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Giri-Giri Boys
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Au Japon, les Giri-Giri Boys, ces « alpinistes fous », toujours à la limite

  • 23 juillet 2025
  • 6 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Ce n’est pas un club, ni une organisation officielle, juste trois potes : Yusuke Sato, Fumitaka Ichimura, Katsutaka Yokoyama. Trois noms qui, au Japon, imposent immédiatement le respect dans la communauté de la montagne. Tournant le dos aux lourdes expéditions longtemps en cours dans l’archipel nippon, ce sont eux qui dans les années 2000 y ont apporté un souffle nouveau. Leur philosophie ? L’engagement, l’exploration, et la volonté de repousser leurs propres limites.

Interviewé par Explorersweb en février dernier, le jeune Yudai Suzuki, 30 ans, considéré comme un des figures montantes de l’alpinisme japonais - de cette de nouvelle génération qui recherche l'excellence dans l'alpinisme exploratoire tout en conservant un sens traditionnel de l'aventure et de la pureté - confiait que s’il devait se réclamer de quelqu’un, le premier nom qui lui viendrait à l’esprit, serait, « bien évidemment »,  les Giri-Giri Boys.
 
« Ils sont très connus dans la petite communauté japonaise d'alpinistes, c'est sûr. Ici, presque tous les jeunes alpinistes passionnés ont lu les nombreux articles racontant leurs premières ascensions et leurs ouvertures en Alaska, au Pakistan, au Népal, en Inde et en Patagonie. Mais notre communauté d'alpinistes est si petite, que si vous grimpez pendant une dizaine d'années, vous avez de bonnes chances de les croiser et de vous lier d'amitié avec eux. Ils sont vraiment forts et très doués, mais ce sont aussi des « gens normaux », accessibles, pas des stars genre joueurs de baseball milliardaires. »
 
Yudai Suzuki n’est pas le seul à marcher sur les traces des fameux Giri-Giri Boys. De la jeune garde nippone, on peut citer Kohei Nakae, réputé lui aussi pour ses ascensions rapides et engagées. Ryohei Kamei, jeune grimpeur qui a poursuivi l’exploration de voies techniques en style minimaliste, notamment en Alaska et au Japon. Ou encore Masayuki Kato, alpiniste et guide, reconnu pour pousser le style rapide et autonome dans les Alpes japonaises. Plusieurs clubs d’alpinisme universitaires au Japon, notamment ceux des universités de Tokyo et de Kyoto, ont intégré la philosophie des Giri-Giri Boys dans leur entraînement et choix de voies. Et certaines écoles d’alpinisme et de guides japonais organisent même des stages « style léger » en hommage à ce gang des trois. Jusqu’à des alpinistes tels que Genki Narumi ou Kazuaki Amano, qui, bien qu’appartenant à une autre génération ou groupe, reconnaissent l’impact des Giri-Giri Boys dans le paysage alpin japonais.


"Sans chef, ni sponsor !"

Pourtant ces trois-là sont loin d'avoir cherché la gloire. Au contraire. A leur crédo, on peut en effet ajouter, un mot d'ordre : « jouons-la discrète ! », sans chef, ni sponsor,  comme l’expliquait en 2009, Yusuke Sato, un des piliers du groupe dans The Alpinist Magazine. « Nous ne cherchons pas la reconnaissance ou le business, mais à préserver une pureté dans notre pratique. Le matériel doit être minimal, on doit être autonome. Parfois, on dort dans des conditions extrêmes avec très peu. Ce sont ces moments-là qui forgent notre passion. »
 
Cette année-là, il était nommé deux fois aux Piolets d'or pour deux ascensions réalisées en 2008 : l'une en Alaska, sur le Denali, l'autre en Inde, sur le Kalanka. Ingénieur travaillant à temps plein, il consacrait alors sa vie à l’alpinisme depuis dix ans. « Mon but dans la vie, c’est d’être heureux, simplement. Pour ça, je dois trouver un équilibre entre ma vie de famille et ma passion pour la montagne. Je ne suis pas un solitaire, ce qui me rend heureux, c’est grimper avec mes amis. Avec les Giri-Giri Boys. », confiait-il à UK Climbing.
 
