Grimper aux arbres avec l’agilité d'un gibbon, se mouvoir avec la souplesse et la puissance d'un orang outan… l’idée fait fantasmer plus de deux millions de personnes, si l’on en juge par le nombre de followers que compte aujourd’hui Léo Urban, plus connu sous le nom de « French Tarzan » ou de Leo Primal. Une tendance dont le grimpeur français est l’un des principaux initiateurs, mais qui depuis quelques années dépasse les frontières de l'Hexagone. Notamment en Espagne, où s’épanouit le « Tarzan movement », animé par un Cubain. De quoi assouvir un désir certain de reconnection à la nature et de réappropriation de son corps, mais aussi alimenter un juteux business.
« Salut mes gorilles, c'est Léo Urban, the French Tarzan », sur la page d'accueil du site du grimpeur, le ton est donné. Une rapide bio pour se présenter : « J’ai grandi à 1 600 m d’altitude dans les montagnes d’Andorre. À 12 ans déjà, je m’initiais au parkour, une méthode d’entraînement pour franchir toutes sortes d’obstacles dans des environnements urbains ou naturels. C’est seul et en autodidacte que je l’ai très vite expérimenté dans la forêt en développant de grandes capacités physiques au contact de la nature qui m’ont permis par la suite de me démarquer dans le monde du parkour. L’inspiration de mes mouvements ? Je la puise de ma fascination pour le règne animal qui a jalonné mes seize années de pratique. »
Et très vite Léo passe au concret : ses vidéos. Plus parlantes que tous les discours, et archi suivies sur YouTube. Notamment la dernière, postée le 29 avril. Dans la jungle du parc national de Gunung Leuser, à Sumatra, on le voit approcher Djangot, un orang outan sauvage, mâle alpha de 90 kg. Au fil des 30 jours passés à ses côtés, il évolue avec lui d'arbre en arbre, sans assurage, à des hauteurs vertigineuses. « Chaque matin à l'aube, je suis parti à sa recherche, pour l'observer dans son habitat naturel, comprendre ses gestes, sa façon de se déplacer, de grimper, de vivre », raconte Léo Urban. « Il est immense, puissant, majestueux. Il m'a offert une leçon de mouvement, de silence et de connexion profonde avec la forêt. (…) Pendant 720 heures, j'ai vécu au rythme de la jungle, j'ai calqué mes mouvements sur ceux de Djangot et j'ai essayé de comprendre ce que signifie vraiment habiter un arbre ». Jusqu’à frôler la chute fatale quand une branche se brise.
« Après 18 ans de pratique dans les arbres, en m'inspirant des mouvements des animaux, je suis passé au niveau supérieur », commente le grimpeur. « À Sumatra, les singes se déplacent librement dans les arbres, il est donc naturel pour eux de casser de nombreuses branches et de tomber. Mais ils se rattrapent et c'est un aspect de mon entraînement que je n'avais jamais exploré », explique-il.
Cette immersion serait l'un de ses projets « les plus significatifs et les plus complets à ce jour », selon lui. « Plus qu'un simple défi physique, c'était un voyage d'apprentissage, un retour aux instincts primaires et à la véritable essence du corps ».
Ambassadeur de l'Institut Jane Goodall, la pasionaria des chimpanzés
Le film de 26 minutes qu’il a tiré de cette expérience se veut « un hommage à une espèce en voie de disparition et à la beauté sauvage de Sumatra ». Une approche qui semble sincère. En témoigne sa collaboration avec l’Institut Jane Goodall. Contacté par la spécialiste des primates mondialement connue, le Français fait partie de ses ambassadeurs. Ce qui intéressait le Dr Goodall ? Sa vision moderne de la nature, s’adressant à un public plus jeune, dit-il. L’occasion pour le Français de s’engager davantage dans plusieurs missions liées à la préservation des écosystèmes et de la biodiversité. En Indonésie, on l’a ainsi vu récolter des fonds pour acheter de nouvelles terres, financer du matériel vétérinaire et contribuer à démanteler une opération maffieuse dans le nord de l’île.
Celui qui se présente comme l’inventeur d'un nouveau sport, inspiré du parkour urbain, le « parkour primal », ou « l’art de se mouvoir comme les animaux », a le sens de la formule, mais semble aussi être en phase avec les valeurs qu’il affiche sur son site.
