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Charles Dubouloz, Symon Welfringer et Clovis Paulin dans la Directissime de la Pointe Walker en hivernal
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Avec Dubouloz, Welfringer et Paulin, retour sur la première hivernale de la « Directissime de la Pointe Walker »

  • 14 février 2023
  • 6 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

À peine rentrés de leurs cinq jours d'ascension, les trois alpinistes nous dévoilent les détails de leur dernier exploit sur la face nord des Grandes Jorasses, terrain d’expression de l'alpinisme de difficulté depuis des décennies. L’occasion de revenir sur ces moments forts, partagés entre potes.

Après son ascension très médiatisée en solitaire dans les Grandes Jorasses, par la voie « Rolling Stones » en janvier 2022, Charles Dubouloz vient de signer ce lundi un nouvel exploit dans le massif du Mont-Blanc, la « Directissime de la Pointe Walker ». En cordée cette fois-ci. Avec des copains, Symon Welfringer, Piolet d’Or 2021 (la plus haute distinction en alpinisme) à qui l’on doit également l’ascension de la voie de trad considérée comme la plus dure de France, « Le Voyage », à Annot, et Clovis Paulin, 26 ans, le cadet du groupe, guide de haute montagne souvent présenté comme « le frère de » Nathan Paulin, recordman de distance en highline. Ce trio, une évidence pour Charles.

Charles Dubouloz : « C’était génial d’essayer de résoudre les problèmes ensemble, entre copains »

« Au-delà d’être des copains avec qui je grimpe, Symon et Clovis sont des potes dans la vie de tous les jours. En montagne, ce n’est pas toujours le cas. Souvent, on choisit des compagnons de cordée pour leurs compétences et l’on devient copains par la suite. Mais là, c’est l’inverse, ce sont des amis avant tout. […] On a déjà grimpé ensemble, notamment dans les Jorasses avec Symon. J’ai aussi fait beaucoup d’escalade avec Clovis. […] Normalement, quand tu passes du temps les uns sur les autres, comme lors de cette ascension, tu te rends vite compte des petits défauts de chacun. Ca n'a pas été le cas avec eux. Ce sont des gars avec lesquels je me sens bien. C’est chouette de partager ce genre de moment ».

Charles Dubouloz, Simon Welfringer et Clovis Paulin dans la Directissime de la Pointe Walker en hivernal
(Yannick Boissenot / Millet)

La « Directissime de la Pointe Walker », « ça fait longtemps que j’imaginais la faire » poursuit-il. « J’en avais parlé avec Clovis, on devait y aller ce printemps mais finalement, la face n’était pas en conditions. Et puis cet hiver, j’avais prévu, avec Symon, de faire une voie dure, que ce soit dans les Jorasses ou autre. On s’était réservés le mois de février dans l’attente d’un créneau météo. Lorsqu’il est arrivé, j’ai parlé de cette voie à Symon, qui ne la connaissait pas mais ça l’a emballé. J’ai évidemment contacté Clovis. […] Des voies pas répétées, il n’y en a pas énormément. C’est une directissime, c’est-à-dire qu’elle part du bas jusqu’en haut en tirant un trait droit. D’habitude en montagne, tu cherches ce que l’on appelle des lignes de faiblesses ou des passages évidents. Là, les ouvreurs n’étaient pas du tout dans cette optique. Et Hervé [Bouvard, ndlr] et Patrick [Gabarrou, ndlr] ont complètement réussi. […] Des fois, l’itinéraire n’est pas évident, c’est peut-être pour ça qu’il n’a pas été répété. Puisqu’il attire peut-être moins l’œil de l’alpiniste qui se projette peut-être davantage en se disant ‘tiens, cette ligne de faiblesse va être géniale à grimper’ […] Ca en fait un itinéraire très rectiligne qui ne contourne pas les difficultés. Donc des fois tu es dans des choses très dures. Il y a notamment un mur, au milieu, très raide à grimper avec des longueurs qui vont jusqu’à 7a. […] Tu passes par tous les états – de la grimpe en crampons sur des plaquages de glace, de la grimpe en chaussons… ».