« Je dirais que les Giri-Giri Boys sont le groupe des alpinistes japonais les plus fous. 'Giri-Giri' signifie 'à la limite'. C’est exactement notre état d’esprit : grimper à la limite. », poursuivait-il. «  À la limite de nos capacités, à la limite de ce qui a été fait. Même financièrement, on vit sur le fil. On travaille tous à temps plein, et on réinvestit tout dans l’alpinisme. On n’est pas riches. Notre vie est littéralement une vie à la limite ».

"Les montagnes japonaises, c'est l'Ecosse, en pire"

Le groupe fonctionne uniquement par cooptation. Pas de formulaire d’inscription. « On invite des amis ou d’autres grimpeurs japonais à partir en expé avec nous. Et s’ils nous rejoignent, ils deviennent des Giri-Giri Boys. C’est aussi simple que ça ». On verra ainsi graviter autour du groupe Kazuaki Amano, Genki Narumi, Ryo Masumoto ou encore Takaai Nagato. Aucune femme en revanche, bien qu’apparemment, le trio ait toujours soutenu l’alpinisme féminin.
 
Dès 2005, Yusuke enchaîne les expéditions chaque année, avec une prédilection pour l’Alaska. Il a aussi posé ses crampons en Bolivie et dans l’Himalaya. « Ma première grande expé, c’était au Pakistan, à 19 ans. J’ai commencé à grimper au lycée, surtout en falaise et en randonnée. Puis j’ai intégré le club d’alpinisme de la fac, et c’est là que tout a commencé. Aujourd’hui, mon terrain de jeu, ce sont les grandes montagnes, jusqu’à 7 000 mètres. Des big walls, des sommets engagés, et des voies techniques. Je ne suis pas très bon en altitude ! ».
 
Pour s’entraîner, il est à bonne école au Japon. Les montagnes y dépassent rarement les 3 000 mètres, mais le climat est rude, l’engagement réel. « Beaucoup d’ascensions sont longues, engagées, difficiles de s’en échapper. J’ai vécu pas mal de galères là-bas. Le rocher est souvent pourri, envahi de végétation. Le temps est très instable. Un peu comme l’Écosse, mais en pire ! ». 
 
D'ailleurs c’est chez lui, au Japon, qu’il a vécu son ascension la plus éprouvante. « On l’a appelée 'Traversée du Kurobe'. 16 jours d’ascension. On l’a faite pendant les vacances du Nouvel An, sous des tonnes de neige. Il neigeait tous les jours. Le sommet n’est qu’à 3 000 m, mais l’approche et la descente étaient titanesques. Deux de nos compagnons ont été emportés par une avalanche sur 1 000 m. Par miracle, ils ont survécu. On a dû traverser la rivière Kurobe à l’approche : c’est une rivière glaciale et très puissante. Des gens y meurent chaque année (…). On a perdu 5 kg chacun sur cette ascension. C’était notre préparation pour le Denali. Techniquement, le Denali était plus difficile, mais mentalement, le Kurobe, c’était bien pire : isolement total, neige profonde, aucune possibilité de secours héliporté. » Le Denali, une expérience douloureuse, il y perdra deux amis, leurs corps n’ont jamais été retrouvés. 
 
Des conditions également très dures sur le Kalanka ( 6 931 m ), dans l’Himalaya indien. Là, les Giri-Giri Boys ouvrent une nouvelle voie sur la face nord en 2008. « D’autres l'avaient tenté, sans succès. Nous, on n’a simplement jamais fait demi-tour », explique-t-il. «  La météo était un vrai problème : on a dû attendre cinq jours sur la paroi sans manger. La voie a pris neuf jours en tout. On l’a appelée 'Bushido', l’esprit du samouraï. » Elle lui vaudra un piolet d'or en 2009, partagé avec Fumitaka Ichimura et Kazuki Amano pour une voie nouvelle en face nord.

