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Alan Arnette sommet du K2
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  • Alpinisme & Escalade

Alan Arnette : « A quel âge doit-on vraiment renoncer à l’alpinisme ? »

  • 14 septembre 2021
  • 8 minutes

Alan Arnette Alan Arnette

Considéré comme l’un des meilleurs chroniqueurs contemporains de l’Himalaya, l’Américain Alan Arnette - collaborateur de longue date de Outside – s’interroge, l’âge venant, sur son avenir en tant qu’alpiniste. Lui qui compte à son actif l’ascension de l’Everest, du K2 ou du Lhotse, devra-t-il, un jour renoncer à l’ivresse des 8000 ? Une réflexion sur le poids des ans, l’expérience et l’attachement vital à la montagne qu’il a développé au cours de ses 27 années d’exploration de l’Himalaya.

Encyclopédie vivante de l’histoire de l’Himalaya, coach, conférencier, ardent combattant en faveur de la recherches sur la maladie d’Alzheimer, Alan Arnette est aussi et surtout le chroniqueur incontournable de l’actualité de l’Himalaya, sa terre d’élection depuis sa première ascension en 1997. S’il se passe quelque chose dans la zone, on peut être sûr qu’Alan est dans la boucle. Pas seulement pour informer sur les premières ou les disparitions - victoires ou drames attirant tous les médias- mais aussi quand un jeune alpiniste, encore peu connu, se lance dans la course ou que les autorités népalaises changent les règles d’obtention des permis d’accès aux sommets. Depuis les Etats-Unis, où il vit entre deux expéditions, l’alpiniste de 65 ans a un œil sur tout, et reste en contact permanent avec un vaste réseau d’informateurs. Ajoutez que l’homme est sympa, et on comprendra pourquoi Outside s’est attaché ses services depuis bien longtemps déjà. Aussi quand nous avons découvert l’une de ses dernières chroniques, ces billets dont il nous gratifie au quotidien, avons-nous été touchés par sa réflexion sur l’âge, et les options ouvertes à l’alpiniste qu’il est devenu en quelques décennies. Car, pour une fois, Alan ne parlait pas des autres, jeunes talents ou légendes vivantes qu’il suit au fil des jours et bien souvent des nuits, compte tenu du décalage horaire, mais bien de lui. Des confidences touchantes qui parleront sans doute à beaucoup. C’est donc son texte intégral que nous partageons avec vous.

Alan Arnette K2
K2 (Alan Arnette)

« J'ai récemment eu 65 ans. Oui, je sais, on s’en fout. Mais avant que vous ne laissiez tomber cette chronique, sachez que ceci est un récit pour les jeunes et, aussi les moins jeunes. Car la question qui s’impose à moi maintenant c’est : "Quand doit-on renoncer à l’alpinisme ?"

En matière d’alpinisme, l'âge compte-t-il vraiment ?  Rappelons que Yuichiro Miura et Tamae Watanabe détiennent les records d'âge pour l’ascension de l'Everest. Soit respectivement 80 et 78 ans pour les hommes et les femmes. Bill Burke a entamé pour sa part sa quête des sept sommets à 60 ans et a atteint son deuxième sommet de l'Everest à 72 ans. N’oublions pas que Art Muir a récemment atteint l'Everest à 75 ans. Alors que les jeunes Jordan Romero et Malavath Poorna ont gravi le Toit du monde alors qu’ils n’avaient que 13 ans. Sans parler de Roxy Getter, vu au sommet du Kilimandjaro à 8 ans, même si je ne pense pas que ce soit une très bonne idée. À propos, l'âge idéal pour atteindre l'Everest, et la plupart des 8000 mètres, semble être 35 ans, si l’on en juge par les statistiques.

En ce qui me concerne, j’ai commencé à grimper à 38 ans, je suis donc une sorte de retardataire dans le monde de l'alpinisme. Contrairement à beaucoup de grimpeurs et d'alpinistes, pour assouvir ma passion je n'ai jamais eu à bivouaquer dans ma voiture, et je n'ai jamais fait partie du club des " dirt-bagger " et j’ai toujours eu un « vrai job ». Mais un jour, j'ai découvert la montagne. Le Mont Blanc a été mon premier « haut fait ». Même si au grand désespoir de mon guide français, je ne savais même pas comment attacher les crampons que je venais tout juste d'acheter à Chamonix. Il s'est moqué de moi, a poussé de grands soupirs, a dit quelque chose que je n'ai pas compris en français - et qui, j'en suis sûr, n'était pas un compliment - alors qu'il les attachait lui-même à mes chaussures toute neuves. J’étais alors bel et bien un novice qui ne savait pas qu’il ne savait rien et qui ne savait même pas ce qu’il fallait demander. Un « bleu », quoi. Mais j'ai adoré ça. Et ce jour-là, sur ce site légendaire, je suis tombé amoureux de la montagne et j'ai atteint ce qui devait être le premier sommet d’une longue série que je devais faire par la suite.

