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Yann Quenet Quebec
  • Aventure

À la Jack London, au fond des bois, l’escale hivernale autour du monde de Yann Quenet et de son petit Baluchon

  • 30 janvier 2026
  • 8 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

« Baluchon », son petit voilier de 4 m de long sur 1,60 m de large, avec lequel il a fait une « promenade » de trois ans sur les océans, est stoppé dans l’Abitibi, au nord du Québec, sous deux mètres de neige, à la grande joie de Yann Quenet. Après un premier tour du monde, Le Breton autodidacte rêvait cette fois d'une aventure maritime et terrestre. Installé, seul au fond des bois, dans une cabane où la température oscille entre –30 °C et –3 °C, il vit enfin son rêve de gosse, nous raconte-t-il, encore émerveillé par un quotidien au rythme lent, ponctué de randonnées sur les traces des animaux sauvages, de lectures et de dessins, quasi méditatif. Une parenthèse hivernale avant de traverser le Canada et de rejoindre le Pacifique et de rentrer à Saint-Brieuc… dans trois ou quatre ans peut-être, nous raconte-t-il.

Sur sa table : des boîtes de sardines, quelques sachets de nouilles chinoises, et un tube de sauce tomate… Yann Quenet n’a pas peur de la monotonie. Au Québec, où il vit actuellement, comme en mer à bord de Baluchon, son minuscule voilier bricolé avec des matériaux de récupération, avec lequel il a bouclé un tour du monde en 2022, son menu varie peu. Du nourrissant pas cher, du facile à stocker, pas compliqué à préparer, ça lui suffit. Seul le pot de beurre de cacahuètes – « incontournable au Canada », dit-il – fait comprendre qu’il a posé son sac à terre avant de reprendre le large. Mais ça, ce n’est pas pour tout de suite, nous explique-t-il, bien calé dans son fauteuil à bascule, les pieds tout près de son poêle à bois, car il a beau avoir bien calfeutré la porte de sa petite cabane, la température n’y excède jamais les –5 °C. Pas de quoi l’inquiéter, il est bien couvert et accumule les couches de vêtements. En revanche, il garde un œil sur la batterie de son téléphone : « avec le froid, elle file vite », mais ça devrait tenir pour l’interview », nous dit-il.

En avril 2024, tu préparais ta deuxième virée autour de la planète, avec en vue le rêve d'une cabane au fond des bois, « un truc à la Jack London », disais-tu. Tu t’imaginais au Canada « avec un bonnet en castor à marcher dans la neige et à couper du bois ». Près de deux ans plus tard, ton rêve semble bien réel, non ?

Eh bien là, je suis en plein cœur du Québec, en Abitibi, une région au nord du Québec, il y fait très très froid. Je suis presque sur le bord de la rivière Arikana, un nom qui fleure bon l'aventure. Je suis parti en juin 2024, ça va faire bientôt un an et demi. Je suis arrivé en traversant l'Atlantique. Comme Baluchon est tout petit et que je n'ai pas de moteur, j'ai été obligé de descendre jusqu'aux Caraïbes, puis au printemps 2025, j'ai remonté jusqu’à l'Atlantique Nord, où il y a toujours de gros risques de très mauvais temps. Je me suis pris quelques tempêtes. Et puis en arrivant à Saint-Pierre-et-Miquelon, Terre-Neuve, j'ai entamé la remontée du fleuve Saint-Laurent à la voile, toujours sans moteur. J'ai mis tout l'été, parce que c'est assez difficile : le courant et le vent sont contre nous. C'est un petit défi. Surtout pour un petit bateau. Et puis je suis arrivé à Québec. Là, on m'a donné une vieille voiture et j’ai rafistolé une vieille remorque. J'ai mis mon bateau dessus et j'ai continué comme ça jusqu'en Abitibi, un endroit où j'ai trouvé une petite cabane pour passer l'hiver.

Tu voyages léger, avec un micro-budget [le fruit de son travail dans les ports complété par quelques dons sur son site], comment fais-tu pour trouver une vieille voiture, une remorque ?

Honnêtement, je suis un petit peu connu maintenant, et puis les gens, ça les interpelle. Grâce à mon petit bateau, je rencontre plein de monde, on doit le trouver sympathique, c'est extraordinaire comme vecteur de communication. Je me laisse porter, les gens viennent à moi. Et puis en discutant, ça crée des liens sans vraiment chercher, ça m'étonne à chaque fois. C'est une aventure qui doit créer quelque chose chez les gens. Et puis ça leur fait plaisir de m'aider en retour. Il y a une sorte d'échange qui se crée comme ça. J'ai vraiment l'impression que tout se passe un petit peu comme dans un rêve. Je n'ai même pas besoin de forcer. Le petit bateau m'envoie comme ça sur le chemin de l'aventure sans que je m'en rende compte.

