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Péma Franchi
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À 13 ans, la traileuse Péma Franchi rivalise déjà avec les adultes

  • 29 septembre 2026
  • 6 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Quatre victoires en Suisse en moins d’un mois, une place parmi les trente meilleures femmes de la Golden Trail World Series la saison dernière : Péma Franchi a déjà les résultats pour rivaliser avec les adultes. Mais pas toujours l’âge requis pour prendre le départ de certaines courses.

En septembre 2025, Péma Franchi prenait la deuxième place du Dragon’s Back Ascent, l’épreuve de montée du Mammoth Trail Fest, en Californie. Le parcours compte 4,8 kilomètres et 730 mètres de dénivelé positif jusqu’au sommet de Mammoth Mountain, à plus de 3 300 mètres d’altitude. Ce matin-là, les concurrentes affrontaient de fortes rafales, une pluie glacée et une température de quelques degrés. L’Équatorienne avait 12 ans. Une chute lui avait laissé le genou en sang, mais elle avait poursuivi sa course et terminé devant des traileuses bien plus expérimentées.

Péma Franchi est restée en tête jusque dans la dernière partie de l’ascension, avant d’être dépassée par l’Américaine Sarah Kushner. « Elle était encore devant moi à un peu plus d’un kilomètre de l’arrivée, raconte Kushner à Trail Runner. J’ai tenté de la dépasser, mais nous sommes restées au coude-à-coude. Elle ne cédait rien et continuait à me mettre la pression. J’ai finalement réussi à passer, de justesse. Elle est impressionnante. Elle a énormément de talent. Elle ira loin. »

Depuis deux ans, Péma Franchi se fait remarquer sur le circuit international. Elle n’avait que 11 ans lorsque ses résultats ont commencé à attirer l’attention. Son talent et son goût de la compétition lui permettent aujourd’hui de rivaliser, sur des épreuves exigeantes, avec des coureuses deux ou trois fois plus âgées qu’elle. Deux jours après sa deuxième place au Dragon’s Back Ascent, elle terminait ainsi cinquième du Trailfest 26K chez les femmes, à douze minutes de la gagnante, l’Américaine Caroline Alcorta, 29 ans.

Entre août et septembre 2026, elle a remporté quatre épreuves de trail en Suisse : la Vouvry–Taney (8,4 km et 1 100 m de dénivelé positif), la Wildstrubel by UTMB (10 km et 520 m), l’Ovronnaz–Rambert (8,4 km et 1 340 m) et les KM de Chando (4 km et 1 000 m). « L’ambiance de ce sport est unique. Je suis constamment en montagne, entourée de sommets et de forêts. Quand je cours, je me sens proche de la nature, libre, et je cherche sans cesse à me dépasser, explique-t-elle. Le fait d’être considérée comme très jeune pour ce sport, tout en obtenant déjà de bons résultats, me motive encore plus. Les courses sont difficiles, mais elles sont ouvertes à tous. Ce défi m’amuse et j’y prends beaucoup de plaisir. »

De la nage en eau libre aux sentiers des Andes

Née en Équateur de parents d’origines franco-suisse et brésilienne, Péma Franchi a d’abord pratiqué la nage en eau libre. Sa famille avait auparavant vécu en France, où est né son frère aîné Noam, puis en Inde. Ses parents ont finalement choisi de s’installer en Équateur, à la recherche d’un mode de vie plus proche de la nature. Ils ont acheté une petite ferme près de Cuenca, au cœur des Andes, à environ 2 550 mètres d’altitude.

La nage en eau libre a rapidement pris une place importante dans la vie de Noam et de Péma. À 18 ans, Noam avait remporté le classement général du circuit national français de la discipline. Péma, elle, avait commencé à nager à 3 ans et participait déjà à des compétitions en eau libre à 6 ans. Fin 2023, tous deux découvrent le trail. Lors d’une course organisée dans les montagnes près de chez eux, à Cuenca, Péma, alors âgée de 10 ans, remporte le 5 kilomètres féminin, tandis que Noam, 19 ans, s’impose sur le 10 kilomètres masculin. Peu après, il abandonne la nage en eau libre pour se consacrer au trail. « Je pense que j’avais atteint mes limites en natation, alors qu’en trail, je ne fais que commencer », explique-t-il. Leur père, Gilberto, qui les a entraînés dans les deux disciplines, estime que ces années de nage en eau libre ont facilité leur passage à la course à pied. « Ils ont développé leurs capacités aérobies très jeunes. Péma s’entraînait souvent parce qu’elle regardait son frère s’entraîner et voulait faire comme lui. »

Gilberto assure avoir toujours veillé à augmenter progressivement leurs charges d’entraînement, d’abord en nage en eau libre, puis en trail, sans les pousser au-delà de leurs limites. « Nous ne voulons pas en faire trop, explique-t-il. Nous ne voulons pas qu’ils se blessent ni qu’ils finissent par perdre le plaisir qu’ils y prennent. »