Foule d'alpinsistes sur l'EverestAlan Arnett Everest

"J'ai acquis des compétences, à l'ancienne"

À mesure que j'avançais dans la quarantaine, je continuais de grimper sans penser au lendemain, sans vrai plan ni grand projet. J'ai simplement grimpé quand je le pouvais, en essayant d'explorer le plus grand nombre possible de montagnes dans le monde en fonction du temps et de l'argent que je pouvais trouver. Car, on le sait tous trop bien, c'est toujours une question de temps et d'argent.

J'ai acquis des compétences à l'ancienne, en participant à des expéditions montées avec des amis, en posant une tonne de questions et me cassant le nez plus d’une fois. J'étais attiré par les hauts sommets, les plus de 6 000 m. Et je n'étais pas bon. Sur mes 22 premières ascensions, je n'ai atteint le sommet que 13 fois, soit un pourcentage de réussite de 59 %, seulement. C’est peu, mais j'ai beaucoup appris.
Pour ceux que ça intéresse, en voici la liste :

  • 1995 : Le Buet,Tour Ronde, Mont Blanc
  • 1997 : Kala Patar (camp de base de l'Everest)
  • 1998 : Monta Rosa, Mont Blanc, Mont Blanc, Cho Oyu
  • 1999 : Escalade sur glace en Alaska
  • 2000 : Grand Teton, Ama Dablam
  • 2001 : Denali
  • 2002 : Everest
  • 2003 : Everest
  • 2004 : Hood, Rainier
  • 2005 : Aconcagua
  • 2006 : Broad Peak
  • 2007 : Denali, Shishapangma
  • 2008 : Aconcagua, Orizaba, Everest

Mais mon pourcentage de réussite s'est amélioré à mesure que j'entrais dans la cinquantaine. Je ne grimpais plus pour me la raconter, mais plutôt dans un but précis, pour honorer ma mère Ida, décédée de la maladie d'Alzheimer, et pour récolter des fonds pour la recherche médicale. Mon taux de réussite est alors passé à 74 %.

Tirant les leçons de ma quarantaine, j'ai changé presque tout ce qui concerne ma préparation. Je me suis entraîné différemment (en extérieur plutôt qu'en salle et en courant), j'ai modifié mon alimentation (régime équilibré, pas de régimes à la mode), j'ai changé de partenaires - maintenant ce sont surtout des amis et quelques guides occidentaux - et surtout, j’ai revu mes attentes en matière de performances. J'ai réalisé que je n'étais pas dans une course contre qui que ce soit, à commencer contre moi-même. J’ai compris que je devais avancer au rythme que me permettait mon corps. Lorsque j'étais fatigué, je me reposais ; lorsque j'avais faim, je mangeais et j'essayais de ne jamais avoir soif. En fait, je ralentissais pour aller plus vite.
Voici la deuxième partie de ma liste :

  • 2009 : Mont Whitney
  • 2010 : Mont Vinson
  • 2011 : Aconcagua, Lobuche, Everest, Denali, Elbrus, Kilimandjaro, Pyramide de Carstensz, Kosciuszko.
  • 2012 : Ben Nevis, Alpa Mayo, Rainier
  • 2013 : Manaslu
  • 2014 : K2
  • 2015 : Lhotse (tremblement de terre)
  • 2016 : Lhotse
  • 2018 : Island Peak
  • 2019 : Cayambe, Cotopaxi, Chimborazo
  • 2020 : Pequeno Alpamayo, Huayna Potosi
alpinistes dans la Khumbu Ice Fall Everestalpinistes dans la Khumbu Ice Fall Everestalpinistes dans la Khumbu Ice Fall Everestalpinistes dans la Khumbu Ice Fall Everest

"Soyez patient, et ne voyez pas trop grand"

Dans le cadre de mon activité en tant que consultant pour «Summit Coach», certains clients potentiels me demandent comment se lancer dans l'alpinisme et comment faire ce que j'ai fait : à savoir, les sept sommets, l'Everest, la série des 14 sommets de 4000 m du Colorado, le K2, etc.
Je donne toujours les mêmes conseils:
Faites de bonnes études
Trouver un emploi stable
Mettez de l’argent de côté
Trouvez un équilibre entre alpinisme, travail et famille.

Et surtout, lorsqu'il s'agit d'alpinisme, soyez patient et ne voyez pas trop grand. Prenez les montagnes comme elles viennent. Commencez par maîtriser les bases, faites vos armes sur le rocher et la glace, puis passez à des sommets de plus en plus difficiles et élevés à mesure que votre temps et votre argent vous le permettent. En sachant que quantité de gens ne s’intéressent absolument pas à la haute montagne et n’en n’ont pas moins un énorme plaisir à ne pratiquer « que » l’escalade.

Je reconnais que j'ai eu beaucoup de chance avec les expéditions que j'ai pu faire, surtout quand on sait que je suis né dans les plaines, autour de Memphis, dans le Tennessee.  J’ai travaillé dur pour y arriver, et ça m'a coûté pas mal d'argent. Je compte à mon actifs 34 ascensions, dont huit vers des sommets de 8 000 mètres, et je suis devenu, à 58 ans, le plus vieil Américain à avoir atteint le sommet du K2, la deuxième plus haute montagne du monde. Je suis fier de cet exploit et reconnaissant envers mes coéquipiers et les Sherpas qui m'y ont aidé. J'ai ainsi acquis la conviction que je pouvais continuer la haute montagne tant que je serais en bonne santé. Mais le temps passe.

