Trois preneurs seulement et 14 millions de dollars levés : la tentative de l'administration Trump d'exploiter le pétrole dans le sanctuaire du nord de l'Alaska est probablement morte dans l'oeuf. Un soulagement pour tous ceux qui ce sont mobilisés pour protéger cette vaste zone arctique.
Mercredi dernier, alors qu'une foule de terroristes prenait d'assaut le Capitole américain, un autre événement antidémocratique se produisait : l'administration Trump organisait la toute première vente de concessions pétrolières dans la Réserve nationale de faune arctique (ANWR). Et, tout comme la tentative de coup d'État, ce fut un échec complet - un échec qui au final pourrait se traduire par la protection permanente des dernières zones sauvages intactes des Etats-Unis.

"La vente d'aujourd'hui reflète les réalités économiques brutales auxquelles l'industrie pétrolière et gazière continue de faire face après les événements sans précédent de 2020, ainsi que l'incertitude réglementaire permanente", a déclaré Kara Moriarty, présidente et directrice générale de l'Alaska Oil and Gas Association, un groupe de défense de l'industrie, dans un communiqué. Les enchères tant attendues par Donald Trump n'ont en effet permis de récolter que 14,4 millions de dollars, bien en deçà des 1,8 milliard de dollars prévus par le ministère de l'intérieur en janvier dernier. Seules 11 des 22 parcelles proposées ont trouvé preneurs, soit environ 550 000 (environ 222577 hectares ) sur le 1 million d'acres mis en vente (environ 404685 hectares). Un échec, d'autant que le produit de la vente sera partagé entre le gouvernement fédéral et l'État de l'Alaska.
Les forages dans la Réserve nationale de faune arctique (ANWR) ont été autorisés par le Congrès en 2017 dans le cadre des réductions d'impôts de l'administration Trump. Le produit de la vente des concessions devait aider à compenser les pertes de revenus dues qui en découlaient. Cela n'a manifestement pas été le cas.




Un échec annoncé
Qui sont les acquéreurs ? L'Autorité de l'Alaska pour le développement industriel et l'exportation (AIDEA) - une entité du gouvernement de l'État - a acheté neuf parcelles. Mark Graber, un investisseur immobilier, a mis la main sur une seulement. Et Regenerate Alaska, une filiale d'une société énergétique australienne, a également acquis une seule parcelle de 23 000 acres (9307 hectares). Et, fait important, aucune grande compagnie pétrolière n'a participé aux enchères.
Un échec qui n'étonne guère. Suite à la pression de l'opinion publique, et compte tenu à la fois des coûts extrêmes de développement des opérations d'extraction dans cette région éloignée et de leurs impacts environnementaux, toutes les grandes banques américaines avaient annoncé qu'elles n'investiraient pas dans le forage de l'ANWR.
Que va-t-il advenir des parcelles vendues ?
L'AIDEA prévoit d'en rester là pour l'instant, dans le but de mettre ses parcelles à la disposition des compagnies pétrolières, au cas où l'une d'entre elles se montrerait intéressée. "L'Alaska préserve ainsi le droit de développer ses ressources naturelles de manière responsable", a déclaré Alan Weitzner, directeur exécutif de l'organisation, dans une annonce accompagnant la vente. Il n'est pas clair en revanche si Graber (l'investisseur immobilier) ou Regenerate Alaska disposent des fonds nécessaires pour développer, seuls, les lots qu'ils ont achetés, ou si eux aussi espèrent attirer des investissements extérieurs ou simplement les revendre.
A noter que ces baux pourraient s'avérer très temporaires. Avec la prise de contrôle des deux chambres du Congrès par les Démocrates, l'administration Biden pourra bloquer le développement ou même racheter ces baux. Jared Huffman, député démocrate de Californie, a déjà annoncé qu'il prévoyait de faire pression pour une protection permanente de l'ANWR, et le président élu Biden et sa candidate au poste de secrétaire de l'intérieur, Deb Haaland, sont tous deux officiellement opposés au forage dans cette région.
La fin de 40 ans de combat ?
L'échec de cette vente aux enchères, menée à marche forcée par Washington, conjuguée à la volonté déclarée de la nouvelle administration de protéger l'ANWR, pourraient bien signifier la fin de quarante ans de lutte contre le forage dans ce sanctuaire de 19,6 millions d'hectares.
Les promoteurs du forage escomptaient extraire des milliards de barils de pétrole de l'ANWR. Or leurs opposants ont fait valoir que les coûts environnementaux de l'exploitation dans cette région étaient tout simplement trop élevés. La zone côtière de l'ANWR, où se trouvent ces concessions, abrite la population d'ours polaires la plus menacée de l'Arctique et constitue un habitat crucial pour d'autres animaux comme le caribou ou les oiseaux migrateurs. Le changement climatique causé par les émissions de combustibles fossiles menace déjà la région, ce qui pourrait s'aggraver en brûlant tout le pétrole présent sous la surface.
"Nous savions depuis longtemps que le peuple américain comme le peuple Gwich'in ne voulaient pas de forage dans le refuge arctique. Nous savons maintenant que l'industrie pétrolière n'en veut pas non plus", a commenté Adam Kolton, directeur exécutif de l'Alaska Wilderness League.
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