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Station des 2 alpes
  • Société

7 questions pour comprendre l’abandon du projet de liaison Alpe d’Huez – Deux Alpes

  • 1 août 2023
  • 5 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

C'est le troisième projet de liaison inter-stations abandonné ces derniers mois. Après ceux de la Croix du Sud (entre Valmeinier et Valfréjus) à l'été 2022 et de La Clusaz – Le Grand-Bornard en janvier, les élus de communauté de commune de l’Oisans ont décidé, jeudi 27 juillet, de mettre un terme au projet de liaison Alpe d’Huez - Deux Alpes. Pourquoi un tel abandon ? Qui s’y opposait ? Quels étaient leurs arguments ? Explications.

À quoi devait ressembler ce projet ?

En 2016, la communauté de commune de l'Oisans (Isère) avait adhéré à un projet de liaison par câble entre les stations de l'Alpe-d'Huez et des Deux Alpes. Ce dernier avait été intégré à son SCOT (Schéma de cohérence territoriale), un document de référence où sont prévus les investissements pour les 20 prochaines années. L’idée ? Créer une jonction longue de cinq kilomètres (pour un temps de trajet d’environ 30 minutes) capable de transporter environ 2000 personnes par heure.

Carte matérialisant la liaison "Huez - Les Deux Alpes" (Source : Non à la liaison Huez - Deux Alpes)

Pourquoi mettre en place une liaison Alpe d’Huez - Deux Alpes ?

Rassembler ces deux stations des Alpes du Sud était un moyen cumuler plus de 450 kilomètres de pistes. Ce qui aurait fait entrer le domaine dans le top 3 mondial, derrière les Trois Vallées (Savoie) et les Portes du Soleil (France-Suisse). « Par rapport à la Savoie, où ils sont connectés de partout, on ne représente rien. Avec 500 kilomètres de pistes, on a l’occasion de booster notre promotion », expliquait il y a deux ans le maire de l’Alpe d’Huez, Jean-Yves Noyrey, à Reporterre. Ce « produit permettant d’aborder beaucoup de pistes » représentait selon lui « un vrai plus ». Autre argument avancé par la suite : répondre à la problématique de la circulation en fond de vallée grâce à ce téléphérique allant d’un cœur de station à un autre.

Quel en était le budget ?

65 millions d’euros « à la louche » selon le maire de l’Alpe d’Huez qui considérait que l’infrastructure aurait pu être amortie en « commercialisant en priorité un produit qui incorpore la liaison ». Par conséquent, le forfait « grand domaine » aurait été 20% plus cher que les forfaits actuels.

Qui était contre ? Pourquoi ?

Certains citoyens, jugeant le projet superflu, s'étaient mobilisés. C’est le cas de Denis Vial, retraité habitant les Deux Alpes, qui avait décidé, en 2019, de fonder le collectif « Non à la liaison Huez-Deux Alpes ». « Les skieurs ont suffisamment d’espace de jeu dans les deux stations », expliquait-t-il. « Je vois mal un skieur du dimanche prendre cette liaison pour aller de l’autre côté ». Un argument appuyé par l’ONG Mountain Wilderness d’après laquelle cette idée de téléphérique était anachronique. « Dans sa démesure, ce projet est assez symbolique », soulignait à l'époque Benoît Nenert, vice-président de l’association en 2021. « Mis à part les délires de certains élus et responsables de domaines, on voit mal sa justification ».

De plus, ce projet était destiné à une clientèle haut de gamme, dixit le maire de l’Alpe d’Huez qui ciblait en priorité les tour-opérateurs, tel que le Club Med de sa commune. Les opposants s'étaient alors chargés de lui rappeler que seuls 10 à 15 % des Français pratiquent les sports d’hiver, le mettant en garde contre la dépendance à la clientèle étrangère. Autre point non négligeable : la crise climatique mettant en péril la pérennité du modèle économique des stations. « J’ai fait du ski sur le glacier de l’Alpe d’Huez, aujourd’hui il n’existe plus l’été », témoignait Denis Vial qui avait rapidement lancé par l’intermédiaire du collectif « Non à la liaison Huez-Deux Alpes » une pétition signée par près de 3000 personnes que la communauté de communes avait refusé de recevoir. 

