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James Pearson escalade trad Annot
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  • Alpinisme & Escalade

Avec « Bon Voyage », James Pearson vient-il d’enchaîner la voie de trad la plus dure au monde ?

  • 9 février 2023
  • 7 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

Dans l'univers de l'escalade, ce serait un événement. Voilà près de trois semaines que James Pearson, grimpeur professionnel britannique résidant en France depuis de nombreuses années, est venu à bout de son gros projet, « Bon Voyage », une voie de trad extrême qui lui aura demandé deux longues années de travail. Resté silencieux sur son exploit, il tentait de résoudre, comme il nous l’a expliqué en avant-première dans une longue interview, l’épineuse question de la cotation, qui n'est pourtant plus essentielle à ses yeux. L’occasion de revenir sur l’histoire de « The Walk of Life », une ligne qui lui avait valu en 2008-2009 une véritable ostracisation de la part de la communauté de grimpeurs britanniques. Aussi lance-t-il aujourd'hui une invitation ouverte à qui veut venir essayer « Bon Voyage » pour valider sa difficulté sur laquelle il s'interroge encore.

« Ça fait deux ans que cette voie est dans ma tête », nous raconte James Pearson. « Lors d’un trip à Annot [dans les Alpes-de-Haute-Provence, ndlr], en 2021, j’ai trouvé, par chance, cette voie, non loin du « Voyage » [une voie qu’il a ouverte il y a quelques années, réputée pour être, jusqu’à présent, la voie de trad la plus difficile de France, ndlr]. […] Une fois que j’ai compris que la ligne était faisable, j’ai passé entre trois et quatre jours à brosser, à travailler chaque mouvement individuellement. À la fin de mon premier séjour, je n’avais pas encore fait tous les mouvements. Mais au fond de moi, je savais que c’était possible. Que tu puisses protéger une voie de ce niveau avec le matos de trad [ la voie n'étant pas équipée au préalable dans ce type d'escalade très engagée, ndlr ], c’est extrêmement rare. J’ai beaucoup voyagé dans la seule intention de trouver une pareille voie. Car souvent, quand tu as assez de protections, tu as des bonnes prises et par conséquent, la voie n’est pas assez difficile. C’est assez ironique, quand on y pense, d’avoir trouvé cette voie à moins de 300 kilomètres de la maison, alors que je l’ai cherchée aux États-Unis, en Afrique du Sud, etc. […] Je me suis ensuite spécifiquement entraîné pour cette voie-là, avec ses prises assez uniques. J’y suis retourné au printemps 2022. À ce moment-là, je faisais tous les mouvements, sans pour autant enchaîner individuellement l’intégralité des sections – ce que j’ai par la suite réussi à la fin de l’été. Je savais alors qu’avec un peu plus d’entraînement, un peu plus de rési, et de meilleures conditions, ce serait possible. […] J’ai ensuite progressé peu à peu. […] Fin octobre, début novembre, j’ai fait mon premier essai en tête. Il m’en a fallu une dizaine avant de réussir ».

Au total, James aura passé une vingtaine de jours à travailler son projet, « largement plus de temps, », en termes de journées de travail et de nombre d’essais, que dans d’autres voies [d’un niveau équivalent, ndlr]. Par exemple, il m’a fallu sept jours avant d’enchaîner « Tribe » [une voie de trad extrême, non cotée, ouverte par Jacopo Larcher en 2021, ndlr]. Récemment encore [en janvier, ndlr], à Seynes, j’ai fait ‘Hygiène de l’assassin’, un 9a, en 4 jours et cinq essais dans le but d’évaluer mon niveau ». À savoir toutefois que « Bon Voyage » est une première ascension, « ce qui est toujours plus compliqué et prend plus de temps que la répétition d’une voie existante » souligne le grimpeur

James Pearson escalade trad AnnotJames Pearson escalade trad AnnotJames Pearson escalade trad AnnotJames Pearson escalade trad Annot

La cotation ? Un véritable casse-tête !

