25 Avril 2015, un tremblement de terre ravage le Népal. Bilan : 9 000 morts et environ 2,5 millions de sans-abri. Les médias occidentaux parleront surtout des 22 victimes du camp de base de l’Everest. C’est pour mettre en évidence toute l’ampleur de cette catastrophe humaine que le réalisateur britannique Olly Lambert est revenu sur cet événement via trois histoires fortes, trois destins qui ne se résument pas à des histoires d’alpinistes. Une mini-série de trois épisodes tout en nuances, qui a captivé notre journaliste. A découvrir dès maintenant sur la plateforme de streaming.
Il y a deux semaines, je suis tombé sur le traileur d’une nouvelle série documentaire de Netflix, "Aftershock : séisme sur le toit du monde" (" Aftershock : Everest and the Nepal Earthquake "). L'extrait montrait un alpiniste en équilibre sur une échelle dans la fameuse cascade de glace du Khumbu. Passionné par tout ce qui touche à l'Everest, j'ai immédiatement cliqué sur le lien pour en visionner les trois épisodes. Mais, au fur et à mesure que j’avançais dans l'histoire, je me suis rendu compte que si cette mini-série était présentée comme un documentaire sur l'Everest, en fait, elle ne parlait pas que du plus haut sommet du monde. Et c’est heureux.
« Aftershock » revient en effet sur les dévastations causées par le tremblement de terre du 25 avril 2015 au Népal qui a fait près de 9 000 morts et environ 2,5 millions de sans-abri. Et il aborde une question essentielle : que se passe-t-il quand des millions de gens se retrouvent brusquement en situation de survie ? La générosité et l’altruisme l’emportent-t-il sur le repli sur soi et l’égoïsme ?

Un chapitre entier de l’histoire est bien sûr consacré à l’Everest et à l'avalanche qui a dévasté le camp de base. Mais la série nous conduit également dans les immeubles en ruine du centre-ville de Katmandou et dans les villages dévastés situés à l’autre bout du pays, pour nous montrer la catastrophe sous d’autres angles. Un point sur lequel a beaucoup réfléchi le réalisateur britannique Olly Lambert que j’a récemment interviewé. Il m’a confié qu’avec les producteurs du film, il s’était constamment interrogé sur l'importance à accorder aux alpinistes alors sur l'Everest versus les autres intrigues de l’histoire. "Dès le premier jour de la production, nous nous sommes demandés comme éviter de réduire cette énorme catastrophe se déroulant sur le sous-continent indien à l’histoire d’un groupe de Blancs se lamentant sur leurs vacances qui ont mal tourné", explique Olly Lambert. "Jusqu’au titre de la série qui a donné lieu à tant de discussions entre nous qu’on pourrait en tirer un film ! ».
Trois épisodes, trois destins
Couvrir une telle catastrophe en un seul film est, bien sûr, impossible. Aussi le réalisateurs et les producteurs ont-ils choisi de se concentrer sur trois histoires distinctes, situées dans trois endroits différents, mais liées par des dénominateurs communs : à savoir la terreur, la tristesse et d’une certaine façon, une controverse.
La premier épisode est centré sur les alpinistes et les guides qui se préparent à gravir le sommet de l’Everest lorsque le tremblement de terre se produit, au matin du 25 avril 2015. Le deuxième se déroule dans la vallée isolée du Langtang, une destination peu fréquentée par les trekkeurs, et suit le parcours de trois randonneurs israéliens et des villageois qu’ils rencontrent en chemin. La troisième histoire, la plus déchirante, se déroule dans un hôtel de Katmandou, tenu par un gangster népalais repenti (tel qu’il se décrit lui-même) sa femme et ses enfants. Trois histoires, trois destins racontés au travers d'entretiens avec les survivants, complétés par des images spectaculaires tournées sur chacun des sites lors de la catastrophe et des reconstitutions afin d’illustrer les moments qu’aucune caméra n’a pu capter ce jour-là.

