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À Biarritz, limiter la surfréquentation avec une plateforme de réservation pour les écoles de surf : bonne idée ?

  • 5 novembre 2026
  • 7 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

Alors que les spots biarrots font face à une fréquentation toujours plus importante, la municipalité entend revoir en profondeur l'organisation de l'enseignement du surf. À l'approche de l'échéance, le 15 novembre, des délégations de service public (DSP) qui autorisent actuellement vingt écoles à enseigner sur les plages de Biarritz, la Ville envisage de leur substituer un système d'inscription sur une plateforme numérique, baptisée Biarritz Surf Planning, qui ouvrirait notamment l'accès à l'enseignement aux moniteurs indépendants. Si cette nouvelle organisation n'a toutefois pas encore livré toutes ses modalités, elle suscite déjà des fortes contestations de la part des professionnels du surf et des élus de l’opposition. 

Si les surfeurs expérimentés reprochent aux débutants de leur griller la priorité et de multiplier les erreurs de placement, jugées parfois dangereuses, les moniteurs doivent, eux, composer avec un espace de pratique toujours plus contraint, tout en gérant des « kooks » peu conscients, ou du moins dans l’incapacité, de respecter les règles de sécurité. Les tensions, on le sait, ne datent pas d’hier. À cela s’ajoutent les pratiquants libres et les baigneurs, qui tentent tant bien que mal de trouver leur place dans cette soupe surfréquentée. Une cohabitation mise à mal par l'essor du surf et l'affluence touristique sur la côte basque ces dernières années.

« Jusqu'à présent, on comptait sur deux choses pour partager cet espace : le bon sens et le respect », a rappelé Nathalie Destandau, adjointe au maire de Biarritz, déléguée aux sports et aux projets sportifs structurants, lors du conseil municipal du 2 novembre, où elle a présenté le rapport d'activité des délégations de service public (DSP) pour l'enseignement du surf. Deux principes qui ne suffisent plus, selon elle, à prévenir les incidents et les incivilités. La municipalité entend ainsi retrouver l’équilibre en repensant l'organisation de l’activité sur le plan d’eau.

Six axes pour reprendre la main sur le plan d'eau

Le plan communal de prévention et de partage du plan d'eau que la municipalité souhaite déployer à partir de 2027, s'articule autour de six axes, élaborés à la suite de plusieurs temps de concertation avec les acteurs du littoral. Trois tables rondes ont notamment été organisées en juin 2026, réunissant pratiquants libres, membres des clubs, moniteurs, dirigeants d'écoles, sauveteurs, agents municipaux et élus. Une consultation en ligne, menée auprès des professionnels du 15 juin au 15 août, devait également contribuer au bilan du dispositif actuel. Si le constat d'une fréquentation importante du plan d'eau est largement partagé, les solutions envisagées ne font pourtant pas l'unanimité.

Le plan prévoit notamment l'élaboration d'une charte du surf, fondée sur le principe « un niveau, une zone », afin d'adapter les espaces de pratique aux capacités de chacun. Il entend également renforcer le rôle des clubs comme relais d'information et de sensibilisation, responsabiliser les loueurs de matériel sur les questions de sécurité et harmoniser les consignes diffusées aux différents publics. La municipalité envisage par ailleurs la création d'une brigade des plages, composée de policiers municipaux ayant un profil de sauveteurs, chargés de prévenir les comportements à risque et, si nécessaire, de sanctionner les infractions. Mais c'est le quatrième axe qui concentre l'essentiel des débats : la réorganisation de l'enseignement commercial. Comment ouvrir l'accès à l'enseignement sans aggraver la fréquentation du plan d'eau ?

Un marché de plus de deux millions d'euros

À Biarritz, l'enseignement commercial du surf est encadré depuis une quinzaine d'années par un système de délégations de service public (DSP). Le dispositif permet à la municipalité de sélectionner sur dossier les écoles autorisées à enseigner sur ses plages, en contrepartie d'une redevance correspondant à 8 % de leur chiffre d'affaires. Dix établissements avaient été retenus au départ. Ils étaient 18 en 2016, puis 20 pour la dernière période contractuelle, qui court du 1er avril 2022 au 15 novembre 2026. Ces écoles se répartissent aujourd'hui entre Miramar (une école), la Grande Plage (quatre), la Côte des Basques (neuf), Marbella (quatre) et la Milady (une). À cela s'ajoute une école itinérante, présente de septembre à juin.