Camp col nord Everest
Col Nord, Everest (Alan Arnette)

"En 2017, c'est l'accident"

En 2015, j’ai entrepris d’atteindre le sommet du Lhotse en partant du camp de base, mais le tragique tremblement de terre a arrêté tout le monde cette année-là. J'y suis retourné en 2016, mais, une fois de plus j’ai dû y mettre un terme à 6553 m, au camp 2. Le jour de mon 60e anniversaire cette année-là, j'ai regardé le lever du soleil depuis le sommet du Longs Peak, dans le Colorado, à 4345 m, avec des amis très chers. C'était mon 45e sommet, sur ce que j’appelle mon spot "d'entraînement".

Début 2017, alors que je m'entraînais dans le Colorado pour préparer l’ascension du Dhualagiri, une énorme rafale de vent m'a fait dévaler une pente rocheuse sur le Twin Sisters. Résultat : triple fracture de la jambe, ce qui m'a empêché de grimper pendant plus d'un an. Pendant toute cette longue année, mon cœur, mon âme et mon esprit étaient dans les hautes montagnes. Mais mon cerveau me disait non. Cependant, déterminé à continuer, j'ai fait des expéditions au Népal, en Équateur et en Bolivie au cours des trois années suivantes. Et même si j'ai atteint plusieurs sommets de 6000 m, rien n’était plus comme avant, comme quand j’étais dans ma cinquantaine.

En novembre dernier, toute ma famille a attrapé le COVID-19.. Ma femme a passé deux semaines à l'hôpital. J'ai eu un Covid plus « léger » mais persistant pendant des mois. Une fois de plus, j’ai mis l’alpinisme en pause. En 2020, j’ai fait un seul sommet de 4000 m, au lieu des cinq ou dix que j’avais l’habitude de faire chaque année. J'ai commencé à me concentrer sur des sommets plus bas, entre 3500 m et 4000 m, et, franchement, je me suis beaucoup amusé. Tout dernièrement, j’ai bien récupéré et j'ai fait le sommet du Grays Peak (dans les Rocheuses, dans le Colorado, ndlr). Mon premier 4000 m en plus d'un an. Et ça s’est très bien passé, j’étais bien.

"Quand décrocher ... ça c'est la question"

Mais revenons au problème de l'âge. Je suis en bonne santé. J'ai fait un sérieux check up récemment, histoire de me projeter un peu sur les années à venir. Mais je n'ai plus 20, 40 ou 50 ans, j'ai 65 ans. Mon désir de poursuivre l’alpinisme est plus vivant que jamais, en sachant tout de même que j’ai parfaitement conscience de ce que je peux désormais demander à mon corps. Car j'ai une bonne vie, et je ne veux pas la perdre en montagne.

Alpinsistes au sommet de l'Everest
Sommet de l'Everest (Alan Arnette)

Alors, quand s'arrête-t-on ? C'est une question très personnelle. En août, on a vu l’Espagnol Carlos Soria Fontán sur le Dhaulagiri, pour la 12e fois. Or il a maintenant 83 ans et veut terminer les deux derniers quatorze 8000 mètres manquant sa liste. En revanche, je connais d'autres alpinistes qui se sont "retirés" bien plus jeunes, après avoir atteint leurs objectifs ou tout simplement parce qu’ils n'ont pas voulu prendre de risques au regard de leurs responsabilités familiales par exemple.
Savoir quand décrocher est une question très délicate. Mais quand on un peu de recul, la réponse est facile. Je ne retournerai probablement jamais au sommet d’un 8 000 mètres. Ca ne me pose plus de problème aujourd’hui que j'approche de la seconde moitié de la soixantaine. Car il y a plus de montagnes dans le Colorado que je n'ai pas encore gravies que   de sommets de 7 000 mètres dans le monde.

Alors oui, j'aime toujours respirer à haute altitude, relever les défis qu’impose une expédition, j’aime le bruit des crampons dans la neige, la sensation de la roche froide et dure sous mes doigts, le sentiment de satisfaction au retour à la maison - quel que soit le résultat et, bien sûr, l'attente de la prochaine. Je monterai à 6000 m aussi longtemps que je le pourrai, mais le moment est venu d’offrir quelque chose en retour de tout ce que la montagne et la vie m’ont offert. De le faire par le biais de «Summit Coach», mon activité aujourd’hui, par le biais aussi de l'écriture, des conférences et de l'objectif de ma vie : défendre la cause de la maladie d'Alzheimer. C’est une longue course que j’ai un jour entrepris, je mets un peu la pédale douce aujourd’hui, mais elle n’est pas terminée. Loin de là. Continuez à grimper !

Alan
Memories are Everything ("l’essentiel, c’est la richesse de nos souvenirs", mantra d'Alan Arnette dont il signe toutes ses chroniques, ndlr)

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