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James Moris Everest
  • Société
  • Culture

70 ans de la conquête de l’Everest : James Morris, reporter sur le toit du monde

  • 24 mai 2023
  • 5 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

Journaliste officiel de l’expédition britannique, James Morris, correspondant pour le Times en Himalaya, a transmis la nouvelle de l’ascension de l’Everest à Londres, faisant coïncider à coup de messages codés, l’exploit d’Hillary et de Tenzing avec le couronnement d’Elizabeth II. Près de 70 ans après, retour sur une organisation média millimétrée. Volet 4 de notre série Everest 1953.

2 juin 1953, jour du couronnement à Londres de la reine Elizabeth II. Le Times publie la dépêche, envoyée depuis l’Himalaya, annonçant la conquête du « troisième pôle » par l’expédition britannique. La nouvelle fait l’effet d’une bombe. 

À 4500 kilomètres de là, sur les pentes de l'Everest, à 5400 mètres d'altitude, cinq hommes allongés dans leur tente écoutent, fatigués mais captivés, la couverture radio du couronnement. Quatre jours plus tôt, l'un d'entre eux, le Néo-Zélandais Edmund Hillary, s'est dressé sur le toit du monde, à 8848 mètres d'altitude, aux côtés du Sherpa Tenzing Norgay. Le résultat d’une longue préparation ayant nécessité plus de 7 tonnes de matériel, 350 porteurs, 20 Sherpas et 10 alpinistes chevronnés partis à l'assaut de la montagne.

Ces deux événements historiques majeurs seront à jamais inextricablement liés, grâce à l’ingéniosité d’un journaliste, James Morris, correspondant officiel de l'expédition britannique.

« Tout le monde attendait d'apprendre que l'Empire était au sommet du monde »

Officiellement engagé par l'équipe de l'expédition de 1953, James Morris n’est pourtant pas le seul journaliste britannique envoyé en Himalaya. Deux concurrents, Ralph Izzard du Daily Mail et Peter Jackson de Reuters, font appel à des guides et des porteurs. Leur idée ? Parcourir la région du Khumbu dans le but de recueillir un maximum d’informations à envoyer à Londres, si possible avant leur confrère du Times.

31 mai 1953. Au camp IV, deux jours après l’ascension, Edmund Hillary raconte sa conquête de l’Everest aux côtés de Tenzing Norgay. James Morris prend des notes. Quelques minutes plus tard, lorsque John Hunt, chef de l’expédition, achève son récit. Le journaliste, qui sans être alpiniste avait réussi à monter jusqu’au camp IV (6400 m) se hâte de descendre au camp de base, accompagné de Mick Westmacott, membre de l’expédition, qui l’aide à franchir la cascade de glace.

« [James Morris, ndlr], peut-être plus que le reste d'entre nous à ce moment-là, rendit possible la faible mais glorieuse possibilité de ramener les gros titres à temps pour le couronnement de Sa Majesté la Reine », écrira plus tard cette année-là le chef de l'expédition, John Hunt, dans « The Ascent of Everest » (« Victoire sur l'Everest »), livre retraçant l’épopée de 1953 sur le toit du monde. 

« Il fallait que je transmette la nouvelle à Londres. L'excitation. Le romantisme. La reine allait être couronnée. Pouvez-vous imaginer tout cela ? Tout le monde attendait d'apprendre que l'Empire était au sommet du monde » racontera le journaliste par la suite. Comme il n’a pas le droit d’utiliser la radio, la nouvelle est envoyée par un messager jusqu’à Namche Bazaar (3440 m), puis transmise par radio à l’ambassade britannique de Katmandou et télégraphiée de là au Royaume-Uni. Le tout, bien sûr, dans un délai très court, sans en avertir les autres médias présents dans la région du scoop.

Sachant que la nouvelle risquait d’être interceptée à tout moment entre sa transmission au messager et sa réception à Londres, James Morris, tenant à ce que le Times ait l’exclusivité de la nouvelle, avait mis au point, avant son départ pour le Népal, un code secret, connu uniquement par lui et le rédacteur en chef, resté à Londres. Une série de phrases suggérant l'échec est alors utilisée pour indiquer quels membres de l'équipe avaient atteint le sommet.

« Snow conditions bad stop advanced base abandoned yesterday stop awaiting improvement (Conditions d'enneigement mauvaises stop camp de base avancé abandonné hier stop attendons amélioration) ». "Snow conditions bad" était le code convenu pour signifier que le sommet avait été atteint ; "advance base abandoned" désignait Hillary, et "awaiting improvement" faisait référence à Norgay.

