S'abonner Se connecter
Outside
Outside : aventure training voyage culture
  • Aventure
  • Santé
  • Voyage
  • Société
  • Équipement
  • Films
  • Podcasts

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER
Jimmy Chin lors d'une conférence à l'université du Michigan
  • Société
  • Culture

Les athlètes, ces beaux parleurs

  • 2 mars 2019
  • 4 minutes

Brad Rassler Brad Rassler

Un marché florissant s’offre aux athlètes prêts à partager – moyennant finances - la sagesse acquise à flanc de montagne. Notre journaliste Brad Rassier décrypte cette tendance qu’il estime pour le moins… particulière.

“C’est vrai qu’on pourrait croire à une blague : j’ai grimpé l’Everest et me voilà catapulté ‘expert en motivation’”. C’est ce que m’a répondu Conrad Anker alors que je m’étonnais du nombre croissant d’alpinistes et grimpeurs occupés à scander des platitudes sur le dépassement de soi aux staffs des grandes entreprises américaines. Sans compter qu’ils sont loin d’avoir tous fait l’Everest et qu’on compte parmi eux un nombre conséquent de dirtbags – ces grimpeurs obsessionnels qui consacrent toute leur existence à l’escalade, quitte à tirer le diable par la queue.

Anker, alpiniste et grimpeur, était d’accord avec la remarque. A 56 ans, il vient de prendre sa retraite en tant que capitaine de la team The North Face, après trois décennies de règne. Il confirme que, pour beaucoup, la perspective de décrocher une conférence à gros cachet est bien plus alléchante que de poser sur les pubs d’un sponsor ou de passer des PowerPoint dans la salle d’escalade du coin. Aujourd’hui, grâce à la démocratisation des sports extrêmes, un grimpeur relativement connu peut empocher jusqu’à 10 000 dollars de l’heure aux Etats-Unis.

Les aventuriers ont toujours bravé l’estrade pour satisfaire leurs sponsors, recueillir des fonds avant l’aventure, payer leurs dettes après, ou, tout simplement, pour raconter leurs exploits à d’autres aficionados, pour le plaisir. Et si le discours s’est adapté à l’évolution des mœurs, les messages globaux de motivation n’ont pas changé. Hier comme aujourd’hui, il est question de la maîtrise de l’homme sur la nature, de la maîtrise de l’homme sur lui-même et de la maîtrise de l’homme sur la machine.

On comprend aisément pourquoi les récits d’expédition et les métaphores qu’ils contiennent font mouche dans le monde des affaires. Les capitaines d’industrie utilisent volontiers des expressions de l’ascension : “au sommet”, “aller plus haut”, “atteindre la cime”, etc. Ils publient des livres du même acabit aux titres ronflants : La voie de Shackleton : Leçons en leadership par le grand explorateur de l’Antarctique,  Conquérir les sept sommets de la vente ou encore Voués à l’excellence : Neuf récits originaux de grands hommes d’affaires qui ont atteint le sommet.... Tout ça pour dire qu’il y a de fortes chances qu’en ce moment même, près de chez vous, un athlète de l’extrême équipé d’un micro-casque soit en train de s’agiter sous les feux de la rampe pour traverser à grands renforts d’anecdotes la zone marécageuse menant de l’aspiration à l’accomplissement.

50 000 dollars par prestation

Dans les faits, les aventuriers constituent une fraction infime des quelque 53 000 conférenciers en activité aux USA, mais ils sont omniprésents. De façon schématique, on peut séparer les “hardcore” des “showmen”. Les hardcore, dont tout le monde connaît le nom, sont engagés pour leurs réalisations ou leur personnalité. Les plus sollicités sont ainsi les grimpeurs Tommy Caldwell et Alex Honnold et les alpinistes Jimmy Chin et Ed Viesturs. Viennent ensuite les showmen, dont personne n’a entendu parler, mais qui sont embauchés parce qu’ils savent mettre le feu à la salle. Grosso modo, on dira que les showmen n’ont jamais gagné un Piolet d’Or, et que les hardcore ne sont pas des bêtes de scène. Par là j’entends une capacité à captiver le public en livrant d’une voix parfaitement maîtrisée des maximes édifiantes sous un tonnerre d’applaudissements.