Le rapport d'activité présenté au conseil municipal fait état d'un chiffre d'affaires cumulé de 2 046 336,63 euros hors taxes en 2025, en hausse de 2,2 % par rapport à 2024. Sur huit mois d'activité, les vingt structures auraient accueilli près de 40 000 personnes, avec une fréquentation particulièrement importante en juillet et en août. La Ville a, de son côté, perçu 130 356,29 euros de redevances sur l'année.

Derrière ces deux millions d'euros se cachent toutefois des réalités économiques très contrastées. Selon le rapport, les recettes des écoles vont de 8 800 à près de 335 000 euros. Dix d'entre elles réalisent moins de 80 000 euros de chiffre d'affaires, six restent sous la barre des 50 000 euros, tandis que trois établissements concentrent à eux seuls environ 40 % de l'activité. Une disparité qui ne tient pas seulement aux capacités d'accueil, mais aussi aux modèles économiques et aux stratégies propres à chaque structure, a souligné Nathalie Destandau. Alors que les DSP arrivent à échéance le 15 novembre, la Ville ne souhaite pas reconduire à l'identique un dispositif qui, s'il permet d'encadrer l'activité, réserve aussi l'accès à l'enseignement commercial aux seules structures sélectionnées.

De la sélection des écoles à un « Doctolib du surf » ?

Jusqu'ici, seules les vingt écoles sélectionnées dans le cadre des délégations de service public (DSP) pouvaient exercer leur activité commerciale sur les plages dans les conditions fixées par leurs conventions. En parallèle, des écoles dites « sauvages », non titulaires d'une délégation, continuaient d'enseigner sans être soumises aux mêmes obligations. Une situation qui, selon les professionnels installés, entretient une concurrence déloyale. La Ville souhaite désormais permettre à davantage d'acteurs, notamment aux moniteurs indépendants, d'accéder au plan d'eau.

Cette évolution intervient dans un contexte juridique qui a fragilisé les dispositifs de sélection mis en place par certaines communes. En mai 2023, la cour administrative d'appel de Bordeaux a confirmé l'annulation du système instauré à Lacanau pour encadrer l'accès des écoles de surf aux plages. Les juges ont notamment estimé que les pouvoirs de police du maire ne suffisaient pas, à eux seuls, à justifier un régime d'autorisation préalable. À Capbreton, des mesures comparables ont été suspendues en référé en juillet 2023, avant d'être annulées par le tribunal administratif de Pau en juin 2024. Ces décisions ont ainsi remis en question la possibilité, pour les communes, de réserver l'enseignement commercial du surf à un nombre limité d'établissements sélectionnés. Un cadre juridique avec lequel Biarritz doit désormais composer.

La piste privilégiée par la municipalité serait ainsi celle d'une plateforme numérique, présentée aux professionnels le 21 octobre. Cette solution n'a toutefois pas été détaillée par Nathalie Destandau lors du conseil municipal du 2 novembre. Dans son principe, l'outil permettrait aux professionnels répondant aux conditions fixées par la Ville de réserver des créneaux d'enseignement sur les plages. Une sorte de « Doctolib du surf », selon l'expression employée par Guillaume Barucq.

D'après les informations rapportées par Sud Ouest et les modalités évoquées lors de la présentation aux écoles, le dispositif pourrait notamment fixer un plafond de 150 élèves présents simultanément sur les zones concernées, limiter les groupes à six élèves par moniteur et encadrer les horaires d'enseignement dans une fenêtre allant de deux heures trente avant à deux heures trente après la marée basse. Ces paramètres restent cependant à confirmer, la municipalité n'a pas encore rendu publiques les modalités définitives de fonctionnement de la plateforme.

Les écoles craignent de payer le prix de la régulation

Pour le conseiller municipal Nicolas Sourice-Mainfroid (Ensemble, vivons Biarritz), le projet fait peser l'essentiel de l'effort de régulation sur les écoles déjà installées. La réduction du nombre d'élèves par moniteur, la limitation des horaires de cours ou d'éventuelles restrictions le dimanche en pleine saison touristique pourraient, selon lui, fragiliser leur modèle économique. Il pointe également le risque d'une réglementation trop rigide dans une activité étroitement dépendante des marées, de la houle et de l'évolution des bancs de sable. « Les moniteurs doivent pouvoir adapter leurs horaires à ces réalités, d'abord pour garantir la sécurité de leurs élèves », défend-il. Une règle trop contraignante pourrait, à ses yeux, produire l'effet inverse de celui recherché.