Yann Quenet Quebec
(Yann Quenet)

Ta cabane t’est arrivée de la même façon ?

Oui, c'est ça, par un ami, rencontré en remontant le fleuve, avec qui j’ai sympathisé. Il avait un ami ici, en Abitibi, qui, peut-être, pouvait me loger. Mais j'avais une bonne dizaine de propositions de cabanes dans des endroits un peu reculés. J’ai choisi l'Abitibi parce que c'est quand même un pays merveilleux. Ça correspondait totalement avec mon projet de rêve, à la Jack London.

Je suis dans une petite cabane. Autour, il y a des ours, mais en ce moment, ils hibernent, donc je ne peux pas me faire attaquer dans les bois. La seule chose que je risque, c'est que je me fasse geler le kiki en faisant pipi contre un arbre. Donc ça, j'évite. Parce qu'il fait quand même –40 °C en ce moment. C'est une sorte de voyage intérieur. Plutôt un voyage immobile. Je rêvasse. Je bois du thé. Je suis devant le poêle à regarder le feu. Et puis je me balade en raquettes plein de fois dans la journée. Ce n'est pas une aventure extraordinaire et ce n'est même pas vraiment une aventure, parce que je ne suis pas en danger, mais c'est un petit temps de méditation qui fait du bien. Et puis je suis content de voir la neige, d'apercevoir des petits animaux dans la forêt. Il y a aussi des orignaux, une sorte de grand élan, vraiment très impressionnant. Mais je n'en ai pas encore vus, seulement des traces, parce qu'il faut avoir l'âme d'un trappeur pour les croiser. Moi, je dois marcher en faisant du bruit. Mais je vois beaucoup de perdrix, des lièvres, des renards, et des lagopèdes, oiseaux qui vivent normalement dans la baie de James, un petit peu plus au nord.

Je ne sais pas comment je m'y prends, mais les journées passent à toute vitesse. Le matin, je me lève. Je sors de mon sac de couchage à –30 degrés. Je mets une bûche dans le feu. Je me fais du thé. Je rêvasse pendant des heures en regardant la forêt autour de moi. La neige. Après, j'essaie d'écrire un petit peu. De dessiner, j’ai laissé tomber l’aquarelle pour le moment, l’eau gèle. Après, je pars en balade avec mes raquettes dans la neige. Je fais toujours un petit peu le même parcours dans la forêt. Je reviens vers midi. Je me fais un petit repas. Et puis après, je ne sais pas trop comment ça se fait, mais la journée passe vite. On arrive tout de suite au soir et je ne m'en suis même pas rendu compte. Dans la forêt, il y a quelqu'un qui passe avec une motoneige régulièrement, il vient me saluer. Et puis oui, j'ai des gens qui n'habitent pas très loin. Donc ce n'est vraiment pas risqué pour moi.

Yann Quenet QuebecYann Quenet QuebecYann Quenet Quebec

C'est exactement ce que tu imaginais ?

Oui, mais j'imaginais que ce serait vraiment beaucoup plus dur. Parce que je ne connaissais pas le froid extrême. Des –30°C, –40°C. Je n'avais jamais connu ça. Je me suis dit que ça allait être très, très dur. Mais je suis très, très bien couvert. On m'a filé plein de vêtements. J’en ai acheté plein aussi… Des chaussettes, des gants, des bonnets. Et finalement, je ne souffre pas du tout du froid. Il faut juste être vigilant. Finalement, une fois bien couvert et bien habitué, le froid extrême, c'est très supportable.

Je suis arrivé juste avant les premières neiges, au tout début novembre. Mais le temps passe vite. On est déjà fin janvier. Le but maintenant, c'est d'attendre le mois d'avril, quand la neige va commencer à fondre. Quand les températures vont remonter. J’essaierai de redémarrer ma voiture. Parce qu'avec l'hiver, elle a dû souffrir un peu. Et puis, au printemps, je vais reprendre la route, traverser le Canada, toutes les grandes plaines jusqu'aux Montagnes Rocheuses, et rejoindre la Colombie-Britannique pour remettre à l'eau Baluchon et continuer mon voyage sur le Pacifique.

Quels points communs entre les longues semaines, parfois les mois, passés seul sur ton petit bateau, et cet espace-temps que tu traverses maintenant dans ta cabane ?