Ainsi, la showwoman la plus plébiscitée des Etats-Unis est sans conteste Alison Levine, 52 ans. Ses exploits, bien que remarquables, n’ont rien de d’exceptionnel - elle a gravi les Sept sommets et skié les deux Pôles - mais ils sont largement suffisants quand on sait galvaniser le public comme elle le fait. “Je ne me lasse pas de dire aux gens qu’il ne faut pas chercher à être le meilleur, le plus rapide et le plus fort, explique-t-elle. Il faut juste être le plus irréductible”. Un adjectif qui lui sied. Levine donne plus de 100 conférences par an et gagne 28 000 euros par intervention, moins les frais de déplacement et les 30% qu’elle verse à son agent. D’après ses calculs, elle a joué le même numéro de stand-up plus de 800 fois ces dernières années, principalement devant des publics du monde de l’entreprise.

Côté hardcore, il y a Alex Honnold, 33 ans. Suite à son exploit en solo intégral sur El Capitan et la sortie du documentaire “Free Solo” -prévue en France le 24 mars- il est devenu le grimpeur le plus célèbre au monde depuis la conquête de l’Everest par Hillary et Norgay. En fait, il est même beaucoup plus connu que ces deux-là, qui n’ont jamais eu de compte Instagram. Alex Honnold fait la tournée des talk-shows depuis 2011, date à laquelle l’émission 60 Minutes s’était penchée sur ses exploits en solitaire au Yosemite. Avec un interlocuteur complaisant, Honnold s’en sort très bien. Avec son air mi-cyborg, mi-naïf, on pourrait même dire qu’il est devenu excellent lors ce ces entretiens.

Pour autant, lorsqu’au printemps 2018, il s'est retrouvé seul sur la scène de TEDx Vancouver pour raconter sa préparation du solo intégral de la voie “Freerider” de El Capitan, au Yosemite, il tenait carrément du robot C-3PO... Ses tentatives de coordonner ses membres pour ponctuer les moments forts de son discours sont restées infructueuses : le grimpeur avait l’air dix fois plus pétrifié sur scène que sur le fameux à-pic de 900 mètres. Peu importe finalement, puisque son agent, Jonathan Retseck, affirme crouler sous les demandes de conférences pour son client. Sous peu, dit-il, le cachet de son poulain pourrait dépasser les 50 000 dollars par prestation.

Une convergence maligne

La plupart des athlètes assez connus - et pas mal d’anonymes - proposent leurs services oratoires sur leur site web, à côté d’un choix de courts-métrages documentaires, de l’inévitable flot de posts sur les réseaux sociaux et des liens marchands vers leurs livres. Désormais, donner des conférences n’est plus considéré comme un complément d’activité mais plutôt comme un must pour réussir dans l’écosystème actuel de l’aventure : les cachets à cinq chiffres pour ce genre de prestation sont un indicateur de la professionnalisation des sports d’aventure.

Les hardcore ont évidemment le droit de gagner leur vie - et bien. Mais on ne peut pas s’empêcher de ressentir un pincement au cœur quand on voit ces grands aventuriers devenir de simples rouages dans la machine. On peut mettre ça sur le dos d’une convergence maligne entre l’hydre des réseaux sociaux, la psychologie positive et le capitalisme financiarisé. Mais cette connivence avec les sponsors et la culture “corporate” démange un peu : on rêverait de voir ces athlètes la jouer comme Banksy et exposer le cynisme du système.

La suite est réservée aux abonnés

Déjà abonné ? Se connecter
Votre premier article est offert
LIRE GRATUITEMENT
ou
S'ABONNER
  • Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
  • Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
  • Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€

À lire aussi

Khumbu icefall 2026
La rédaction

Everest : la voie normale ouvre enfin, mais la saison 2026 reste à haut risque

Will Stanhope
Marina Abello Buyle

« ll aimait les voies en trad qui font peur » : Will Stanhope, guide et free soloiste canadien, meurt à 39 ans à Squamish

La Madone
La rédaction

Film « La Madone » : sur les plus hauts sommets du Mont-Blanc, le mystère des 7 statuettes sacrées

Jorassiques Pâques
Marina Abello Buyle

Jorassiques Pâques : quatre jours de survie pour une ouverture en face nord des Grandes Jorasses

Plus d'articles

Outside le magazine de l'outdoor

Outside entend ouvrir les pratiques et la culture outdoor au plus grand nombre et inspirer un mode de vie actif et sain. Il s’adresse à tous ceux qui aspirent à prendre un grand bol d’air frais au quotidien et à faire fonctionner leurs muscles comme leurs neurones avec une large couverture de l’actualité outdoor.

Newsletter

L’aventure au cœur de l’actualité. Chaque vendredi, les meilleurs articles d’Outside, directement dans votre boîte mail.

Liens

  • A propos d’Outside
  • Abonnements
  • Retour d'aventure
  • Mentions Légales
  • CGV
  • Politique de confidentialité
  • 1% for the Planet
  • Offres d’emploi
© Outside media 2026
Activer les notifications