« Ce n’est pas uniquement une question de record, c’est un moyen de mettre à l’épreuve mon expérience et mes capacités physique » explique Scott Jurek, athlète qui a écrit de nombreuses pages de l’histoire du trail. Ancien détenteur du record (46 jours, 8 heures et 7 minutes) sur l’Appalachian Trail, détrôné depuis, il parcourt à nouveau ce sentier de grande randonnée de 3524 km. Six ans après sa première tentative, il doit composer avec un nouveau challenge – la parentalité – ce qui ne l’empêche pas de viser un temps inférieur à 40 jours.
Après avoir battu le record de Jennifer Pharr David en 2015 de 3 heures et 13 minutes au départ du sud, il vise à nouveau un record de ce vitesse… dans l’autre sens cette fois-ci. Battu en 2018 par Karel Sabbe (41 jours, 7 heures et 39 minutes), il avait « l’impression d’avoir laissé ce projet en suspens. La dernière fois, c’était une expédition » explique Scott Jurek qui désormais, sait à quoi s’attendre.
Pour cette tentative, il se dirige vers le sud : départ du Maine pour une arrivée, après plus 3500 kilomètres, en Géorgie. Parti le 4 août à 7 heures du matin, cela fait déjà cinq jours qu’il court. Dans ce sens-là, il aura fallu plus de 45 jours à Karl Meltzer, actuel recordman depuis 2016, pour venir à bout du sentier. Mais Scott Jurek ne veut pas uniquement battre ce temps : il veut passer sous la barrière des 40 jours, ce qui ferait de lui l’homme le plus rapide de l’Appalachian Trail, dans les deux sens.
« L’objectif, c’est de me donner à fond » a-t-il déclaré. « J’espère que mon expérience sur la course en 2015 me sera utile ».

« C’est un retour aux sources »
Scott Jurek a remporté sept fois la Western States 100 - un ultra-trail de 161 kilomètres - et des victoires notables sur l’historique Spartathlon – une course de 246 km entre Athènes et Sparte - ainsi que sur les ultras la plus coriaces d’Amérique du Nord, y compris la Hardrock et le Badwater – 217 kilomètres pour 4000 mètres de D+. Avec ses livres Eat and Run et Nord relatant son périple sur l’Appalachian Trail, il est devenu – avec sa femme – un auteur à succès cité par le New York Times.
« Le terrain est vertigineux, les montagnes sont impressionnantes tout comme le parcours en lui-même, son aspect social et son l’histoire », explique-t-il. « Pour moi, venir dans l’Est, c’est retourner aux sources de ma pratique du trail ».
Pour sa deuxième tentative sur l’Appalachian Trail, Scott Jurek peut mettre à profit ses connaissances, surtout quand les choses vont se corser. « J’ai énormément appris en 2015, explique-t-il. Le plus remarquable avec les épreuves d’endurance, c’est le niveau de conscience que l’on peux atteindre. Quand tu penses avoir atteint tes limites, tu peux encore les repousser. J’ai déjà vécu cela pendant des l’ultras mais sur l’Appalachian Trail, ça sera plus intense ».
En 2016, Karl Meltzer a mis dix heures de moins que Scott Jurek même si Karl pense que son record est « accessible », expliquant qu’il a vécu plusieurs jours « lamentables ». « J’étais en forme pendant 18 jours, puis des douleurs au tibia sont venus jouer les troubles fêtes... » a-t-il expliqué. « Je n’étais pas au meilleur de mes capacités vers le milieu du parcours. Il y a matière à amélioration ».
Bien que Scott Jurek convienne que le record de Karl Meltzer puisse être battu, il ajoute que « c’est loin d’être accessible ». Pour un randonneur moyen, venir à bout de l’Appalachian Trail prend entre cinq et sept mois. Le sentier est davantage pratiqué du nord au sud parce que le départ est moins brutal. Mais ce n’est pas de l’avis de tout le monde : Karl Metzler pense qu’un coureur bien entraîné peut aller plus vite dans l’autre sens en avalant les parties techniques et physiques au début, en profitant de la forme des premiers jours.
« C’est une préférence personnelle » a-t-il dit. « Même si dans les deux sens, c’est loin d’être facile ».

« Trouver un équilibre entre nos loisirs et les activités familiales »
Contrairement à 2015, date de son précédent record, Scott Jurek, troisième homme le plus rapide de l’Appalachian Trail est également père de deux enfants. « La parentalité, ça n’a rien changé pour moi, ironise-t-il. Plus sérieusement, il est difficile de trouver un équilibre entre nos loisirs et les activités familiales »
C’est pourquoi il lui aura fallu six ans avant de retourner sur ce sentier mythique. Depuis qu’elle a eu des enfants, Jenny, sa femme, retrouve peu à peu la forme et court des marathons. Toute la famille a passé beaucoup de temps sur la piste ensemble et désormais, Scott a hâte que ses enfants prennent part à ses aventures d’endurance.
C’est pourquoi, Jenny sera de nouveau au volant d’un van de soutien avec de ses enfants, Raven, 5 ans et Evergreen, 3 ans, mais elle n’accompagnera pas Scott 24h/24h. Elle a prévu des activités le long de la traversée : trouver des jeux pour les enfants mais aussi en profiter pour partager des instants en famille et entre amis.
C’est donc une équipe de trois personnes à plein temps, dont Karl Meltzer, Thomas Gathman – qui a parcouru l’Appalachian Trail en hiver – accompagné de sa petite-amie Cate Striplin, qui soutiendra Scott dans un autre van.
« C’est une belle opportunité de pouvoir explorer le monde, en se déplaçant à travers le pays avec des amis qui ont déjà foulé ce sentier » a confié Scott. « Ce n’est pas uniquement une question de record, c’est un moyen de mettre à l’épreuve mon expérience et mes capacités physiques. J’adore être là, regarder les plantes, les arbres et les rochers ».
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