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À 80 ans, Lapierre, fleuron français du vélo, se bat pour rester en selle

  • 8 septembre 2026
  • 4 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

Le fleuron sportif dijonnais a été placé, ce 25 août, en redressement judiciaire, après l’effondrement financier de sa maison mère néerlandaise Accell. Une chute qui intervient alors que le marché du vélo, dopé pendant le Covid par une forte hausse de la demande, peine depuis à digérer son recul et l'accumulation des stocks. Si les Cycles Lapierre disposent encore d'atouts solides, un savoir-faire sportif, un réseau de plus de 800 revendeurs et 106 salariés à Dijon, pour continuer, il leur faut désormais un repreneur. Et vite.

Alors que les Cycles Lapierre célèbrent cette année leurs 80 ans, l’entreprise dijonnaise souffle ses bougies dans un contexte pour le moins difficile. Fondée en 1946, la marque s’est imposée au fil des décennies comme l’un des noms les plus identifiés du vélo sportif français, notamment dans le VTT et le vélo de route. Une longévité et un savoir-faire qui n’ont pas suffi à la protéger de la crise traversée par le groupe Accell, son propriétaire depuis 1986.

Un marché du vélo qui a changé de braquet 

Remontons cinq ans en arrière. Nous nous rappelons tous comment en 2020, alors que la pandémie bouleversait notre quotidien, les Français se sont rués sur les deux-roues, enclenchant une euphorie sans pareil… Plus possible d’acheter un vélo tant les listes d’attente étaient longues !  Chez les revendeurs, ils disparaissaient des rayons aussi vite qu’ils y arrivaient et, pour certains modèles, il fallait patienter des semaines, voire des mois avant de pouvoir repartir avec sa monture. Face à cette croissance exceptionnelle, les fabricants ont réagi comme le marché les y poussait, en augmentant la production. Mais les chaînes d'approvisionnement sont longues, notamment pour les cadres, les composants et les vélos produits en Asie, avec parfois plusieurs mois de délai. Lorsque les vélos commandés pendant cette période sont enfin arrivés massivement dans les entrepôts, en 2023 et 2024, le marché avait changé de visage. Entre-temps était arrivé un nouveau fléau, l’inflation. Le pouvoir d’achat des ménages s’était contracté, l’engouement des cyclistes amateurs s’était lui aussi essoufflé, tandis que les clients disposaient déjà, pour beaucoup, d’un vélo acheté quelques années auparavant. Le marché s'est alors retrouvé plombé par un surstock. Pour les fabricants comme pour les distributeurs, il a alors fallu faire de la place dans les entrepôts. Conséquence : les promotions se sont multipliées, et les prix ont baissé. Une bonne nouvelle pour les clients, certes, beaucoup moins pour les entreprises, pour qui chaque remise rognait sur les marges déjà mises sous pression par la baisse de la demande.

Accell rattrapé par la crise du vélo

Comme toute l’industrie du cycle, le groupe Accell n’a pas échappé au repli du marché. Après avoir connu une période faste au moment du Covid, le premier fabricant européen de vélos, dont le portefeuille comprend notamment Lapierre, Haibike, Ghost, Winora, Raleigh, Batavus, Koga, Sparta, Babboe, Carqon et XLC, s'est retrouvé lourdement endetté. Le groupe néerlandais a alors dû revoir à plusieurs reprises sa structure financière. En 2022, Accell est racheté par un consortium mené par le fonds d’investissement américain KKR, pour environ 1,56 milliard d’euros. Il se retrouve alors avec une dette d’environ 1,4 milliard d’euros. Une première restructuration financière, en 2025, permet au groupe de ne pas couler. Les créanciers acceptent notamment de réduire la dette de 40 %, à environ 800 millions d’euros, et d’en repousser les échéances jusqu’en 2030. De nouveaux financements sont également apportés pour permettre à Accell de se réorganiser et de retrouver une activité suffisamment rentable. Mais en février 2026, KKR se retire de l’actionnariat et les créanciers prennent davantage de contrôle sur le groupe.