Autre inquiétude avancé par la conseillère Ana Ezcurra (Biarritz Berri – Nouvelles Vagues) : la mise en place d'un système de réservation fondé sur le principe du« premier arrivé, premier servi ». La rapidité d'inscription ne garantit ni la qualité de l'enseignement, ni l'expérience du moniteur, ni son sérieux en matière de sécurité, avance-t-elle. Les petites structures indépendantes pourraient également être désavantagées face aux écoles disposant de davantage de moyens humains pour gérer les réservations. L'élue s'interroge par ailleurs sur la capacité du dispositif à contrôler les écoles non déclarées, qui pourraient tout simplement ne pas s'inscrire sur la plateforme.

Au-delà de son fonctionnement, c'est aussi la transition entre les deux systèmes qui inquiète les professionnels. Ana Ezcurra dénonce une concertation insuffisante au regard de l'ampleur du changement et demande davantage de temps pour en définir les modalités. Elle pose notamment la question du devenir des structures actuellement délégataires après l'échéance du 15 novembre : que deviendront leurs installations sur les plages ? Les tentes et les équipements devront-ils être démontés dès le 17 novembre ? Nicolas Sourice-Mainfroid et d'autres élus de l'opposition ont ainsi demandé une prolongation d'un an des conventions actuelles, afin de se donner le temps de construire un dispositif qu'ils jugent plus concerté et économiquement viable. Le coût de la plateforme est également entré dans le débat : près de 40 000 euros auraient été estimés pour le matériel, le développement du site et la logistique. Un investissement dont les opposants interrogent l'efficacité au regard des résultats attendus.

La sécurité, argument central de la réforme

Pour justifier la réorganisation de l'enseignement du surf, la municipalité met en avant la fréquentation croissante des plages et les risques liés à la saturation des spots. Dans leur bilan, les professionnels ont également signalé plusieurs difficultés : qualité de l'eau (en 2025, dix-sept fermetures préventives ont ainsi été enregistrées sur cinq plages, soit une moyenne de 3,3 fermetures par plage), conflits d'usage et présence d'écoles non délégataires, qualifiées de structures « sauvages ».

La question de la sécurité occupe pourtant la principale place dans le rapport présenté par Nathalie Destandau. Selon les données communiquées, 302 interventions des secours liées à des accidents ont été recensées, dont 57 dans le cadre de cours dispensés par les écoles de surf. La municipalité fait par ailleurs état d'une hausse de 5 % des accidents de surf sur la Côte basque, en s'appuyant sur des données du SNOSAN et du SAMU 64. Une lecture que conteste Ana Ezcurra. L'élue d'opposition juge la présentation de la situation excessivement alarmiste et estime qu'elle tend à faire peser sur les écoles de surf une responsabilité qui ne peut être déduite des seuls chiffres avancés. Un accident survenu pendant un cours n'est pas nécessairement imputable à l'école ou à son encadrement, rappelle-t-elle. Elle cite notamment des données publiques portant sur 2021-2022, selon lesquelles les accidents ayant entraîné une hospitalisation dans le cadre de cours de surf ne représenteraient que 0,05 % des cas étudiés. L'opposition souligne également que les pratiquants libres constituent une part importante des personnes accidentées. Des chiffres relayés dans la presse pour la saison 2025 font ainsi état de 67 accidents de surf parmi les 302 interventions recensées, avec une majorité de pratiquants libres parmi les personnes blessées. Des données qui ne suffisent toutefois pas, à elles seules, à comparer le niveau de risque entre les différents publics, faute de connaître leur fréquentation respective des spots. Au-delà du débat sur les chiffres, « modifier l'organisation commerciale de l'enseignement ne garantit pas, à lui seul, une amélioration de la sécurité », résume Christophe Bouquin, surfeur local, dans le groupe Facebook des Citoyens de Biarritz.

Les modalités de cette nouvelle organisation restent toutefois à préciser. Présentée comme une réponse à la saturation des spots, la réforme et la plateforme mise en avant par la municipalité devront encore faire ses preuves. Reste à savoir si elle permettra réellement de désengorger les plages biarrotes sans fragiliser les écoles qui y enseignent.

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