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Renan Ozturk : ascension du mont Meru
  • Santé

Comment sortir plus fort d’une épreuve : L’expérience de Renan Ozturk et l’ascension de Meru

  • 24 février 2021
  • 5 minutes

Brad Stulberg Brad Stulberg Brad Stulberg écrit sur la santé et la science des performances humaines.

« Meru », sans doute l’un des meilleurs films de montagne réalisé à ce jour, a failli se faire sans Renan Ozturk, l’un des trois protagonistes du film avec Jimmy Chin et Conrad Anker. Cinq mois avant leur expédition en Inde, l’alpiniste et photographe est victime d’un accident gravissime. Pourtant abandonner n’était pas une option pour lui. Une leçon de vie dont on peut s’inspirer au quotidien.

En 2011, Jimmy Chin, Conrad Anker et Renan Ozturk ont réalisé la première ascension par la voie Shark's Fin du pic Meru (6660m), situé dans l'Himalaya indien. Un événement pour la communauté des alpinistes, dont le grand public retiendra surtout le prodigieux film qu’en tirent en 2015 Elizabeth Chai Vasarhelyi et Jimmy Chin. Le couple qu’on retrouvera quelques années plus tard à la réalisation du non moins célèbre «Free Solo ».

Comment sortir plus fort des épreuves : L’expérience de Renan Ozturk et l’ascension de Meru

Avant cette mémorable ascension, un certain nombre des meilleurs alpinistes du monde avaient tenté l'expérience, en vain. Y compris le trio d’Américains. En 2008, ils sont sur le point de réussir quand, arrivés à 150m du sommet, ils sont à court de vivres et sont contraints de faire demi-tour. 

Mais ils ne comptaient pas en rester là. Trois ans plus tard, Jimmy, Conrad et Renan s’attaquaient à nouveau à Meru. Non sans avoir surmonté d'innombrables obstacles pour boucler cette deuxième expédition. Mais rien de comparable à ce que vécut alors Renan Ozturk. L’histoire du film ne vous est sans doute pas inconnue, mais elle vaut la peine qu’on y revienne tant Renan Ozturk s’avère être l’incarnation de l’endurance – ou la capacité à supporter des conditions difficiles. Un exemple dont nous pouvons tous nous inspirer, notamment en cette période de pandémie où l’avenir est miné par beaucoup d’incertitudes.

Jimmy Chin : ascension du mont Meru

Cinq mois avant sa deuxième tentative d’ascension de Meru, Renan Ozturk était en tournage sur un film de snowboard avec Jimmy Chin à Jackson Hole, dans le Wyoming. Tombant d’une falaise, il fait une chute de plusieurs dizaines de mètres.  C’est la tête qui prit le choc. Résultat : écrasement de deux vertèbres et rupture d'une artère vertébrale. Ses médecins seront sans appel :  90 % des personnes qui subissent ce type de blessures ne peuvent plus jamais remarcher. Bien content qu’il soit encore en vie et avec toutes ses capacités cérébrales.

Mais Renan Ozturk ne voyait pas vraiment les choses comme ça. Il ne voulait pas seulement remarcher. Il voulait atteindre le sommet de Meru comme prévu, cinq mois plus tard. "Pour moi, cela valait la peine de prendre le risque de remonter en très haute altitude . C'était quelque chose que je devais faire. Ca valait la peine de prendre le risque de mourir", explique-t-il dans le film.

Renan Ozturk : ascension du mont Meru

Une telle force de caractère face aux difficultés s’est avérée essentielle pour l’alpiniste, mais elle est également capitale dans de multiples situations comme le souligne une étude de deux chercheurs : Suzanne Kobasa, de l'université de Chicago, et Salvatore Maddi, de l'université de Californie à Irvine.  Les psychologues ont entrepris en 1981 de suivre pendant six ans un groupe de cadres de l'Illinois Bell Telephone (IBT).  À l'époque, le secteur des télécommunications était en pleine mutation, bouleversé par une série de fusions et d’acquisitions. L'IBT a ainsi dû réduire ses effectifs, passant de plus de 26 000 employés à 13 000. Deux tiers des cadres ont souffert de burn out, de dépression et d'anxiété pendant la période de l'étude. Les cas de divorce, de maladies cardiaques, d'accidents vasculaires cérébraux et même de suicides ont également augmenté. Mais l’autre tiers de l'échantillon a non seulement survécu mais en est sorti plus fort sur le plan professionnel et personnel. Une attitude commentée en ces termes par les deux psychologues : "ce dernier groupe a fait preuve de résistance. Ou autrement dit d’un ensemble d'attitudes qui motivent une personne à réagir à des circonstances stressantes de manière à transformer les catastrophes potentielles en opportunités". 