Charles Dubouloz, Symon Welfringer et Clovis Paulin dans la Directissime de la Pointe Walker en hivernalCharles Dubouloz, Symon Welfringer et Clovis Paulin dans la Directissime de la Pointe Walker en hivernalCharles Dubouloz, Symon Welfringer et Clovis Paulin dans la Directissime de la Pointe Walker en hivernal

Côté préparation, les grimpeurs ont pu compter sur les conseils de Patrick Gabarrou, l’un des deux premiers ascensionnistes. « La voie ayant été ouverte il y a 37 ans, il en avait des souvenirs très succincts, compilés sur une petite feuille A4 » raconte Charles. « Quelques lignes pour 1200 mètres d’ascension, ça reste anecdotique. Tout n’était pas forcément évident. On s’est quand-même posés beaucoup de questions, avec pas mal de moments de doutes. Et justement, c’était génial d’essayer de résoudre les problèmes ensemble, entre copains ».

Symon Welfringer : « Tu fais quasiment un truc comme El Capitan, mais en plein hiver avec des conditions où tu grimpes en piolet crampons »

« La partie la plus dure de l’ascension était de savoir où on allait » souligne également Symon Welfringer. « On ne pouvait pas s’engager n’importe où non plus, dans la mesure où on était dépendants des fissures pour se protéger. On avait des friends et des pitons. Car s’il n’y avait pas d’aspérité ou de fissures, on ne pouvait pas évoluer. C’était donc un questionnement incessant de savoir par où ils [les ouvreurs, ndlr] étaient passés. Au final, il se trouve que l’on n’est pas exactement passés sur l’itinéraire de base, on a fait des petites variantes - c’est normal aussi parce qu’ils avaient grimpé la voie en plein été. La montagne est complètement différente l’hiver. Par conséquent, il y a des longueurs que nous avons été les premiers à grimper ».

Charles Dubouloz, Symon Welfringer et Clovis Paulin dans la Directissime de la Pointe Walker en hivernalCharles Dubouloz, Symon Welfringer et Clovis Paulin dans la Directissime de la Pointe Walker en hivernalCharles Dubouloz, Symon Welfringer et Clovis Paulin dans la Directissime de la Pointe Walker en hivernal

Côté préparation, les alpinistes ont dès cet automne axé leur préparation physique autour de cet objectif-là dès l’automne 2022. « Après être rentrés du Manaslu [partis cet automne au Népal pour tenter l’ouverture d’un itinéraire en face ouest du Manaslu, 8163 m, Symon Welfringer, Charles Dubouloz et Hélias Millerioux ont dû mettre un terme à leur projet en raison des conditions météorologiques, ndlr] avec pas mal de déceptions tout en ayant vécu une belle expérience en altitude » se souvient Symon. « On s’est assez vite projetés sur ce projet hivernal. […] En gros, il nous fallait être assez prêts, entre mi-janvier et début mars à pouvoir dégainer une fois les conditions réunies. […] Cette voie-là était la convoitise de pas mal de cordées. Beaucoup de gens en parlaient mais personne n’avait trop osé aller voir à quoi ça ressemblait. Il n’y avait même pas eu de tentative. […] Esthétiquement, c’est vraiment la ligne droite entre le pied de la face jusqu’à la Pointe Walker, la pointe la plus haute des Jorasses. S’il y avait une ligne à retenir selon moi, ce serait celle-là. Un trait droit sur le sommet principal des Jorasses. C’est hyper marquant. Avec Charles, il y a deux ans, on avait déjà grimpé ‘Manutua’, une voie en rocher assez dure sur la Pointe Croz, avec des longueurs jusqu’à 7c. Là, c’est pareil, un peu moins dur mais en plein hiver, avec une face qui fait 1200 mètres. ‘La Directissime de la Pointe Walker’, c’est un big wall. Tu fais quasiment un truc comme El Capitan mais en plein hiver avec des conditions où tu grimpes en piolet crampons ».

