Après deux saisons sauvées in extremis, l’Alpe du Grand Serre dispose enfin d’un accord à long terme pour l’exploitation de son domaine skiable. Le 30 septembre, les communes de La Morte et de Villard-Saint-Christophe ont signé une délégation de service public de trente ans avec SATA Group, qui exploite notamment l’Alpe d’Huez et Les Deux Alpes. Des investissements sont annoncés pour moderniser les remontées mécaniques et développer les activités au-delà de l’hiver, dans une station fragilisée par les déficits et un enneigement de plus en plus incertain.
En confiant l’exploitation de leur domaine skiable à la SATA pour trente ans, les communes de La Morte et de Villard-Saint-Christophe donnent à l’Alpe du Grand Serre une perspective qui lui manquait depuis deux ans. Jusqu’ici, les accords successifs avaient permis de sauver les saisons d’hiver, sans assurer le financement des investissements nécessaires à la station.
Au printemps, la commune de La Morte avait repris la gestion de la station, jusque-là assurée par la communauté de communes de la Matheysine, puis lancé un appel d’offres pour trouver un exploitant. La SATA a été la seule à y répondre. Deux mois de négociations, « exigeantes, parfois difficiles », selon Raymond Maslo, maire de La Morte, ont finalement abouti à cet accord. L’élu se réjouit de pouvoir « tourner la page de l’incertitude ». Fabrice Boutet, directeur général de SATA Group, présente pour sa part cette reprise comme un engagement en faveur de l’ensemble du territoire : « Nous sommes là pour participer au développement d’un territoire de montagne, et pas pour faire du résultat économique. »
La SATA prévoit ainsi d’investir entre 14 et 17 millions d’euros sur la durée de la délégation. Parmi les projets envisagés figurent le remplacement de deux télésièges par un télémix et la création d’un nouveau front de neige à environ 1 850 mètres d’altitude, à l’horizon 2030. La commune de La Morte doit, elle aussi, participer à cette relance, avec une enveloppe d’environ 5,2 millions d’euros. Elle mise par ailleurs sur la création d’une résidence touristique de quelque 300 lits pour renforcer la capacité d’hébergement de la station. Le projet d’une nouvelle télécabine permettant d’accéder directement au domaine d’altitude est également remis sur la table. La SATA s’est engagée à y consacrer 9 millions d’euros, une enveloppe qui pourrait être complétée par des aides de la Région et du Département. Pensée pour fonctionner aussi bien en été qu’en hiver, voire en soirée, cette nouvelle remontée pourrait voir le jour dans les deux ou trois prochaines années.
Deux fois condamnée, deux fois sauvée
Cette signature vient clore deux années particulièrement mouvementées pour l’Alpe du Grand Serre, qui semblait pourtant condamnée à l’automne 2024. Le 4 octobre, à deux mois de son ouverture, la communauté de communes de la Matheysine votait, à 47 voix sur 61, l’arrêt de l’activité ski après plus de 85 ans d’exploitation. Avec ses quelque 55 kilomètres de pistes et un domaine dépassant les 2 000 mètres d’altitude, elle devenait alors la première station de cette taille à être menacée de fermeture dans les Alpes du Nord.
Pour environ 800 000 euros de chiffre d’affaires lors de la saison précédente, la collectivité avait dû abonder le budget à hauteur de 950 000 euros et absorber un déficit de 350 000 euros. Les projections sur les trois saisons suivantes faisaient apparaître un déficit cumulé de 2,06 millions d’euros, alors que celui accumulé depuis 2017 atteignait déjà 2,7 millions. À cela s’ajoutaient des infrastructures vieillissantes et des saisons de plus en plus irrégulières en matière d’enneigement. « Une trahison », un « grand choc », « un crève-cœur », déploraient alors les habitants. Mais la fermeture annoncée n’allait finalement pas avoir lieu. Dès les jours suivants, habitants, commerçants, moniteurs et acteurs locaux s’étaient mobilisés pour trouver un plan B. Une cagnotte lancée par le collectif La Morte vivante avait rassemblé 200 000 euros, tandis que l’État, la commune et différents acteurs du monde du ski annonçaient également leur soutien. Le 22 octobre 2024, les élus de la Matheysine votaient finalement la poursuite de l’activité pour une année supplémentaire et repoussaient la décision de fermeture à septembre 2025.
Au printemps 2025, la fermeture de la station pour l’hiver 2025-2026 semblait cette fois être définitive. Mais en novembre, alors que tout semblait joué, SATA Group proposait de prendre à sa charge le risque financier lié à une nouvelle saison hivernale. La collectivité de la Matheysine, qui ne voulait plus assumer seule les déficits de l’exploitation, était ainsi déchargée du risque à court terme. Cette saison 2025-2026 s’est finalement avérée particulièrement favorable, au point d’être présentée par l’exploitant comme la meilleure jamais enregistrée. Pourtant, même si la saison était sauvée, il s’agissait encore une fois d’un sursis. Sans plan de financement solide, sans investissements conséquents, sans engagement public et privé durable, l’avenir de la station restait incertain.
Un avenir qui reste tributaire de l’enneigement
Après deux années à jouer sa survie saison après saison, l’Alpe du Grand Serre dispose désormais d’un accord à long terme. Le dossier a été étudié dans le détail, « chaque ligne » étant passée au crible pour trouver une solution et construire un modèle viable, assure Fabrice Boutet. « L’addition de ces solutions fait qu’on peut signer en toute confiance », affirme le directeur général de SATA.
Au-delà de la seule exploitation hivernale, la SATA entend aussi développer les activités de la station sur le reste de l’année. La diversification vers une offre quatre saisons était déjà au cœur des projets imaginés ces dernières années pour l’Alpe du Grand Serre, confrontée à un enneigement de plus en plus incertain. La station avait même été désignée, au printemps 2024, comme « Station Pilote des Alpes pour la transition ». L’idée était alors d’en faire un lieu emblématique de l’adaptation au changement climatique d’ici 2050. Un projet évalué à 24 millions d’euros prévoyait notamment de développer une offre quatre saisons, avec une remontée capable de relier les secteurs bas et hauts du domaine. L’ambition de faire vivre la station au-delà de l’hiver reste d’actualité. Pour Fabrice Boutet, l’enjeu des prochaines années sera notamment de poursuivre le travail engagé autour du VTT et des activités estivales. À plus court terme, la SATA entend également travailler sur la gestion de la neige, en cherchant à conserver plus longtemps la neige naturelle et à remodeler certaines pistes pour limiter leur exposition au soleil. Ces ajustements devront être mis à l’épreuve dès cet hiver, avant les transformations plus ambitieuses annoncées pour les prochaines années. L’Alpe du Grand Serre prévoit d’ouvrir son domaine skiable le 19 décembre prochain.
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