Le sort des alpinistes plus vendeur que celui des Népalais
Le réalisateur m’a raconté que selon un chercheur népalais, rencontré lors de la préparation du tournage, les 22 morts du camp de base avaient généré près de 50 % de tous les gros titres internationaux sur le tremblement de terre lui-même, masquant ainsi la taille et l'ampleur réelles de la catastrophe. "En tant que cinéastes, nous ne voulions pas tomber dans le même piège", poursuit Olly Lambert. "Et nous n’avons eu de cesse de trouver un équilibre entre ce qui se passait sur l'Everest et ce qui survenait ailleurs". Tout en restant réalistes. Le réalisateur et la production avaient bien conscience que le sort d’alpinistes fauchés au camp de base du plus haut sommet du monde avait plus de chance d’attirer les spectateurs que celui des Népalais.
Sans compter qu'une autre raison, tout aussi pragmatique, excluait de trop minimiser le volet concernant l’Everest : c’est principalement là que les images du tremblement de terre les plus impressionnantes avaient été tournées. Plusieurs équipes de documentaire se trouvaient alors au camp de base, et elles ont filmé l'avalanche et ses conséquences avec des caméras haute définition. Les producteurs du film avaient donc l'embarras du choix à l'heure d'illustrer la scène. Les séquences incluses dans la série montrent ainsi l'impuissance que chacun au camp de base a dû ressentir en voyant la gigantesque avalanche approcher. La pluie de glace et de rochers a dévasté le camp, tuant 22 personnes : dans l'histoire des expéditions sur l'Everest, c’est le bilan le plus lourd jamais enregistré sur un seul événement.
Une des scènes les plus poignantes montre l'alpiniste néo-zélandais Dave McKinley dans les instants qui ont suivi l'avalanche, alors qu'il communique par radio avec des alpinistes plus haut dans le camp de base pour essayer d'évaluer les dégâts. Olly Lambert raconte que « dans les minutes qui ont suivi le séisme, un caméraman a eu la présence d’esprit de dégainer sa caméra 4K d'une qualité incroyable. Sur place se trouvait aussi un preneur de son, et ils ont tout simplement filmé la scène, qu’on découvre avec les yeux de Dave. Quand il réalise ce qui se passe. Il prend une grande inspiration, et dit 'OK, on shoote', et puis il embraye. Si j'avais essayé de la mettre en scène, je n'aurais pas fait mieux."

Dans la vallée de Gorkha, une histoire édifiante
Le réalisateur et son équipe ont passé près d'un an à tergiverser sur le choix des deux autres intrigues à poursuivre. En collaboration avec des producteurs népalais ils ont dressé une liste de récits potentiels, qu’ils ont progressivement affinée en fonction de divers facteurs, notamment l'accès à des séquences filmées ou à des photographies, essentielles pour nourrir l’histoire.
Initialement, le réalisateur voulait suivre une histoire se déroulant à l'épicentre du tremblement de terre, dans le district de Gorkha, mais faute d’images, il a dû y renoncer. En revanche, il a trouvé de la matière dans la vallée du Langtang, où le village avait été totalement dévasté. La plupart des grands médias avaient alors négligé le drame de randonneurs israéliens, raconte le réalisateur, mais des rumeurs circulaient au sein de la communauté au sujet d’un certain trio d'étrangers et de la façon dont ils avaient failli déclencher un incident international.
Ces trekkeurs israéliens étaient arrivés au village de Langtang - une ville où ils avaient déjà dormi quelques nuits auparavant - pour découvrir qu'un éboulement avait enseveli les bâtiments de la ville et tué la plupart de ses habitants. Je ne dévoilerai pas la suite des événements, mais disons que les trois trekkeurs ont commis une erreur qui les a placés au cœur d’un conflit mettant en jeu le sort des survivants de la ville. "Nous avons retrouvé les principaux personnages de ce qui s'est passé ce jour-là. Tous étaient prêts à nous parler", poursuit Olly Lambert. "Ce groupe de touristes a fait quelque chose qui a été clairement perçu comme une transgression, et ils en ont payé le prix. Cela semble faire écho à de nombreuses tensions qui se jouaient alors sur l'Everest au même moment."

Enfin dans l'épisode situé à Katmandou, on comprend comment les efforts pour sauver les survivants enfouis dans les décombres ont tourné à la course contre la montre, mais aussi à une bataille socio-politique entre les équipes de secours étrangères et les népalaises..
Alors la référence à l'Everest était-elle indispensable, ? A l'issue de mon visionnage, je suis convaincu que cette série fascinante aurait pu se débarrasser de toute référence à l'histoire des alpinistes. Car, en tant que spectateur, j'ai essayé de me mettre à la place de chaque personnage, me demandant comment j'aurais réagi dans une situation aussi extrême. Est-ce que j'aurais fait preuve d'altruisme, ou est-ce que j'aurais cherché à sauver ma peau ? C'est précisément cela qui sous-tend le film, selon Olly Lambert, et pas seulement le récit d’une avalanche dans l'Himalaya. "La série que nous avons réalisée parle bien d'un tremblement de terre", poursuit-il. "Mais en réalité, le coeur de l'histoire ce sont ces gens et la façon dont la catastrophe les a révélés à eux-mêmes et aux yeux du monde".
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