Charles Dubouloz, Simon Welfringer et Clovis Paulin dans la Directissime de la Pointe Walker en hivernal
(Yannick Boissenot / Millet)

À vrai dire, la Directissime de la Pointe Walker fait partie des voies difficilement praticables en été. « C’est quand-même exposé aux chutes de pierres » détaille Symon. « Et avec les étés qu’on a eu depuis les cinq/dix dernières années, il vaut mieux envisager une ascension soit dans l’hiver soit en début de printemps. Ce qui veut dire qu’il faut être bon en mixte, bon en escalade et avoir la volonté de passer au moins cinq jours dans face. […] Ca requiert une sacrée polyvalence ».

Les grimpeurs se sont donc répartis les tâches en fonction de leurs points forts. « Nous sommes chacun à notre tour passé devant, faisant nos longueurs en tête » raconte Symon. « C’était un rythme assez répétitif. On grimpait le jour puisque vers 15-16h, on commençait à réfléchir au lieu où on allait dormir. Il y en a un qui commençait à terrasser les bivouacs, à creuser dans la neige pour préparer le bivouac de la nuit pendant que les deux autres fixaient des longueurs au-dessus du camp et ainsi de suite. C’est un peu ce qui s’est installé sur cinq jours ».

« On a eu de super bonnes conditions » détaille Symon. Ce qui est loin d’être la norme sur une face nord qui ne voit absolument pas le soleil. « Les températures étaient quand-même assez hivernales. Sur le bas de la face, on a eu de la chance d’avoir ce que l’on appelle des plaquages, c’est-à-dire de la neige qui colle au rocher ce qui nous a permis d’évoluer en piolets/crampons de manière assez rapide. Par contre, pour ce qui est du haut de la face, la partie la plus dure techniquement, le rocher était vraiment sec. Du coup, on a pu grimper à mains nues, avec des chaussons d’escalade, comme dans une grande voie. Et ça, c’était vraiment un plus ».

Clovis Paulin : « J’ai totalement assumé ce rôle de cadet, même si j’ai fait mon job en tête »

Un ressenti que partage Clovis Paulin qui n’avait encore jamais grimpé aux Grandes Jorasses en hivernale. « Je m’attendais à pire, à vraiment souffrir » souligne-t-il. « J’ai quand-même passé une très mauvaise dernière nuit. Je ne sais pas comment je me suis débrouillé car mon duvet était mouillé. […] Le premier jour, j'ai quand-même ressenti le froid. Et après plus vraiment, mon corps a dû s’habituer. À savoir qu’au fur et à mesure de l’ascension, la météo s’est avérée de plus en plus clémente ».

Étant le moins expérimenté du groupe, il n’avait jamais autant dormi dans une face nord. « Je voyais bien que je n’étais pas aussi habitué que Charles et Symon sur les petits bivouacs » confie-t-il. « Je leur ai énormément posé de questions sur leur gestion de petits détails. […] J’ai totalement assumé ce rôle de cadet, même si j’ai fait mon job en tête. Malgré ma fracture de l’épaule [due à une précédente chute en cascade de glace, ndlr], je suis sorti de ma zone de confort. Ça m’a fait prendre de l’expérience ».

Charles Dubouloz, Symon Welfringer et Clovis Paulin dans la Directissime de la Pointe Walker en hivernal
(Mathis Dumas / Millet)

Cette voie pour Clovis, « c’était une évidence » raconte l’alpiniste. « Avec Charles encore plus. Tout simplement parce que c’est Patrick Gabarrou qui m’a appris la montagne. Et Hervé [Bouvard, ndlr], le deuxième ouvreur, pour moi, c’est mon idole. […] Chaque ligne qu’il a ouverte était majeure. Je suis vraiment hyper admiratif de ce monsieur qui est totalement inconnu du grand public. Il a notamment ouvert ‘La Lyre Directe’, au Fer-à-Cheval [cirque en Haute-Savoie, ndlr], la cascade la plus belle du monde. […] Ce qui m’a le plus marqué dans l’ascension de ‘Directissime’, c’est la force de la cordée de trois, les deux qui grimpent devant, le dernier qui prépare le bivouac. On était trois copains, c’était trop bien ».


Topo de la face Nord des Grandes Jorasses
(camptocamp.org)

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