« Ne pas acheter une seule bouteille d’eau, vivre avec 4,20€ par jour » et parcourir le continent africain du Cap à l’Egypte, c’était le pari d’un jeune étudiant allemand. Un bike trip en solo qui le conduira … jusqu’en Océanie, en passant par le Moyen Orient et l'Asie. Trois ans de voyage, 40 000 km sur la route, et, au retour, un documentaire passionnant, totalement hors normes.
Très attendu au Festival du film et du livre d’aventure de La Rochelle (FIFAV) qui vient de s’achever, « Ailleurs, seul en Afrique », documentaire de 90 minutes, n’aura pas déçu. Mais pandémie oblige, ce « coup de cœur du FIFAV », diffusé online le 11 novembre pour une projection unique, n’aura peut-être pas eu toute l’audience qu’il mérite. Le film vient bien heureusement d’être mis en ligne sur Vimeo, en VOD. Nous ne pouvons que vous encourager à regarder le long récit en images d’Anselm Pahnke qui, s’il ne répond à aucun standard du « doc d’aventure », a révélé un aventurier, un vrai.

Une petite caméra video Sony à 200 euros et un téléphone ont suffi à cet étudiant allemand pour mettre en images, video et photos, un périple hallucinant passé quasiment inaperçu en France jusqu’à présent, mais dont l’intérêt n’a pas échappé au public allemand. Diffusé en salle outre Rhin, il s’est imposé en 2019 comme le documentaire en langue allemande le plus regardé avec 100 000 spectateurs et a remporté une brassée de prix, dont le Gilde-Filmpreis dans la catégorie "Meilleur documentaire". Étonnant quand on liste ses imperfections – des trous dans le récit, des images de qualités inégales – mais évident quand on se laisse embarquer dans cette aventure étrange qui conduira cet étudiant de 24 ans à traverser l’Afrique, seul, à vélo – partie de son périple retracée dans son documentaire – puis à poursuivre sa route jusqu’en Océanie !
Ce qu’Anselm Pahnke résume ainsi sur son site :
- Ni Google ni le guide de voyage
- Une journée de préparation
- 4,20 € de dépenses quotidiennes
- 0 litre d'eau acheté
- sel, poivre et cannelle
- Un lavement
- Remerciements en 46 langues
- Production indépendante d'électricité
- Un vélo, deux T-shirts
- 22 jours sans aucun contact humain
- Les hippopotames sont les vrais lions
- 16 comprimés de Malaria-Tropica
- 8 morceaux de savon
- 40 000 km | trois ans
L'apprentissage de l'improvisation
Ok, mais de quoi s’agit-il exactement ? En 2013, Anselm Pahnke décide de partir à la découverte de l’Afrique à vélo, depuis le Cap, en Afrique du sud, jusqu’à l’Égypte. Il est étudiant en océanographie et en géophysique et depuis son adolescence, le vélo, c’est son truc. A son actif, quelques belles sorties en Allemagne avec son ami d’enfance. Rien d’extrême, mais son enfance en pleine campagne, dans la banlieue de Hambourg, lui donne tôt le goût de l’aventure et un sens certain de la débrouillardise. Deuxième d’une famille de cinq enfants, une mère assistante sociale, une maison en bois construite par son père, professeur, les toilettes au fond du jardin, pas de TV ni d’écrans - Anselm verra son premier film au cinéma à l'âge de 17 ans – en bref, une éducation marquée par les théories alternatives de Rudolph Steiner, valorisant l’improvisation, l’autonomie, l’apprentissage individuel et notamment les compétences manuelles. Des qualités qui lui seront bien utiles lorsqu’il entame son périple en Afrique du sud.

Il ne part pas seul, deux autres Allemands, Fabian et Daniel, rencontrés en ligne sur un forum de voyageurs », explique-t-il, le retrouvent à l’aéroport du Cap. Il ne les connait pas, mais le feeling passe bien et ces trois-là prennent la route ensemble. Sans plan vraiment établi, jusqu’au jour où ses deux compagnons sont contraints de rentrer prématurément en Allemagne. « Pour des raisons personnelles », raconte Anselm qui ne souhaite pas s’étendre sur ce point. Dilemme : interrompre son voyage au bout de quatre mois seulement, ou poursuivre, seul, sa route.





