Après une pause de 20 ans dans sa carrière, la cycliste Américaine Patricia Baker enchaine aujourd’hui les records sur piste dans la tranche d'âge des 80-84 ans. À ce jour, elle compte 25 championnats nationaux et un championnat du monde à son palmarès. Son secret ? Une énergie exceptionnelle, un entrainement sans faille et un incroyable goût pour la compétition.
L’agenda de Patricia Baker a été plutôt bien rempli ces derniers mois. En août 2019, la cycliste sur piste de 80 ans, arrière-grand-mère de cinq enfants, est devenue la participante américaine la plus âgée à participer aux championnats nationaux de cyclisme sur piste des USA Cycling Masters, où elle a établi quatre records nationaux et mondiaux dans la tranche d'âge des 80 à 84 ans. Mais elle ne s'est pas arrêtée là. Un mois plus tard, elle remportait une médaille d'or dans la poursuite individuelle et une d'argent dans le contre-la-montre de 500 mètres aux Championnats du monde de cyclisme sur piste, l’UCI Masters, à Manchester, en Angleterre.
Organiser un voyage à Manchester juste après les championnats nationaux n'a pas été facile pour Patricia Baker et Michael, son mari âgé de 60 ans. Mais elle se devait d’y aller. L'UCI avait ouvert aux femmes une nouvelle catégorie pour les plus 75 ans qui jusqu’à présent n’existait que pour les cyclistes masculins. Une vraie révolution quand on sait que la plupart du temps toutes les femmes de plus de 55 ans s'affrontent dans une seule et même catégorie. Sachant que très peu de femmes de son âge courent actuellement sur piste, Mme Baker craignait que si elle ne se présentait pas, l'UCI ne propose plus jamais cette nouvelle tranche d'âge.
Patricia Baker est dans le circuit des courses féminines depuis longtemps. Sa carrière de cycliste a débuté en 1975, lorsque sa fille, alors adolescente, a décidé de s'entraîner pour une épreuve sur piste. Baker lui a rapidement emboîté le pas. "Je voulais soutenir les courses féminines", raconte-elle. "J'étais convaincue que beaucoup de femmes avaient le niveau pour y participer, mais qu’il leur fallait quelqu’un pour ouvrir la voie ».
C’est donc à 36 ans que Patricia Baker a participé à sa première course sur route. À l'époque, les débutantes s'alignaient contre des coureuses de niveau professionnel. Aussi s’est-elle souvent retrouvée en queue de peloton. Mais elle ne s’est pas découragée pour autant. Elle a commencé à augmenter son kilométrage hebdomadaire en roulant chaque jour jusqu’à son officine de pharmacienne -67 km aller-retour- et à s'entraîner sur un home training bricolé par son mari, mathématicien-physicien.
Dans les années 1980, alors qu'elle avait la quarantaine, Patricia Baker a commencé à engranger les victoires aux championnats d'État.
Mais en 1985, juste avant les World Masters Games de Toronto, les douleurs lombaires qu'elle supportait depuis son accident de vélo en 1982, sont devenues si atroces, qu’elle a « fait un pacte avec le diable", raconte Patricia Baker. J'ai dit : « Si vous m’aidez à surmonter ça, je penserai à prendre ma retraite." Les médecins de Baker ne lui ont rien trouvé, mais elle a arrêté la course en 1986 et n'a plus pratiqué qu’en loisir pendant les 20 années suivantes - d'abord sur vélo couché, puis sur VTT et enfin sur un vélo de route Serotta fabriqué sur mesure sur lequel elle pouvait rouler sans souffrir.
En 2006, nouveau coup du sort. A l'âge de 67 ans, Patricia Baker a découvert qu'elle souffrait d'une scoliose, due, sans doute à son accident ou à une opération de la vésicule biliaire intervenue en 1972. Ne voulant pas subir d’intervention pour corriger sa colonne vertébrale, elle jugeait ça trop risqué, elle a commencé une rééducation, ce qui lui a permis de recommencer à faire du vélo de course. D’abord sur route puis sur piste, après avoir fréquenté une clinique pour femmes, dirigée par Sarah Hammer, huit fois championne du monde sur piste. "Il semble que la ‘géométrie’ de mon vélo de course soit parfaitement adaptée à mon dos", explique Baker.
