La triste nouvelle du décès d’un des participants à un stage de survie, dans le Morbihan, suite à l’ingestion d’une plante toxique, pose la question de la qualité variable des formations dans ce domaine. L’existence, à l’heure actuelle, d’un vide juridique pour ce qui concerne l’organisation de ce type de stage (hors milieux spécifiques comme la montagne où un diplôme d’état est requis pour l'encadrement) fait que la qualité de ces formations comme la sécurité des participants repose essentiellement sur l’éthique personnelle des formateurs, et celle des dirigeants des organismes qui offrent ce genre de prestations. Explications et commentaires de David Manise. Collaborateur d'Outside France depuis son lancement, ce Québécois fait autorité dans le milieu de la survie, il milite aujourd’hui en faveur d’un meilleur encadrement de la profession.
Depuis quelques années, la multiplication d’émissions de télévision autour de la survie crée une demande croissante pour des stages à sensation, et le marché dérive doucement d’une approche orientée vers la gestion des risques en milieu naturel pour offrir — chez certains — des stages qui proposent de vivre une expérience un peu extrême, dans des biotopes exotiques ou dans un cadre pseudo-militaire.
Or, bien au-delà de l’envie de sensations fortes, la nature reste un milieu complexe, changeant, souvent imprévisible. Et c’est bien de ce constat que part le besoin bien concret de formations sérieuses, qui doivent permettre de s’y aventurer avec plus de sécurité.
Face à une explosion de la demande, des dizaines de particuliers aux backgrounds très divers se lancent dans l’aventure de la survie. Certains, forcément, sont des gens sérieux et compétents. D’autres le sont moins.
Or, construire un cursus de formation destiné au grand public qui réponde aux besoins transversaux de gestion des risques en milieu naturel n’est pas une mince affaire. Transmettre ce cursus de manière efficiente, dans un milieu complexe, en toute saison, avec des conditions de sécurité satisfaisantes n’est pas quelque chose qui s’improvise non plus. Aussi, il me semble important, sans prêcher pour ma paroisse en particulier, d’attirer l’attention des lecteurs d’Outside qui auraient envie de se former sur l’importance de choisir correctement la structure ou l’instructeur avec qui ils choisiront d’aller faire un stage dit “de survie”.
Comment bien choisir son stage ?
Les contenus des programmes, évidemment, sont un premier point à observer attentivement, mais il ne faut pas hésiter à se renseigner plus avant :
- Qui est le formateur impliqué, quelles sont ses qualifications, son expérience ?
- Quelle approche pédagogique est privilégiée ?
- Qu’en disent les gens qui ont déjà fait des stages dans la structure ou avec le formateur en question ?
Il est aussi possible de simplement prendre contact avec le formateur, et de lui poser des questions ouvertes, en le laissant simplement raconter ce qu’il fait, comment et pourquoi.
Je pense que, globalement, les stages de survie basés sur une approche pragmatique et sur une pédagogie éprouvée peuvent avoir un réel intérêt pour les gens qui s’aventurent dans la nature, même pour une simple randonnée. Les principes de prévention qu’on peut y trouver servent non seulement à gérer les risques en autonomie, mais aussi à rendre ce genre d’activité plus confortable. Et la nature, évidemment, ne s’arrête pas à l’entrée des villes : savoir correctement gérer son stress, son hydratation ou sa température corporelle sont des compétences utiles en permanence. Mais le processus d’apprentissage doit être adapté, progressif, et réellement bienveillant.
Bientôt un guide pour les formateurs
Pour réfléchir à la question, nous sommes — moi et les quelques rares acteurs incarnant une éthique compatible avec ce genre de discipline — en train de créer un cercle de réflexion qui se donnera pour but de questionner la pratique de la survie d’un point de vue scientifique, mais aussi éthique et même politique, où nous discuterons de bonne foi de la question suivante : "comment enseigner la survie de manière efficiente (pédagogie), sûre (méthodologie, gestion des risques, encadrement, organisation) et pertinente (analyse des besoins réels des gens qui vont dans la nature sauvage, à l’étranger, etc.).
De ce cercle, je l’espère, sortiront des “guidelines” que nous pourrons publier gratuitement à l’intention de tous ceux qui souhaitent organiser des stages, afin qu’ils puissent profiter de notre expérience et de nos recherches, et de facto d’une base de réflexion saine qui les aidera à structurer et organiser leurs stages.
Affaire à suivre !
D’ici là, prenez soin de vous.
Cette rubrique est réalisée en collaboration avec David Manise, instructeur de survie et de self-protection depuis 2003. Fondateur du forum vie sauvage et survie, il est également à l’origine du CEETS, Centre d’Etude et d’Enseignement des Techniques de Survie.
Pour suivre ses activités, rdv sur sa nouvelle pages Facebook.
Formateur, il est aussi conférencier, traducteur et auteur de plusieurs ouvrages, notamment : La vie est injuste, et à la fin tu crèves. « Un petit essai énervé sur la différence entre la théorie et la pratique » et Manuel de [sur]vie en milieu naturel, chez Amphora, en juin 2016.
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