Reste à régler l’épineuse question de la cotation. « C’est très difficile pour moi de coter », concède le grimpeur. « C’est autour de 9a. Est-ce que c’est 8c+ ? Ou 8c+/9a ? Ou 9a/9a+ ? [ Ce qui, dans ce dernier cas, correspondrait à la cotation la plus élevée à ce jour pour ce type d'escalade, ndlr ].Je n’en ai aucune idée. Surtout parce que je ne sais absolument pas si le style du crux, des mouvements durs dans la voie, me correspond ou pas du tout. Je sais bien que je ne suis pas méga fort en trous – je n’ai jamais fait de belles croix à Margalef [en Espagne, ndlr] ou Buoux [dans le Luberon, ndlr] ».

Mais en analysant la voie plus en détail, James remarque qu’aucun des trous n’est vraiment profond. Ce qui pourrait faire toute la différence. « Ce n’est pas du tout comme à Margalef ou à Buoux – tu n’es pas pendu sur tes doigts en train d’utiliser l’adhérence de la peau pour faire fonctionner la prise. Les trous sont tous petits, l’équivalent d’une demi-phalange, voire même plus petit que ça. Donc ça se grimpe plutôt comme des arquées [des préhensions qui consistent à positionner le pouce au-dessus de la dernière phalange de l’index, ndlr], un de mes points forts. Mais vu que c’est un trou, tu ne peux pas vraiment l’utiliser comme une arquée parce que le bord du trou bloque ton pouce. Ce qui te force à grimper en semi-arquées. Et ça c’est vraiment ma position de doigt la plus forte ».

Autre point à prendre à compte : la subtilité de l’inclinaison du mur. « C’est légèrement déversant, les prises sont vraiment toutes petites, toutes pourries. Quand tu tires dessus pour la première fois, les mouvements ont l’air vraiment difficiles. Mais en fait, avec un peu de temps, tu arrives à mieux comprendre quelle position adopter, comment mieux tenir individuellement chaque prise, etc. Et tu as l’impression que la difficulté baisse avec le temps. Ce n’est pas qu’une question de force. Il y a vraiment beaucoup plus de choses à apprendre que dans une voie raide avec des bonnes prises […] J’en ai d’ailleurs discuté avec Adam Ondra. Et il est d’accord avec moi : au vu de l’adhérence que cela nécessite, la difficulté peut énormément changer selon les conditions et tes placements ». Un véritable casse-tête donc !

« Je suis complètement perdu. Est-ce que c’est mon style ? Est-ce que ce n’est pas mon style ? Je n’arrive même pas à donner une cotation aux pas de blocs individuels, ce qui me donne vraiment du mal à imaginer la cotation complète de la voie. Après, je peux utiliser d’autres repères – le temps que j’ai passé dans la voie, mes sensations. Donc dans ma tête, c’est toujours autour de 9a. Mais vu que je ne sais pas si le bloc dans la voie est 7c ou 7a+, je préfère ne rien dire pour l’instant. […] Je voulais y aller avec d’autres grimpeurs avant d’en parler. Mais aucune personne que j’ai contactée n’était disponible. Et puis, au fond, j’aimerais bien aussi que l’on puisse se concentrer sur la ligne, sur sa beauté. On est souvent trop obnubilé par les cotations – c’est ce qui fait vendre une voie ».

« L’histoire avec ‘The Walk of Life’ m’a tellement touché que j’en perds toute logique »

Si James a autant de mal à déterminer la cotation de « Bon Voyage », c’est parce qu’il craint que l’histoire ne se répète. « J’ai peur de vivre la même chose qu’avec ‘The Walk of Life’ [une voie en Angleterre que James avait estimé être la voie de trad la plus dure au monde, ce qui n’avait jamais été fait jusqu’alors, et qui avait été décotée par la suite de trois degrés, passant de E12 à E9 dans la qu'ovation anglaise, ndlr], même si c’était il y a longtemps [en 2008/2009, ndlr], que j’étais un grimpeur très différent, que j’avais fait plein d’erreurs. Par exemple, à l’époque, j’étais très spécialiste du grit stone [du grès métamorphisé, spécifique à l’Angleterre, ndlr], ‘The Walk of Life’ n’était pas du tout dans mon style », confie-t-il.