« Évoluer en extérieur toute l’année en étant déchaussé et torse-nu demande certes de la discipline et de la persévérance, mais le parkour primal renforce surtout des valeurs telles que l’humilité et le respect en développant une meilleure sensibilité à la nature pour mieux la préserver. Le respect de la nature est primordial, car elle est la condition de notre évolution. Et la meilleure façon de protéger le vivant, c’est de ne pas intellectualiser cette nature depuis les villes, mais de la ressentir, d’être à son contact ».
De 250 €, le cours de 3 heures, à 1 500 € le week-end masterclass
Ce qui ne l’empêche pas – il faut bien payer ses factures – de faire de sa profession de foi son gagne-pain. Pour devenir un Tarzan moderne, un cours de trois heures (découverte et/ou révision des bases et techniques du parkour primal) dans la forêt de Meudon, près de Paris, ou en Andorre, vous coûtera 250 €. Mais pour un week-end masterclass (« Ici, tu viens chercher l’essentiel et réveiller ton instinct animal ! » ), il vous faudra débourser 1 500 €.
Au programme :
- Entraînement primal : grimpe d’arbres, courses naturelles, sauts, balancés, musculation au poids du corps en utilisant l’environnement.
- Mobilité & étirements : développe ta souplesse et ta fluidité.
- Exposition au froid : bains glacés, entraînement pieds nus dans la neige.
- Respiration & méditation : maîtrise ton souffle, recentre-toi.
- Expéditions barefoot : grimpe des sommets sans chaussures.
- Immersion nature : dors en hamac ou en refuge.
- Survie minimaliste : apprends à faire plus avec moins.
Pas donné, mais Léo Primal, qui se présente comme le « Primal Movement founder » fait autorité dans la jungle de la tendance Tarzan. Bien plus, semble-t-il, que son camarade cubain, Victor Manuel Fleites Escobar, 35 ans, officiant aujourd’hui à Barcelone. Ce dernier est le fondateur du « Tarzan movement » et l’animateur du site du même nom, où, là-aussi, son parcours qui tient de la révélation un peu mystique est longuement expliqué.
En Espagne, Victor Manuel Fleites Escobar
Le futur Tarzan ibérique a grandi dans un petit quartier de la banlieue de La Havane, à Cuba, entouré d'une autoroute et d'une rivière hautement polluée, raconte-t-il. « Alors que la vie devenait plus complexe, j'ai cherché refuge dans le pouvoir de mes rêves. Inspiré par l'imagination agitée de Léonard de Vinci et la sagesse du penseur du XXe siècle Jiddu Krishnamurti, j'en suis venu à accepter l'idée que « la vérité est une terre sans chemin ». (...) Après la pandémie, j'ai décidé de déménager à Barcelone, où j'ai commencé à m'entraîner avec des amis dans les parcs de la ville, à grimper aux arbres et à apprendre les uns des autres. Je passais mes week-ends à camper, à me nourrir d'aliments recyclés et à dormir dans un hamac ou dans ma vieille voiture. Les gens ont commencé à me demander conseil pour renouer avec leur capacité à se déplacer consciemment et gracieusement, en harmonie avec la nature. Cela a marqué le début de mon parcours en tant que coach, et au cours des trois années qui ont suivi, j'ai animé plus de 60 événements dans le monde entier, proposant des ateliers et des retraites qui inspirent d'autres personnes à redécouvrir leur mouvement naturel ».
Une activité qui semble plus florissante que jamais. Avec lui aussi, le Tarzan qui sommeille en vous peut être révélée. À partir de 250 euros pour le niveau 1 du cours « Gorila 1 ». Une formation en ligne et en vidéo de quatre semaines comprenant l’apprentissage de plusieurs techniques et même des jeux. Les plus avancés passeront, eux, au « Gorila 2 », voire au niveau 3, plus exigeants encore. À moins qu’ils soient tentés de varier les approches en s’offrant, toujours pour le même tarif, les cycles Gibbon ou Orang Outan. Mieux encore, un stage d'immersion totale à Sumatra, accessible à « 15 personnes seulement » pour 3 100 euros, ou 2 500 euros pour les cinq premiers inscrits, apprenait-on en début d'année sur son site.
Forts d'une telle expérience, nul doute que les heureux élus seront tentés de passer à la vitesse supérieure, suivre la formation de coach en Tarzan : 3 500 euros. « Une réelle opportunité professionnelle », écrit Victor Manuel Fleites Escobar. « Le mouvement Tarzan se développe à tout allure, au point qu’on ne peut répondre à la demande de nouveaux instructeurs. C’est le moment de le rejoindre ! »
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