L’UTMB, c’est un peu le Graal de tout trailer » , raconte Christian Bourbon, retraité originaire de la vallée d’Azergues, dans le département du Rhône. Sur le point de prendre le départ de la « course reine » (170 km ; 10 000 D+) ce soir à 18 heures, le traileur – qui a le privilège d’être le coureur le plus âgé des 10 000 runners participant à l’une des huit épreuves du Sommet mondial du trail – est revenu pour nous en détails sur sa préparation. De son entraînement, à l’impact de la course à pied sur son corps. Au passage, il nous a glissé quelques conseils pour durer dans ce sport dans lequel « on laisse des plumes physiquement », selon lui.
La course à pied n’est arrivée que très tard dans sa vie. À 48 ans. "C’était un défouloir" explique Christian Bourbon, en charge, à l'époque, du service après-vente de matériel de bureautique. "Quand je travaillais, on me faisait des reproches à longueur de journée. Alors j’étais content de sortir de ce milieu le mercredi soir, à l’entraînement. Je courrais également le samedi et le dimanche". Et rapidement, il s’est pris au jeu de la compétition, rallongeant peu à peu les distances avant de se mettre au trail.
"Je faisais des courses de 200 kilomètres, en étapes, sur trois ou quatre jours. Notamment sur Compostelle. On faisait autour de 50 kilomètres, avec 2000 de dénivelé positif par jour. Ce n’était pas tous les jours facile de repartir le lendemain, mais ça m’a aguerri" se souvient le coureur qui a par la suite enchaîné avec des épreuves plus longues, aux alentours de 80 kilomètres. Son objectif est clair : voir jusqu’où son corps peut l’emmener, rien de plus. Ce qu’il nous a expliqué en détails depuis Chamonix la veille de son départ.

Le départ de l’UTMB approche à grand pas. Vous vous sentez comment ?
Ça va. Dans ma tête, je vais bien. Il y avait l’aspect météo qui me stressait un peu. Mais il est en partie résolu [l’organisation n’a pas demandé aux coureurs d’emporter le kit grand froid sur l’UTMB, ndlr]. Maintenant, il va falloir aller au bout. C’est la première fois que je vais courir aussi longtemps [sa plus longue course remonte à décembre 2022, 133 kilomètres et 2540 mètres de dénivelé, réalisés sur "La HOT du Père Noël", ndlr] […] J’avais fait la CCC (100 km ; 6100 D+) il y a quatre ans. Mais après 70 ans, les années pèsent plus. On se rend compte que l’on va moins vite.
Vous craignez les barrières horaires ?
Un peu. J’ai étudié un peu le truc, elles sont franchissables mais il faut être bien constant sur toute la course, ne pas avoir un coup de mou. Et partir sur une bonne base parce que les barrières s’élargissent après. L’idéal est d’avoir de la marge sur la première partie du circuit.
Comment vous êtes-vous entraîné pour cette course ?
Contrairement à la CCC, j’ai effectué moins de courses de préparation, seulement trois [le Trail des 3 couvents en avril (46 km ; 3 000 D+), la Course de la Résistance (30 km, 1 500 D+ ) et L’Infernal trail des Vosges (70 km, 3 274 D+), ndlr] J’ai fait un gros bloc d’entraînement fin juillet, le Tour du Mont-Blanc en quatre jours, en équipe. Je pense que ça m'a apporté pas mal. En cumulé, ça nous a demandé 38 heures d’effort. Mais ce week-end, ce sera différent.
Que répondez-vous quand on vous dit que vous êtes trop âgé pour faire ça ?
Que ce n’est pas entièrement faux ! Mais je prends exemple sur une personne bien plus âgée que moi, venue au bout du marathon de Paris cette année [Charly Bancarel, 93 ans, ndlr]. J’ai vu un reportage sur lui récemment. C’est quelqu’un qui part du principe qu’il ne faut pas s’arrêter de bouger. Et il a raison. Le jour où je devrais stopper la course à pied, ce sera difficile. À encaisser déjà. Et puis, quand on s’arrête, c’est pratiquement la fin. […] Le trail permet de maintenir un niveau physique. Et puis ça fait du bien à la tête. Il m’est arrivé de partir de bonne heure, de rencontrer des biches, ou ne serait-ce qu’un lapin. Ca égaye la journée. On voit la vie différemment. Et puis être seul, c’est être au calme, en communion avec la nature, c’est important aussi. Je n’ai pas envie d’atterrir dans un canapé. Même si ce sera certainement mon quotidien un jour.
J’ai l’exemple de mon beau-père qui va sur ses 94 ans. C’était un marcheur. Il avait l’habitude de faire quotidiennement 10 kilomètres par jour aux alentours de Lyon. Mais depuis qu’il a arrêté, il n’y a pas si longtemps que cela, il ne sort plus. Et même s’il ne dit pas que c’est la fin, il sait bien qu’il ne refera plus jamais de randonnée.
Vous disiez que passé 70 ans, les années pèsent plus. Après plus de vingt ans de pratique, quel est l’impact de la course à pied sur votre corps aujourd’hui ?
Comme tout traileur, j’ai des petits problèmes. Mais pas grand-chose. Un genou m’a fait souffrir l’an passé. Ca a failli m’arrêter. Mais j’ai pris le taureau par les cornes. Je me suis fait soigner, j’ai fait une infiltration. Et puis maintenant, ça va faire six mois que je n'ai plus aucune douleur. […] Mon généraliste m’envoie régulièrement faire des tests d’effort. Il n’y a rien à signaler à ce niveau-là : j’ai un coeur en parfaite santé.
Vous avez commencé la course à pied à 48 ans. Que conseilleriez-vous à quelqu’un qui souhaiterait se mettre à la course sur le tard ?
De commencer en douceur. Tout le monde peut courir, mais il faut y aller progressivement sur le kilométrage. Ne pas partir faire 20 kilomètres dès le début. […] Je pense qu’à ce niveau-là, j’ai assez bien géré les choses. Par contre, j’ai commis quelques erreurs lors des entraînements en groupe. Mais en réalité, il vaut mieux courir à son allure.
Lors des moments de doute pendant les courses, qu’est-ce qu’il vous fait continuer d’avancer ?
Je parle avec mes parents qui ne sont plus là. C’est peut-être un peu stupide, je sais bien qu’ils ne vont pas m’entendre. Mais ça m’aide. Je pense aussi à mon épouse, et à mes enfants, notamment à ma fille qui est assez admirative de ce que je fais.
Après l’UTMB, d’autres courses vous font rêver ?
Je pense qu’après l’UTMB, je lèverai le pied. Ce qui ne veut pas dire que j’arrêterai totalement. Mais peut-être que je ferai des distances un peu moins importantes. Parce que physiquement, on y laisse des plumes. Si je peux, j’aimerais arriver à m’aligner à nouveau sur la LyonSaintéLyon (156 km ; 4390 D+) pour essayer de la finir [il avait été contraint d'abandonner cette année, ndlr]. Est-ce que ce sera cette année ? Pas certain, tout dépend de comment je vais me sentir après l’UTMB.
Vous reviendrez sur l’UTMB si jamais vous ne parvenez pas à finir la course ?
Je ne pense pas, parce qu’il me faudra refaire des courses pour aller chercher des points [des running stones, ndlr]. Leur système est bien parce qu’ils ne peuvent pas ouvrir cette course à tout un chacun. Mais cela voudrait dire que je devrais recommencer le processus à zéro.
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