James Morris' report in @thetimes describing the ascent of Mount Everest, published on June 2, 1953. #Everest #Everest2018 pic.twitter.com/iA640tHP8e

— News UK Archives (@NewsUKArchives) June 2, 2018

Un plan média mené presque sans embûches

De retour à Katmandou, James Morris croise Peter Jackson, journaliste pour Reuters, à qui il prétend que l’expédition a échoué dans le but de conserver l’exclusivité du Times, sponsor de l'expédition, avec des droits de reportage exclusifs.

« Pour les autres membres de l’expédition, l'apogée de la première réussie sur l'Everest a eu lieu le 29 mai 1953. Pas pour moi » raconte James Morris par la suite, dans « The Effect of Everest » (« L’impact de l’Everest »), article écrit pour l’Alpine Journal. « À mes yeux, cela s'est produit quatre jours plus tard lorsque, sortant une main de mon sac de couchage quelque part à l'ouest de Namche Bazar, j'ai allumé ma radio et appris que la nouvelle de l'ascension était parvenue à Londres, avait été publiée en exclusivité dans le Times et avait coïncidé avec le couronnement de la reine Élizabeth II. En tant que responsable de cette conjonction festive, j'ai alors réalisé, pour la première fois, que l'ascension de l'Everest pourrait avoir un effet durable sur le cours de ma propre vie ».

« La nouvelle avait été annoncée par les haut-parleurs le long de la route du couronnement ; la foule avait applaudi » détaille John Hunt, le chef de l’expédition dans « The Ascent of Everest » (« Victoire sur l’Everest »). « Tout cela ressemblait à un conte de fées. Bien que nous soyons encore loin de saisir toute la portée de l'événement, nous commencions à en avoir une meilleure idée ce jour-là. On a sorti une autre bouteille de rhum et une deuxième fête a eu lieu. Il y en aura bien d'autres par la suite. Les Sherpas ont naturellement participé aux réjouissances. Nous avons porté un toast loyal à Sa Majesté la Reine, buvant assis sur le sol ou sur des cantines ».

L’ascension de l’Everest, symbole du colonialisme britannique ?

Selon James Morris - connu plus tard sous le nom de Jan Morris suite un changement de genre à la fin des années 1970 - la réaction du public à la nouvelle et à son succès est avant tout le fruit d'un romantisme historique porté par une nation ébranlée par l'austérité de l'après-guerre et par la perte de pouvoir mondial de l'époque postcoloniale.

The British author & transgender pioneer lived as James Morris until the early 1970s, when she underwent surgery at a clinic in Casablanca and renamed herself Jan Morris. She died in November 2020 at the age of 94. https://t.co/bixYfToFx0 pic.twitter.com/C0mDieDvUh

— Dr Lucie Fremlova©️ (@InclusiveLucie) May 2, 2023

« Mais cela n'aurait guère été plus qu’un quart d’heure de célébrité s'il n'y avait pas eu la coïncidence du couronnement », écrit le reporter. « À l'époque, il a été accueilli comme le présage d'une nouvelle ère élisabéthaine, qui redonnerait au royaume malmené et en piteux état sa splendeur légendaire. Hélas, cela ne s'est jamais produit, mais le romantisme de l'affaire, les nouvelles de l'Everest parvenant à la jeune reine à la veille de sa consécration à la nation […] ont fait vibrer une corde sensible dans le cœur du monde ».

Bien qu'inspirante, la première ascension de l'Everest est un acte direct du colonialisme, selon certains. L'arrivée d'Edmund Hillary et du Sherpa Tenzing Norgay au sommet en mai 1953 a marqué le point culminant de plus de 30 ans d'expéditions menées par des Britanniques pour conquérir la plus haute montagne du monde. Des ambitions soutenues par des responsables de la politique étrangère britannique ayant rapidement perçu le potentiel de l'Everest en tant qu'outil de soft power. Certains ont utilisé cette ascension pour exprimer une vision de la Grande-Bretagne comme une nation éclairée, tournée vers l'avenir et technologiquement avancée, toujours confiante dans son rôle mondial. D'autres l'ont dépeinte comme une revendication des valeurs impériales, une image peu attrayante pour des peuples qui s'étaient débarrassés, ou souhaitaient se débarrasser, de leurs oppresseurs coloniaux.

À la suite de l’expédition, le Foreign Office, précurseur de la diplomatie d'aujourd'hui, a utilisé ses moyens diplomatiques, financiers et administratifs pour faciliter plus de 150 apparitions de membres de l'équipe d'alpinistes en Europe, en Amérique du Nord, en Afrique et en Australie. John Hunt, le chef de l'expédition, a même été envoyé à Moscou pour y donner une conférence - une occasion rare d'exercer une influence derrière le rideau de fer. Le film officiel de l'expédition a été projeté aux quatre coins de la planète et des expositions sur l'Everest ont fait le tour du monde sous les auspices du British Council. De quoi renforcer le prestige de la Grande-Bretagne sur la scène internationale. Et ce malgré quelques commentaires racistes de quelques diplomates à l’égard des Sherpas.

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