incendie suffisamment refroidi, il essaie de récupérer ce qu'il peut dans les décombres : quelques boîtes de conserve éclatées à cause de la chaleur, quelques objets indispensables. Loin de tout, il essaie de s'adapter à la situation avec un pragmatisme étonnant.

Alertée par la famille de Steele, n'ayant plus aucune nouvelle de lui depuis plusieurs semaines, la police d'Alaska dépêchera un hélicoptère sur place. L'hélicoptère découvre alors un "SOS" de plusieurs mètres de haut, marqué dans la neige, et un homme qui agite les deux bras, en signe de demande d'assistance. Steele est sauvé, après plus de trois semaines de calvaire.

Pourquoi il a eu les bons réflexes?

Les discussions, dans le milieu de la survie et des spécialistes de l'outdoor, vont évidemment bon train. Il est toujours facile de dire "il aurait dû faire ceci", ou "moi j'aurais plutôt fait cela". À la demande de la rédaction d'Outside, je vais quand-même me permettre une humble analyse de la situation. 

Vue de loin, cette histoire me semble être un véritable cas d'école de bon sens et de réactions parfaitement adaptées à la situation concrète. Beaucoup de gens auraient spontanément cherché à rejoindre les voisins (distants de quelques kilomètres), mais Tyson Steele a, je pense, fait le bon choix : patauger dans de la neige aussi profonde, dans une combinaison en coton (qui se serait vite trempée et serait devenue glaciale) et avec un seul pull en laine comme isolation, aurait été extrêmement risqué. En avançant péniblement dans de la poudreuse profonde, à 1km/h ou même peut-être moins, il se serait refroidi très vite. Ajoutons à cela qu'à ces latitudes, en décembre, les jours sont extrêmement courts, et que Steele n'avait apparemment pas de lampe.

Sa meilleure option était, et de loin, de rester sur place et d'attendre qu'on lui vienne en aide, même si ça signifiait tolérer l'incertitude et l'inconfort pendant longtemps.

Et, au final, on retombe toujours sur la même grille de lecture : une erreur de gestion des risques, avec son poêle à bois, a déclenché une situation où il risquait fort de mourir de froid. Et il a tout géré dans l'ordre ensuite : sa température, l'eau (neige fondue), et la nourriture. 

Dans l'absolu, la nourriture n'est pas un problème de survie prioritaire, et avec le peu qu'il a réussi à retrouver dans les décombres de son chalet (une boîte de conserve par jour, en gardant pour la fin les choses au goût de plastique brûlé), Steele a réussi à tenir plusieurs semaines, et ce malgré le froid qui lui coûtait cher en termes de calories. Même en jeûnant complètement et par temps froid (et donc avec des besoins en énergie de l'ordre de 4000 kcal par jour), un humain en bonne santé peut tenir plusieurs semaines. En effet, même un individu svelte a au moins 10 ou 12% de masse adipeuse. Pour un homme d'environ 80kg comme Steele, c'est au minimum 8 à 10kg de graisse en réserve. Sachant qu'un kilo de graisse fournit 9000 kcal, le calcul est vite fait. On peut tenir sans problème trois semaines sans rien manger, d'autant que la masse musculaire, ainsi que le foie, peuvent aussi servir à fournir de l'énergie au corps. En mangeant une boîte de conserve par jour, Steele a ainsi pu tenir un long moment tout en maintenant ses capacités physiques et intellectuelles intactes.

Donc, l'urgence à quitter les lieux pour rejoindre ses voisins n'en était pas une. Il pouvait -- et il l'a prouvé -- tenir très longtemps de cette manière. Alors il a choisi d'attendre, et sa stratégie s'est avérée payante. Sûrement interminable, de l'intérieur, mais c'était la bonne.

https://youtu.be/2UTnjob_X-Y

Qu'est-ce qui aurait pu le sortir de là plus vite ?

On a beau tourner le problème dans tous les sens, on retombe sur le bon vieux "CCVMD" du CEETS (conscience, communication, vision, mobilité, et système D) :

  • Pouvoir communiquer (son téléphone portable était resté dans sa cabane) ;
  • Pouvoir y voir dans la nuit de l'hiver nordique : une simple lampe frontale aurait complètement changé ses possibilités de déplacement ;
  • Pouvoir se déplacer : des raquettes, ou une motoneige, et sa situation de survie n'en était plus une... 

Il lui restait sa débrouillardise et une attitude très constructive, qu'il a mise à profit pour se construire un abri et survivre au froid en attendant les secours. Et il l'a fait suffisamment bien pour que ça fonctionne. La preuve en est : il est vivant aujourd'hui, et aura sans doute une sacrée histoire à raconter !


Cette rubrique est réalisée en collaboration avec David Manise, instructeur de survie et de self-protection depuis 2003. Fondateur du forum vie sauvage et survie, il est également  à l’origine du CEETS, Centre d’Etude et d’Enseignement des Techniques de Survie.

Formateur, il est aussi conférencier, traducteur et auteur de plusieurs ouvrages, notamment :  La vie est injuste, et à la fin tu crèves. « Un petit essai énervé sur la différence entre la théorie et la pratique » et Manuel de [sur]vie en milieu naturel, chez Amphora, en juin 2016.


Envie d’en savoir plus? Lire aussi: Mission survie, les 3 manuels qu’il est encore temps de dévorer.

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