Soutenue par des marques, sans contrat professionnel

Péma Franchi bénéficie, comme son frère Noam, d’un soutien en matériel et pour ses déplacements de la part de Norda, marque canadienne de chaussures de trail, et de Petzl. Les fondateurs de Norda, Nick Martire et Willa Leus-Martire, se sont intéressés à eux en 2024, après avoir appris que Péma courait déjà avec des chaussures de la marque. Leurs liens avec la famille Franchi se sont depuis renforcés. Norda a toutefois choisi de ne pas proposer de contrat professionnel à Péma en raison de son âge. « Nous avons deux filles de 13 et 17 ans, elles aussi sportives. Imaginer qu’elles fassent ce que Péma fait aujourd’hui me laisse sans voix, explique Willa Leus-Martire. Nous avons beaucoup parlé avec ses parents de la nécessité de préserver le plaisir qu’elle prend à courir. Elle reste une enfant. Tant de choses peuvent changer entre 12 et 18 ans que, pour l’instant, nous voulons surtout lui fournir des chaussures si elle en a envie et en a besoin, et l’aider à conserver ce plaisir. C’est tout. »

Des dérogations pour courir avec les adultes

Les résultats de Péma Franchi lui permettent déjà de rivaliser avec des coureuses bien plus âgées et expérimentées. Ils ne lui donnent pourtant pas accès à toutes les lignes de départ. De nombreuses épreuves de trail fixent un âge minimum, compris selon les courses entre 16 et 20 ans. Certains organisateurs lui ont accordé une dérogation ; d’autres ont préféré appliquer leur règlement.

En 2024, les organisateurs du Tamalpa Headlands 27K, près de San Francisco, lui ont refusé l’inscription. La même année, ceux du Mammoth Ascent ont accepté de déroger à leur limite d’âge, fixée à 15 ans. Péma n’en avait que 11 et a terminé troisième. La Broken Arrow Skyrace lui a, elle aussi, accordé une dérogation en 2025, puis de nouveau en 2026. « Nous examinons chaque situation au cas par cas, mais nous savons qu’elle est capable de courir avec les adultes et d’être compétitive, explique Brendan Madigan, cofondateur de la Broken Arrow Skyrace. Si nous voulons accompagner la relève de notre sport, il faut parfois faire des exceptions pour des athlètes aussi atypiques, capables de rivaliser avec des adultes à un âge si précoce. »

En 2025, Péma avait marqué suffisamment de points sur la Golden Trail World Series, l’un des principaux circuits internationaux de trail, pour terminer parmi les 30 meilleures femmes au classement général. Comme son frère Noam, lui aussi dans le top 30 masculin, elle pouvait prétendre à une place en finale, les 11 et 12 octobre à Ledro, en Italie. L’organisation était prête à l’accueillir, mais la Fédération italienne d’athlétisme imposait un âge minimum de 20 ans. Greg Vollet, directeur du circuit, a demandé une dérogation. Elle lui a été refusée. « Je me suis d’abord demandé s’il était bon pour elle de courir de telles distances à son âge, et même s’il fallait la laisser participer, raconte Vollet. Mais je crois aussi qu’il vaut mieux vivre ses rêves que nourrir des regrets. Je la connais maintenant depuis plus de deux ans et j’ai toute confiance dans sa capacité à courir sur la Golden Trail World Series, même si je continue de lui conseiller de privilégier les distances courtes. J’ai aussi recommandé à ses parents de rester attentifs : ne pas la pousser, préserver son plaisir de courir et tenir compte des changements que son corps connaîtra pendant l’adolescence. »

La Fédération italienne a finalement autorisé Péma à courir le prologue de la finale hors compétition, en qualité d’ouvreuse. Disputé contre la montre, ce parcours de 6,9 kilomètres présentait 556 mètres de dénivelé positif et autant en descente. Elle l’a bouclé en moins de 46 minutes, un temps qui l’aurait placée 21e sur 47 concurrentes si elle avait figuré au classement officiel. Le lendemain, elle a également parcouru les 21 kilomètres de la finale hors classement. Ses 2 h 43 min lui auraient valu la 17e place sur 72 coureuses, à seulement 21 minutes de la gagnante, l’Américaine Lauren Gregory.

« C’est une prodige, sans aucun doute », estime Katie Asmuth, traileuse professionnelle et mère de deux enfants. Installée à Mammoth Lakes, elle a vu Péma courir à plusieurs reprises. « Elle est déterminée et très investie. J’ai le sentiment que ce n’est que le début pour elle. Mais en tant que mère, je sais aussi que les changements qu’elle traversera à l’adolescence peuvent représenter un défi. » Péma, elle, veut continuer à progresser sans perdre le plaisir de courir. « J’ai envie de m’améliorer pour pouvoir un jour me mesurer aux meilleures au monde. »

Photo d'en-tête : Golden Trail World Series
Thèmes :
Trail Running

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