Après plusieurs mois de négociations et de validations réglementaires, une issue semble pourtant se dessiner. Accell entame des discussions avec Dutech Group, un investisseur singapourien qui envisage de reprendre le groupe. Mais le rachat tombe finalement à l'eau le 5 août, et Accell se retrouve sans repreneur. Les raisons précises de l’abandon ne sont pas publiquement détaillées par les parties. Le groupe reconnaît alors ne plus être en mesure de financer normalement ses échéances à court terme. Accell Group Holding B.V. et ses filiales néerlandaises obtiennent aux Pays-Bas un sursis de paiement provisoire, une protection temporaire contre leurs créanciers qui permet de suspendre les poursuites et d’encadrer la situation financière du groupe sous supervision judiciaire. Le sort des entités allemandes du groupe, dont Haibike, Ghost et Winora, reste alors incertain. Privée du soutien financier de sa maison mère, Lapierre se retrouve désormais seule face à ses difficultés.

Quel futur pour Cycles Lapierre ?

« Depuis hier, avant-hier soir, je suis seul. Il n'y a plus d'Accell, il n'y a plus d'actionnaire, il n'y a plus rien », résume William Perrier, directeur général de Lapierre depuis février 2024, au lendemain de l'annonce. Le 5 août, Cycles Lapierre a donc déposé auprès du tribunal de commerce de Dijon une demande d'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire. Celle-ci a finalement été ouverte le 25 août. Une décision qui ne signifie pas pour autant la fermeture de la marque, précise le communiqué du groupe. « Nous ne déposons pas cette demande pour renoncer. Nous la déposons pour nous donner les moyens de nous battre. Une page de notre histoire s’est tournée. Cette procédure doit nous donner le temps de finaliser notre plan, de retrouver notre indépendance et de faire entrer un investisseur capable de soutenir durablement l’entreprise. »

L'entreprise, qui assemble chaque année environ 20 000 à 25 000 vélos, principalement sur le segment haut de gamme, et dont le chiffre d'affaires a atteint 99,1 millions d'euros en 2025 n’est pourtant pas arrivé au tribunal sans avoir réagi. En 2023, Cycles Lapierre avait bénéficié d'une recapitalisation de 60 millions d'euros. L'entreprise a ensuite réduit ses effectifs, passés d'environ 130 à 106 salariés à la mi-2026, rationalisé son organisation et travaillé à la diminution de ses stocks. Fin 2024, ceux-ci représentaient 26,3 millions d'euros, contre 49,7 millions un an auparavant. Sur le plan des résultats, la perte d'exploitation est également passée d'environ 46,3 millions d'euros en 2024 à 27,2 millions en 2025, soit une amélioration de 41 %. Si la situation financière reste fragile et la trésorerie dans le rouge, reconnaît l'entreprise dans un communiqué. « cela démontre que nous ne sommes pas restés sans rien faire face aux difficultés » insiste Perrier.

Après l'ouverture de la procédure par le tribunal de commerce de Dijon, le 25 août 2026, une période d'observation de six mois s'est ouverte. Elle peut, dans certaines conditions, être prolongée jusqu'à dix-huit mois. Durant cette période, l'entreprise poursuit son activité sous contrôle judiciaire, tandis que sa situation financière est examinée et que les différentes options peuvent être étudiées. « On a déjà cartographié les typologies d'investisseurs avec lesquels on souhaiterait s'engager », précise William Perrier sur BFM, évoquant entre 10 et 15 marques d'intérêt pour l'entreprise. Le dirigeant dit également vouloir « préserver le maximum des 106 emplois ». Reste à savoir qui reprendra la main sur le fleuron français du vélo. Car William Perrier le sait, le marché ne fera aucun cadeau. Bien que le vélo ne soit plus dans l'euphorie de l'ère Covid, la marque a un ADN, c'est la raison pour laquelle on se bat, parce qu'au-delà de l'histoire, il y a surtout un futur à écrire. », explique-t-il au micro de France Info,

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