Malgré sa longue absence de la compétition, il n'a pas fallu longtemps à l’Américaine pour qu’elle recommence à obtenir de bons résultats : elle est montée sur le podium des championnats nationaux de cyclisme sur route et sur piste de 2006 à 2015, a remporté sept médailles aux World Masters Games de 2010 et a été la première femme à établir des records du monde de l'heure dans la catégorie des 75-79 ans et des 80-84 ans.
À ce jour, Patricia Baker rapporte qu’elle remporté 25 championnats nationaux et un championnat du monde. Mais cela n'a pas toujours été aussi facile qu'elle le laisse croire. Sur piste, elle est souvent la participante la plus âgée et la seule femme dans sa catégorie. "L'une des choses les plus difficiles, quand je suis revenue à la compétition, a été d'accepter que je ne sois plus en mesure de faire ce que je faisais il y a 20 ans ", avoue Baker. "Votre VO2 max diminue, votre fréquence cardiaque maximale diminue - c'est un phénomène physiologique, mais vous pouvez toujours le contourner".
Pour rester compétitive, Baker a commencé à travailler il y a huit ans avec David Brinton, ancien cycliste professionnel sur piste et champion du monde des World Masters Games. Trois fois par semaine, à cinq heures du matin, Patricia Baker et son mari, Michael, quittent leur maison de Laguna Hills, en Californie, pour faire les 71 km qui les séparent de la piste où elle attaque à 6 heures. Là, l’attendent deux à trois, voire quatre, heures d’entrainement. Michael l'aide dans le chronométrage et tous les réglages mécaniques, un peu difficiles aujourd’hui pour elle, compte tenu de son arthrite.
Les jours où elle n'est pas sur piste, Baker s’entraîne à l’intérieur en regardant la chaîne NHK World-Japan (elle adore la lutte sumo). Chez elle, elle fait une série d'exercices de musculation, notamment des abdominaux, à partir de DVD. Au gymnase, elle s'entraîne avec des poids - des squats et des épaulés - et fait quelques poses de yoga recommandées par son ostéopathe. L’athlète fait également une séance de kiné par semaine.
Les jours de récupération, elle est bien obligée de ralentir. "En vieillissant, la récupération prend plus de temps", explique Baker. "Je discute avec pas mal de cyclistes seniors, nous en faisons tous l'expérience. Mais nous écoutons notre corps, ce qui nous permet de continuer le cyclisme".
Cette discipline semble porter ses fruits. Elle vieillit, certes, mais elle ne ralentie pas pour autant. Le record de l'heure qu'elle a établi cette année à 80 ans - 27,447 km - n'est pas si éloigné de celui qu'elle a atteint il y a cinq ans - 27,894 km. Son objectif pour les deux ans à venir est de battre les records établis cette année. "Je sais qu'il va y avoir de la concurrence, et de plus rapides que moi », explique Baker. "J'ai une amie en Australie qui a battu mon record de l'heure dans la catégorie des 75 ans. Elle me l’avait annoncé d’ailleurs, c’était son but et franchement, je lui ai souhaité bonne chance. Tout athlète qui établit un record se dit : ‘Voilà, j’ai fait quelque chose que personne d'autre n'a fait !’, mais en mettant la barre à un nouveau niveau plus haut, il donne aussi un objectif aux autres, ça leur montre qu’on peut aller plus vite ». La catégorie d'âge la plus élevée de l'UCI pour les hommes et les femmes est actuellement de 75 ans et plus, mais en continuant à rester dans le circuit, Baker et ses concurrentes pourraient bien inciter l'UCI à rajouter définitivement la catégorie des 80-84 ans. Mais il faudrait pour cela que davantage de femmes suivent les traces de Patricia Baker. Lors du dernier Masters Track Cycling World Championship, il n'y avait qu'une seule autre femme dans la catégorie des 75 ans et plus. Quoi qu'il en soit, qu'il y ait un peloton complet ou non, Patricia Baker sera de la partie!
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