Direction, le nord, sans plan établi
C’est le cœur déchiré que le jeune Allemand verra s’éloigner ses deux compagnons de route, mais son choix est fait, il continuera. Sur quelle route, pour combien de temps ? Il n’a encore rien arrêté. Courageux, mais il n’échappe pas à un gros coup de blues. Réflexe : il appelle son « papa « , qui répond présent et débarque en Afrique du Sud. A ce stade, on se demande un peu ce que c’est que cet aventurier … Mais ce serait méconnaître le personnage. Au cours des quelques semaines passées en pleine nature avec son père, Anselm retrouve confiance en lui. Son père parti, il reprend la route. Direction le nord. Toujours sans plan et surtout sans crainte. Il s’arrêtera trois ans plus tard, en 2016, après avoir traversé 35 pays !
«On n’entend que des choses négatives sur l’Afrique », explique-t-il. « C’est vrai que certains coins sont dangereux, mais rien de mal ne m’est arrivé au cours de ce voyage. Pourquoi ? Je n’ai pas essayé de me protéger, j’étais dans l’empathie, sans peur. Je ne suis pas riche : que tirer d’un jeune arrivant à vélo avec quelques sacs, sans aucun objet de valeur ? En me voyant les gens se disent : ce gars, il a juste ce dont il a besoin pour survivre. J’ai le plus souvent dormi dehors, dans ma petite tente, mon vélo à côté parfois même pas attaché. On ne m’a jamais rien volé. La seule fois où j’ai eu une mésaventure – des garde forestiers lui prennent sa montre, ndlr – je n'ai pu que m’en prendre à moi-même, je n’étais pas censé me trouver dans cette zone. Non, mon plus gros problème, ça a été … moi-même. Me retrouver entièrement seul pendant quatre semaines lors de la traversée d’un immense désert. Là, tu commences à douter de toi-même. J’ai connu des moments où j’ai été vraiment au plus bas. Pas facile non plus lorsque j’ai été malade comme un chien, victime de la malaria. Mais j’ai repris la route, car comme toujours dans la vie, ce qui te motive, c’est de voir ce que te réserve le lendemain, de t’ouvrir à l’inconnu."





Après l'Égypte, continuer ...
Sans plan ? « Oui, et c’est une force », insiste Anselm. "Quand tu n’as pas de plan, tu n’as pas d’attente précise et tu risques moins d'être déçu. Une approche bien loin de l’étudiant rapide et efficace que j’étais à la fac de Hambourg. Là, j’ai voyagé lentement, en me fixant plus sur la route que sur le but, acceptant les opportunités qui se sont présentées le long du chemin". Anselm fait ainsi des rencontres extraordinaires – les visages souriants émaillant son film en témoignent.
Parti d’Afrique du Sud, il remontera toute l’Afrique, passant d’un pays à l’autre, sans hâte ni logique apparente, sinon celle d'atteindre le bout du continent, au grès des rencontres et de ses envies, jusqu’en Égypte. Son périple aurait pu s’arrêter là. Et c’est bien là que prend fin son film. Mais pas son voyage.





« Ce documentaire, je ne l’avais pas vraiment prévu, ce n’étais pas mon idée je ne suis pas réalisateur. C’est un ami qui, deux ans après mon retour, m’a incité à me plonger dans les séquences filmées avec me petite caméra Sony et dans mes photos. Et c’est progressivement devenu ce film. En fait, sur la route, filmer m’a beaucoup aidé. Parler à la caméra, c’était me sentir moins seul. C’est vrai que j’y montre parfois ma vulnérabilité, un aspect de ma personnalité que ce voyage m'a permis de révéler pour la première fois. On m’y voit parfois faible, malade, et même m’auto administrer un lavement. Je ne suis pas un héros, moi, et je n’aime pas les films où on voit ces mecs super forts.
En cours de route, je filmais, sans savoir ce que j’allais en faire. J’ai pris les choses comme elles se présentaient, en m’adaptant. Au fond, c’est ce que nous sommes tous obligés de faire aujourd’hui en cette période de Covid.





Plus seul que jamais sans ma caméra
Arrivé en Égypte, j’avais envie de poursuivre mon voyage, autrement. La caméra, c’est rassurant, mais trop prenant. J’ai réalisé qu’il fallait vivre le moment. Ça m’a pris un certain temps pour m’adapter à cette nouvelle approche. Je me suis parfois retrouvé plus seul que jamais. Mais j’ai aimé ça, c’était mon choix. A défaut de camera, je me suis mis aux carnets de route (Il en tirera un livre, ndlr) et j’ai continué mon chemin. Après l’Afrique, Anselm traversera, toujours seul et à vélo, le Moyen-Orient et l’Asie, en passant par l’Afghanistan, la Chine et l’Indonésie, avant de pousser jusqu’à l’Océanie. Parti du Cap en 2013, son voyage s’est terminé en à Sydney en 2016. Entre temps, il a roulé 40 000 km.



Aujourd’hui, à 31 ans, Anselm n’envisage pas de grand voyage pour l’instant. « Je ne peux pas être un nomade toute ma vie », même si le retour en Europe et au rythme citadin n’a pas été facile. Il vit toujours en Allemagne dans une petite communauté de sept personnes, est très impliqué dans des projets sociaux et culturels et s’est mis au parapente. Fort du succès de son documentaire, il jouit d’une solide réputation de conférencier, mais ne revendique certainement pas l’étiquette d’aventurier. « Je suis un artiste », dit-il, c’est ainsi que j’appréhende la vie. "Mon expérience me montre que plus le lendemain est incertain, plus le temps passe lentement", explique-t-il. "Accepter l'incertitude, c'est vivre chaque instant de manière plus consciente. L'incertitude me tient éveillé, je reste souple, je suis mon instinct et je fais attention à mes sentiments. Je suis vigilant car je me laisse souvent aller à l'imprévu".
Pour voir le documentaire de 90 minutes en VOD, (sous-titré en français) c'est ici . Et pour acheter son récit ( publié en allemand, encore non traduit en français), c'est ici.
Trois ans de voyage, 40 000 km sur la route : Pour découvrir l'intégralité de la grande traversée Afrique-Océanie de Anselm Pahnke, c'est ici.
Photos : Anselm Pahnke
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