Depuis, d'autres études ont montré que cette capacité protège contre le stress. Qu’on soit employé dans un grand groupe en plein plan social, soldat ou athlète victime d’une blessure à la veille d’une compétition. Une capacité que l’on peut cultiver et qui s’avère précieuse à l’heure de courir les derniers kilomètres du "marathon de la pandémie".

https://youtu.be/YvS6O9lVkkg

Comment développer sa capacité de résistance ?

Pour y parvenir, trois paramètres seraient essentiels selon Suzanne Kobasa et Salvatore Maddi : l'engagement, le contrôle et le défi. 

S’impliquer, faire face, malgré tout

La condition sine qua non est que vous acceptiez la situation dans laquelle vous vous trouvez - que cela vous plaise ou non. Et donc que vous alliez de l'avant quand même et que vous résistiez à la tentation de vous détourner des obstacles. Plutôt que de "sombrer dans l'isolement », expliquent les deux chercheurs, "vous devez rester connecté avec les gens et les événements qui se passent autour de vous". Concrètement, pour Renan Ozturk, cela signifie que d’une part il n'a pas renoncé à son objectif d'atteindre le sommet de Meru avec ses partenaires, et que par ailleurs il a redoublé d'efforts pour y parvenir malgré de graves blessures. A notre échelle, aujourd’hui, cela signifie rester impliqué dans les choses qui nous tiennent à cœur. Par exemple rester en contact avec ses amis, ses collègues et sa famille, alors que tout nous pousse à nous couper du monde à nous isoler dans notre bulle.

Garder le contrôle sur ce que pouvez contrôler

Il s’agit là de déterminer ce que vous pouvez faire pour influencer de manière productive une situation. Puis de passer à l'action. Dans l’exemple de Renan Ozturk, l’alpiniste s’est concentré à 100% sur l'acquisition de la force et de l’équilibre indispensables à la réussite de son expédition. Et ce, non-stop. Depuis le jour de son accident presque fatal, jusqu’au jour de son départ pour l'Himalaya. Il a scrupuleusement suivi un programme de rééducation qui a débuté par quelques tours de roues sur un vélo d’intérieur ; quelques minutes seulement, avec quasiment aucune résistance. Puis, progressivement, il augmenté sa charge d'entraînement jusqu'à une heure. Si bien qu’en fin de rééducation, il parvenait à réaliser deux séances de musculation complètes, à charge maximales. Tout au long du film, on sent bien que jamais Renan Ozturk ne s'est apitoyé sur son sort, ne serait-ce que parce que cela lui aurait fait perdre un temps et une énergie précieux.

Dans notre contexte actuel, cela peut se traduire ainsi : identifier ce que nous pouvons faire en toute sécurité en pleine épidémie de COVID-19 et nous y consacrer, au lieu de cultiver un sentiment de frustration générale. Concrètement, vous pouvez vous fixer un objectif de remise en forme ou dresser une liste de lectures et vous y tenir. Il est prouvé que progresser dans quelque domaine que ce soit, maîtriser une compétence, contribuent à améliorer notre santé physique et mentale. En revanche, il est préférable de ne pas gaspiller d'énergie à se préoccuper de ce que nous ne pouvons pas contrôler. C’est extrêmement difficile, bien sûr, mais cela vaut la peine de tenter cette approche.

Transformer un obstacle en défi

Avoir l’esprit de défi, c’est considérer la vie comme un exercice permanent, en constante évolution, sans résultat définitif ni préétabli. "C’est envisager de continuer à apprendre de vos expériences, qu'elles soient positives ou négatives. C'est considérer que toutes elles contribuent à votre développement et à votre épanouissement », expliquent les deux chercheurs. Dès lors vous ne voyez plus le changement comme une menace, mais acceptez l’idée que le changement est la condition perpétuelle de la vie. 

Ainsi Renan Ozturk n'a jamais considéré son accident comme la fin de sa carrière d'alpiniste, et encore moins comme la fin de sa vie. Il l'a plutôt vu comme un obstacle à franchir et à surmonter. Dans une interview accordée à "GearJunkie" en 2015, l’alpiniste qualifiait l'accident de « revers inattendu ». "Vous devez apprendre à surmonter les obstacles que rencontrez et tout faire pour rendre possible ce qui vous passionne », dit-il. La composante "défi" sera d’autant plus efficace que vous intégrerez que chaque expérience, majeure ou mineure, de votre parcours peut être une expérience d’apprentissage et un pas de plus vers ce défi. 
S’appuyant sur un questionnaire en 53 points, Suzanne Kobasa et Salvatore Maddi, ont constaté à plusieurs reprises que plus une personne est forte sur ces trois paramètres, plus elle a de chances de survivre et mieux encore de s'épanouir lors de changements majeurs. Cela n’a rien de facile, mais cultiver ces aptitudes ne pourra que pour mieux nous préparer à faire face aux aléas de la vie.

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