« Je sais que ça ne devrait pas me poser de problème mais ça me pèse quand-même. À l’époque, ça a été vraiment dur, peut-être une des expériences les plus traumatisantes que j’ai pu vivre. Je n’avais pas imaginé que la communauté de grimpeurs anglais puisse m’atteindre autant. Et puis, j’étais hyper arrogant. Je peux comprendre pourquoi ils ont pris du plaisir à m’humilier. […] Ce n’était que mon ego qui parlait. Je pensais que j’étais le plus fort grimpeur de trad au monde, que j’étais intouchable. Ce qui n’était clairement pas le cas. Maintenant, je suis au courant que je suis très loin d’être le plus fort grimpeur au monde, que j’ai toujours plein de choses à apprendre ».

Quoiqu’il en soit, au regard de ses dernières réalisations, notamment « Lexicon » et « Tribe », deux voies de trad parmi les plus dures du monde et « Junero », son premier 8c bloc, James n’a jamais été aussi fort que ces deux dernières années. De quoi donner une idée de l’extrême difficulté de « Bon Voyage ». « J’ai passé plus de temps dans cette voie-là, je suis plus entraîné spécifiquement pour la première fois de ma vie » insiste-t-il. « Je pense que je ne suis vraiment pas loin de déterminer la cotation. Mais quand-même, je ne me sens pas prêt de le faire. Vu que je suis seul à avoir cet avis, je n’ai pas assez de courage. Mon expérience passée [avec ‘The Walk of Life’, ndlr], m’a fait comprendre que je pouvais me tromper. Dès que je pense à cette voie-là, à la coter 9a, j’imagine que quelqu’un va arriver pour la décoter à 8c+ - ce qui n’est rien en soi, ça arrive tout le temps. J’imagine que ça réveille de vieilles émotions et c’est pour ça que je n’arrive pas être très objectif ».

« L’histoire avec ‘The Walk of Life’ m’a tellement touché que j’en perds toute logique » poursuit le grimpeur. « Et plus je réfléchis, plus j’ai tendance à baisser le niveau de difficulté de la voie. […] À un moment, je cotais ça juste un peu haut dessus du ‘Voyage’. Mais quand-même, c’est bien plus difficile que ‘Le Voyage’. À un moment, je suis sûr que je vais finir par croire qu’Arthur [son fils de quatre ans, ndlr] va pouvoir enchaîner la voie demain s’il en a envie ! Je sais que c’est ridicule, que je ne devrais pas être touché par ça. […] Au final, peut-être que je sur réagis, que tout le monde se fout de mon histoire avec ‘The Walk of Life’, peut-être que je suis en train de complexer pour rien ».

« Ce que j’aime aussi, c’est le processus »

S’il n’annonce pas ouvertement de cotation, par crainte de surestimer la voie, mais aussi de la sous-estimer, James lance ouvertement une invitation ouverte à qui veut venir essayer « Bon Voyage ». « Je suis prêt à prendre un peu de temps à emmener cette personne dans cette ligne » souligne-t-il. L’idée ? Récolter quelques avis afin de se faire une meilleure idée de la difficulté de la voie.

« C’est vraiment une voie que les forts falaisistes vont pouvoir venir essayer, avec peut-être un petit peu d’apprentissage du trad » explique James. « Je pense que pour les prochaines années, je vais juste chercher des belles lignes », poursuit le grimpeur. « Des voies qui m’inspirent, dans lesquelles je prends du plaisir à grimper, qui me poussent. Ce que j’aime aussi, c’est le processus, l’entraînement spécifique pendant des mois, les interrogations. Avant, j’aimais bien faire les choses vite mais là, je suis de plus en plus patient. J’aime grimper. Et je trouve que c’est tout ce qui est important ».


(Re)découvrez l’histoire de James et la voie « The Walk of Life » dans un film de 21 minutes, « Redemption », réalisé par Paul Diffley et Chris Prescott en 2016.

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