Fondée dans le Connecticut en 1971, Cannondale, à qui l’on doit notamment les célèbres VTT Scalpel et Habit, les vélos de route SuperSix EVO et les gravel Topstone, va fermer son siège historique et transférer sa direction mondiale aux Pays-Bas. Une décision qui s’ajoute à la fermeture annoncée d’une usine européenne et à l’arrêt de sa célèbre équipe de VTT. Après Lapierre, en difficulté en France, c’est une autre figure historique du vélo qui traverse une période de turbulences, mais pour des raisons bien différentes. Cette réorganisation menace-t-elle la liberté d’innovation chère à son fondateur, Joe Montgomery ? Et que change-t-elle pour les cyclistes français ?
Après les difficultés de Lapierre, fleuron français placé en redressement judiciaire cet été, c’est au tour d’une autre grande marque du vélo de faire l’actualité. Mais cette fois, il ne s’agit pas de sauver une entreprise menacée de disparition.Cinquante-cinq ans après sa création dans le Connecticut, Cannondale s’apprête à quitter l’État qui l’a vue naître. La marque américaine va fermer son siège de Wilton d’ici mi-2027. Selon les documents déposés auprès des autorités américaines, consultés par Bicycle Retailer, 143 postes sont concernés, dont plusieurs fonctions clés de l’ingénierie et du développement produit. Les premiers licenciements sont prévus dès décembre 2026, les derniers pouvant intervenir fin 2027.
La décision intervient moins de dix mois après la mort de Joe Montgomery, fondateur de Cannondale, le 2 janvier dernier. Montgomery avait certes quitté les commandes depuis longtemps, mais le symbole est fort. L’homme qui avait bousculé les codes du vélo en osant les cadres aluminium surdimensionnés, puis des innovations aussi audacieuses que la fourche mono-bras Lefty, avait fait de Cannondale un laboratoire permanent. C’est précisément dans le Connecticut, dans une ancienne grange, qu’il avait installé ses équipes de conception et d’essais. Ses ingénieurs y travaillaient au plus près des vélos qu’ils développaient. Une culture d’entreprise que la marque revendiquait encore en février 2026, en présentant Wilton comme son « siège spirituel et social ». Huit mois plus tard, elle en annonce la fermeture, et c’est l’organisation même de cette marque pionnière qui est profondément remaniée.
Aux US, des responsables de la R&D et de l’ingénierie licenciés
Depuis 2022, Cannondale appartient au géant néerlandais Pon.Bike, également propriétaire de Santa Cruz, Cervélo, Focus ou Gazelle. C’est désormais aux Pays-Bas, à Woudenberg, que sera installée sa direction mondiale. Quant à ses activités de recherche, développement et ingénierie, elles seront regroupées autour de Fribourg-en-Brisgau, en Allemagne, où Cannondale possède déjà un important centre technique. Aux États-Unis, ses activités commerciales seront rapprochées de celles de Santa Cruz et Cervélo, en Californie. Les représentants pourront désormais commercialiser plusieurs marques du groupe auprès des revendeurs. Objectif affiché : simplifier les relations avec les magasins et réduire les doublons.
Mais la fermeture de Wilton ne concerne pas seulement des bureaux administratifs. Comme le révèle Pinkbike, la liste des postes supprimés comprend notamment des responsables mondiaux de la R&D et de l’ingénierie, un responsable de l’ingénierie VTT et un chef de produit route. Autrement dit, des fonctions qui participent directement à la conception des vélos. On se souvient en effet qu’en février 2026, Cannondale mettait encore à l’honneur, sur son propre site, deux spécialistes travaillant à Wilton : Will Gleason, chef de produit route, et Nathan Barry, ingénieur en aérodynamique. Tous deux avaient contribué pendant près de trois ans au développement du nouveau SuperSix EVO. Lancée en février 2026, cette cinquième génération, plus légère et légèrement plus aérodynamique, a reçu un accueil favorable de la presse spécialisée, notamment pour son comportement routier. Une évolution réussie plutôt qu’une révolution, selon les essais de Cyclingnews, sans que l’on dispose encore de chiffres permettant de parler de succès commercial. Huit mois plus tard, la marque annonce la fermeture du site où ils travaillaient, sans préciser comment seront redistribuées ces compétences.
Une équipe VTT supprimée
Or le départ du Connecticut n’est que le dernier épisode d’une série de restructurations. En juin, Pon.Bike annonçait la fermeture programmée pour fin 2027 de l’usine Cannondale d’Almelo, aux Pays-Bas, avec environ 120 emplois concernés. L’assemblage des vélos doit être transféré vers d’autres installations du groupe, notamment en Allemagne et en Lituanie. Quelques semaines plus tard, autre coup de tonnerre : Cannondale rendait publique la disparition, après la saison 2026, de Cannondale Factory Racing, son équipe officielle de cross-country, héritière d’une longue histoire en Coupe du monde. Une décision d’autant plus marquante que ses coureurs continuaient à briller au plus haut niveau. Ce qui ne veut pas dire que la marque renonce à la compétition pour autant. Dès janvier 2027, un nouveau programme baptisé Cannondale Rogues doit réunir athlètes, ambassadeurs et créateurs de contenus, notamment autour du VTT et du gravel. Une formule qui ne remplacera pas à l’identique une équipe officielle engagée sur le circuit mondial.
Et pour les cyclistes français, qu’est-ce ça change ?
À court terme, rien n’indique que les propriétaires ou futurs acheteurs de Cannondale en France aient à s’inquiéter pour la disponibilité des vélos, leur garantie ou leur entretien. Pon.Bike assure que la réorganisation industrielle ne perturbera pas les livraisons aux revendeurs et que les nouveaux modèles seront produits comme prévu. Le groupe entend d’ailleurs maintenir une présence commerciale forte en Europe. À la différence de Lapierre, confronté aux difficultés financières de sa maison mère Accell et placé en redressement judiciaire, Cannondale n’est pas menacé de disparition à ce stade, mais son propriétaire cherche de toute évidence à rationaliser ses activités, dans un secteur toujours fragilisé par le retournement du marché après les années Covid. La vraie interrogation concerne plutôt les futurs vélos. En regroupant ses activités industrielles et commerciales, Pon.Bike cherche à réaliser des économies d’échelle et à rendre ses marques plus efficaces. Une stratégie qui pourrait aussi leur permettre de mieux financer leurs innovations. Mais combien des postes techniques supprimés aux États-Unis seront recréés en Europe ? Quels moyens seront consacrés aux prochains Scalpel, SuperSix EVO ou Topstone ? Pour l’heure, le groupe n’a pas rendu publiques ces informations, mais une chose est certaine, Cannondale ne disparaît pas et n’abandonne pas le développement de vélos. La marque née dans le Connecticut devient une composante toujours plus intégrée d’un groupe mondial qui mutualise ses usines, ses équipes et ses moyens commerciaux. Reste à savoir si cette stratégie sera payante et si Cannondale conservera la liberté d’expérimentation qui lui permet, depuis plus de quarante ans, de concevoir des vélos parfois déroutants, mais souvent novateurs ?
En février 2026, Cannondale mettait à l’honneur dans une vidéo deux spécialistes travaillant à Wilton, dans le Connecticut : Will Gleason, chef de produit route, et Nathan Barry, ingénieur en aérodynamique. Tous deux avaient contribué pendant près de trois ans au développement du nouveau SuperSix EVO,
Photo d'en-tête : © Cannondale- Thèmes :
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