Un trio dissous ou seulement en sourdine ?

Quinze ans plus tard, les Giri-Giri Boys n’ont pas vraiment pris leur retraite. Ces trois passionnés, inspirés par un Reinhold Messner, un Doug Scott et par l’école alpine japonaise des années 80-90, n’avaient pas vingt ans quand, ensemble, ils ont cassé les codes au Japon. Depuis, leur petit groupe sans chef, informel et à géométrie variable, n’est pas plus officiellement dissout qu’officiellement créé. Disons, qu’il est, espèrent certains, en sourdine.  
 
Yusuke Sato, est aujourd’hui dans la quarantaine. Il est toujours actif, mais comme guide professionnel au Japon. Selon son site Essential Line, il continue d’animer des sorties d’escalade et d’alpinisme et organise des conférences. Ses deux camarades sont, eux, tombés dans l’ombre et continuent sans doute de grimper, discrètement, sans faire de bruit. 
 
On n’a plus beaucoup de nouvelles du colosse Katsutaka “Jumbo” Yokoyama, mais il est resté une figure reconnue du milieu, notamment pour ses exploits passés. Aussi a-t-on à peine à croire qu’il ait rangé son piolet quand on lit qu’en 2012, sur le blog de Patagonia, il expliquait : « Je suis fier de notre ascension sur le mont Logan. Ce genre de voie demande une préparation mentale aussi forte que la technique. Notre équipe ne comptait que trois personnes, ce qui est très risqué mais nécessaire pour garder la légèreté. »
 
Préparation mentale, esprit de groupe, on retrouve les mêmes mots chez le discret Fumitaka Ichimura : « Pour moi, la clé est la préparation physique et mentale. On doit être prêts à affronter des situations où il n’y a aucune marge d’erreur. », disait-il en 2010 à UK Climbing.

Yusuke Sato
Participation à l’ascension enchaînée du Isis Face + Slovak Direct sur Denali (douze mille verticaux cumulés en huit jours) avec Ichimura et Yokoyama en mai 2008. 
Nouveaux itinéraires sur plusieurs sommets de la Ruth Gorge (2007) : Mt. Bradley, Mt. Church.
Membre du trio récompensé au Piolet d’Or 2009 pour l’ascension de la face nord du Kalanka (Inde), via une nouvelle voie en style alpin. 
 
Katsutaka “Jumbo” Yokoyama
Première ascension de la face sud-est du Mont Logan (Canada) via la voie I TO (mai 2010), notée ED+ M6 WI5, avec Yasushi Okada. L’exploit lui a valu un Piolet d'or. 
Enchaînement des faces Isis + Slovak Direct sur le Denali (Alaska), en 8 jours, avec Sato et Ichimura (mai 2008). 
Ouverture de la “Puerta del Sol” sur l’Illimani (Bolivie), avec Ichimura en 2006 et d’autres lignes techniques dans la Cordillera Real. 
 
Fumitaka Ichimura
Avec Genki Narumi, première ascension de la face nord directe du Tawoche (6 501 m, Népal) en novembre 2009, en style alpin, bivouac sans tente (VI AI5 R, 1  500 m). 
En 2008, ascension de la Diamond d’Isis + Slovak Direct sur Denali avec Sato et Yokoyama.
Ouvertures en Alaska et en Bolivie : Ruth Gorge (Mt. Church, Mt. Bradley, Broken Tooth, etc.) avec Sato et Yamada (2007–2008). Avec Yokoyama, ouverture de voies techniques sur l’Illimani.
Piolet d’Or en 2009 pour son ascension de la face nord du Kalanka (Inde) avec Amano et Sato.

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