En pleine mer, sur mon bateau, il y a plus de danger. Je peux me faire aborder par un cargo. Il y a des tempêtes. Le matériel peut casser. Je suis plus dans l'aventure. Ici, je suis plus en sécurité. Je suis un petit peu dans un petit cocon. Et l’ennui, non, ça, je ne connais pas. Il faut être un peu contemplatif, j’imagine. Je passe aussi pas mal d'heures à ne rien faire du tout. Peut-être que c'est la définition de l'ennui. C'est assez plaisant pour moi. Je ne sais pas trop comment expliquer. Et non, je ne souffre pas du tout de la solitude. Ça doit dépendre évidemment de la personnalité de chacun, mais pour moi, c'est assez jubilatoire de faire ça. Je trouve une sorte d'équilibre dans la solitude, dans le froid et dans la neige.

Je lis, j'ai une petite liseuse et des bouquins. On m’en apporte aussi pas mal. En ce moment, je suis dans les livres sur les Autochtones. Parce que j'ai passé une bonne semaine chez un ami qui est autochtone – on dit autochtone ici plutôt qu'Indien – à vivre comme les Indiens il y a une certaine époque. Quelqu'un de très respecté dans sa tribu et dans sa communauté, rencontré par son épouse d'origine française. Elle m'a contacté par les réseaux sociaux, m'a invité à partager un repas, et puis après, on est partis dans un camp de chasse en Jamésie, tout au nord, relever les traces des animaux. Les Autochtones ont une façon un peu différente d'aborder les problèmes et leur environnement. Ils ont un lien spirituel qui est assez étonnant pour un Européen, un autre rapport au monde. C'est une expérience complètement incroyable pour moi. J'ai l'impression d'être un enfant de 8 ans et de vivre un rêve, le rêve que je joue à l'Indien. Ça fait un peu cul-cul de dire ça, mais je suis un peu émerveillé de la vie que je mène en ce moment.

Et puis je vais peut-être aller pêcher sur un lac gelé, avec un gars d'ici. Les gens y ont des petites cabanes, on fait un trou dans la glace et puis on pêche. Ça va être assez intéressant? J'ai plein d'expériences en côtoyant les gens autour de moi.

Comment vois-tu la suite de ton aventure ?

En ce moment, mon bateau est sous presque 2 mètres de neige. Donc il faut attendre qu'il se libère, en mai-juin, et espérer que ma vieille voiture redémarre. Et puis surtout, quand je vais arriver sur la côte pacifique, il faut que j’aie des fenêtres météo pour décoller des côtes du Canada vers la Polynésie ou le Mexique, je ne sais pas encore. Je suis un petit peu tributaire des vents et des courants dominants. L’idée, c'est d'attraper les alizés puis de faire plein ouest, ce n'est pas forcément évident. Ce sera ma deuxième traversée du Pacifique avec le projet d'arriver en fin d'année en Australie pour y vivre, là aussi, une aventure terrestre. Ça va dépendre des rencontres et de plein de choses… Et puis après, il y aura l'océan Indien, l'Afrique du Sud. Et je remonterai tranquillement dans 3-4 ans à la maison.

Yann Quenet Quebec
(Yann Quenet)

Comment finances-tu ton périple ?

J'ai un petit pécule qui me permet de maintenir à peu près la caisse, entre les réseaux sociaux et la page de collecte où on peut donner 5 € si on veut. Si je ne fais pas trop de dépenses inopinées, ça peut me permettre de tenir un petit peu de temps. Mais quand j'arriverai en Polynésie, je serai probablement obligé de m'arrêter pour travailler, sur des chantiers, au port, on verra ce qu'il y aura. On va pas faire le difficile.

Dans les vidéos que tu postes sur tes réseaux, tu expliques que tu dessines mais que tu écris aussi. Est-ce dans la perspective d'un deuxième récit ?

Peut-être qu'il y aura un livre. Ça va dépendre de mon éditeur. Je vais lui envoyer mes notes au printemps, il verra s'il peut publier quelque chose. Mais je ne fais pas ça dans ce but. Je raconte l'histoire de mon voyage, mes rencontres, mes impressions et ma façon d'aborder les problèmes. C'est sans prétention, et ça reste du récit de voyage. Tout ce que j’espère, là, c’est que ça continue comme ça. Parce que le matin, quand je me réveille, je me pince presque à chaque fois, en me disant : mais ce n'est pas possible d'être dans un endroit pareil ! Il y a un petit peu d'émerveillement, je suis content de mon sort chaque matin. Et ça, c'est le principal. Et oui, on parle des tumultes autour de nous, mais à vrai dire, je suis en dehors du coup, parce que là, je profite du moment présent. Et comme j'ai des projets pour la suite du voyage, je m'en nourris, ça m'évite peut-être toutes les angoisses qu'il y a autour de nous. Je ne sais pas trop si c'est bien de faire ça, mais voilà, je suis un peu dans mon petit univers. »

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