Comment la liaison Alpe d'Huez – Deux Alpes aurait-elle impacté l’environnement ?

Les opposants à ce projet redoutaient également une dégradation supplémentaire de l’environnement alpin. Mais les élus se voulaient rassurants, promettant le minimum de pylônes, une intégration paysagère et des études sur la biodiversité. « Les porteurs de projet oublient volontairement les conséquences des travaux, qui génèrent beaucoup des gaz à effet de serre, ne serait-ce que pour le béton » soulignait Mountain Wilderness. Et selon l’ancien vice-président de l’ONG, Benoît Nenert, décarboner les derniers kilomètres avec un câble aurait omis de se pencher sur les émissions des transports jusqu’aux stations.

En sept ans, comment a évolué le projet ?

Trois ans après l’annonce du projet, en 2019, les commissaires-enquêteurs avaient émis un avis défavorable contre le Scot (Schéma de cohérence territoriale), notamment pour un manque de concertation et de prise en compte des conséquences du réchauffement climatique dans le massif. En parallèle, l’épidémie de Covid-19 ajournait un à un les projets le composant. Quelques modifications ont ensuite été apportées par l’intercommunalité en ce qui concerne la liaison Alpe d'Huez – Deux Alpes.

« Les réunions avec l’association [Mountain Wilderness, ndlr] nous ont amenés à faire quelque chose de valable en hiver, mais aussi en été », expliquait alors Jean-Yves Noyrey, le maire de l'Alpe d'Huez pour qui ce projet aurait dû permettre de « supprimer le maximum de voitures en faisant en sorte que les gens montent en téléphérique » et de créer « un lien piéton, VTT ou ski rapide entre les deux territoires ». Un argument qui avait rendu sceptiques l’opposition, jugeant cette liaison de domaine skiable à domaine skiable « habillée en projet quatre saisons ».

Ce grand projet de liaison, beaucoup d'élus y croyaient. Ils ont cependant dû se rendre à l’évidence : « sur le plan environnemental et sur le plan économique », ce n’est « pas réalisable et pas fiable dans le temps ». Selon Guy Verney, le maire de Bourg d’Oisans, « les difficultés environnementales, des espaces Natura 2000 et des espaces plus protégés aussi avec des espèces également protégées, faune et flore » sont venues complexifier la mise en œuvre du projet. Exit donc le liaison Alpe d'Huez – Deux Alpes, potentielle solution à la problématique de circulation en fond de vallée.

Quels projets demeurent encore à l’ordre du jour en Oisans ?

La communauté de commune de l'Oisans se penche d’ores et déjà sur des projets de mobilité. « Nous avons déjà une navette bus régulière sans interruption entre la télécabine de Venosc et la télécabine d'Allemont-Oz, qui l'année prochaine deviendra électrique ou hydrogène afin d'améliorer encore un peu plus les choses », explique Guy Verney. Autre projet d’ampleur : deux projets d'ascenseurs « valléens », entre Le Bourg-d'Oisans et Huez et entre Le Fresney-d'Oisans et Les Deux-Alpes.

Et pour que ça marche, il faudrait construire des parkings dans la vallée. Un moyen de limiter le nombre de véhicules dans les montées en station. La mise en place d'une voie dédiée aux transports en commun le long de la RD1091 est également à l'étude. Cela permettrait d'améliorer la desserte de l'Oisans par autocars. Un moyen de désengorger l'axe entre Grenoble et Le Bourg-d'Oisans avant rejoindre par câble ou par navette un des deux domaines skiables, en été comme en hiver.

Enfin, à quelques dizaines de kilomètres de là, le projet de troisième tronçon de téléphérique de La Grave est toujours sous le coup d'un recours en justice des associations environnementales qui y sont opposées, notamment en raison de l’Androsace du Dauphiné, une espèce protégée qui complexifie les affaires de la Société d'Aménagement Touristique de La Grave (SATG) à l'initiative du projet.

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