Jamais depuis des années le Japon n’avait vu tomber autant de neige en si peu de temps. Une situation dramatique pour les habitants - 35 personnes y ont perdu la vie - mais qui alimente aussi le fantasme ultime des riders arrivés en masse ces derniers jours pour profiter de la légendaire japow.
Depuis la mi-janvier 2026, le nord de l’archipel japonais subit un épisode neigeux d’une intensité exceptionnelle. Hokkaidō, le Tōhoku et toute la façade de la mer du Japon sont frappés par des chutes continues, parfois quasi ininterrompues. Résultat : des accumulations colossales, rarement observées à cette échelle. Dans la préfecture d’Aomori (à l’extrême nord de l'île de Honshū, la principale île du Japon), certaines zones approchent ou dépassent les 4,5 mètres de neige au sol. La ville d’Aomori elle-même affiche environ 1,83 mètre, un niveau inédit depuis plusieurs décennies. À la station de ski de Sapporo, plus d’un mètre de neige est tombé en quelques semaines seulement, confirmant un hiver parmi les plus actifs de l’histoire récente, selon les données de la Japan Meteorological Agency (JMA). Certes, on n’atteint pas encore le record historique de neige au sol : 5,66 m, détenu par Sukayu Onsen, en 2013, mais l’épisode actuel s’en approche dangereusement.
Mais ce qui marque surtout ici, c’est la rapidité d’accumulation.. Cette année encore, plusieurs stations et villes du nord ont connu des chutes de 20 à 40 cm par nuit, parfois plusieurs jours d’affilée. Comme à Obihiro en 2025, environ 1,20 mètre de neige est tombé en seulement 12 heures sur certains sites.
Pourquoi autant de neige ?
L’explication se trouve dans une combinaison de facteurs atmosphériques à grande échelle. Une masse d’air arctique particulièrement froide stagne sur le nord de l’Asie, renforcée par un anticyclone sibérien puissant. En traversant la mer du Japon, cet air glacial se charge en humidité, déclenchant d’intenses précipitations neigeuses dès qu’il rencontre le relief japonais.
Selon une analyse relayée par le Japan Times et le World Weather Attribution, le changement climatique pourrait paradoxalement amplifier ces épisodes. Des océans plus chauds augmentent la quantité de vapeur d’eau dans l’atmosphère ; combinée à un front froid marqué, cette humidité supplémentaire favorise des chutes de neige plus intenses.
Ces mécanismes rappellent, sans être identiques, ceux observés récemment au Canada - en décembre et en Russie en janvier. A savoir une oscillation arctique négative, des résidus d’influence de La Niña et des circulations atmosphériques bloquées. On n’assiste donc pas ici à un phénomène unique mondial, mais bien à des configurations capables de provoquer, simultanément, des extrêmes neigeux sur plusieurs continents.
Derrière les images spectaculaires, la réalité est plus sombre. A ce jour, les autorités japonaises font état de 30 à 35 morts selon les sources, liées directement aux chutes de neige. Les accidents surviennent majoritairement lors d’opérations de déneigement, de chutes de toits enneigés ou de glissements de terrain. Les blessés sont encore plus nombreux : environ 350 à 400 personnes à travers le pays, notamment dans les préfectures de Niigata, Akita, Yamagata, Hokkaidō, Aomori ou Nagano. Sans parler des perturbations massives : routes coupées, trafic ferroviaire et aérien fortement ralenti et des villages parfois isolés pendant plusieurs jours.
Du « classic Hokkaido on steroids »
Côté ski, le tableau est plus riant. L’hiver 2026 confirme la légende de la japow. À Niseko, mais aussi à Rusutsu, Kiroro ou Furano, spots bien connus des riders, la neige est froide, légère, d’une finesse exceptionnelle. L’air sibérien traversant la mer du Japon produit cette poudreuse sèche devenue mythique, la fameuse Japow. Les bulletins neige mentionnent des chutes de 20 à 40 cm par nuit, parfois plusieurs jours d’affilée. Sur les réseaux sociaux, on manque de qualificatifs : « best snow of the world », « It’s insane ». Et les médias ski internationaux décrivent l’hiver en cours comme un “classic Hokkaido on steroids” : la version XXL de ce que les amateurs de pow viennent chercher au Japon.
Mais tout n’est pas idyllique. « Hokkaidō livre une neige exceptionnelle, mais cette année il faut vraiment la mériter sur le terrain. », lit-on aussi. Car si la pow est là, elle n’arrive pas seule. Sur les pistes balayées par des vents violents, les remontées sont bien souvent stoppées, voire ensevelies sous des mètres de neige accumulés par les rafales. Et en montagne, le brouillard n’arrange pas les choses. Enfin les risques d'avalanche ne sont pas écartés, rappellent les autorités et les guides locaux.
Seule solution, prendre son mal en patience : ce qu’un rider résume ainsi « Wait for the storm to clear, then go hard. » « Attends que la tempête se calme, puis profite à fond. » Les plus malins, eux, filent en forêts. Protégées du vent, les conditions y restent souvent excellentes.
De nouvelles chutes de neige ce week-end
Résultat : le Japon connaît un boom des réservations en stations, selon le Japan Times. L’augmentation des précipitations offrant une alternative aux amateurs de ski venus d’autres régions, confrontées à un manque de neige. « Il y a eu cette saison un nombre inhabituellement élevé de réservations de dernière minute, des clients se détournant des stations américaines et canadiennes faute d’enneigement », observe Marnie McLaren, de The Snow Concierge, une agence australienne spécialisée. Globalement, les demandes concernant le Japon ont doublé par rapport à l’an dernier, portées en grande partie par l’intérêt de clients nord-américains, précise-t-elle. L’intérêt des clients pour l’hiver prochain est déjà en hausse de 27 % par rapport à la même période l’an dernier. À Niseko, les hébergements sont presque complets, selon Alister Buckingham, responsable marketing de l’agence Japan Ski Experience, basé sur place. « Il y a plus d’Américains ici aujourd’hui que les années précédentes », souligne-t-il.
Et ce n’est pas terminé. Les prévisions de la JMA annoncent de nouvelles chutes importantes dès ce week-end, notamment sur Hokkaidō et la côte de la mer du Japon. Encore des mètres de neige en perspective, encore des défis logistiques – un redoux pourrait déclencher des glissements de terrain ou rendre les routes glissantes – mais aussi encore des journées de ski qui pourraient entrer dans la légende.
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