Quand elle est arrivée samedi dernier, 1er février, au Grand Port Maritime de la Guyane, au sud de Rémiré, en Guyane française, la jeune étudiante britannique Zara Lachlan a été accueillie en héroïne. Derrière elle : 6 670 km à la rame en moins de trois mois. De quoi décrocher un double record d'autant plus sidérant, qu’avant de prendre le départ le 27 octobre 2024, à Lagos, au Portugal, elle n’avait jamais ramé en mer de sa vie.
« C'était dur. À certains moments, c'était très dur », a-t-elle confié à Women in Sport, une des deux associations à laquelle elle a dédié son double record. « Mais c'est dans ces moments-là que l'on découvre de quoi on est vraiment capable. À bien des égards, je n'avais pas vraiment le choix. Je devais simplement serrer les dents, et ramer ».
Son périple de 3 600 milles nautiques (6 670 km) parcourus en 97 jours, 9 heures et 20 minutes, a bord de son embarquation contenant 800 kg de provisions n’a pas été de tout repos en effet. Parmi ses mésaventures : un accident dont elle sortira avec un doigt cassé et une blessure au bras. Presque un détail, quand elle repense à la collision à laquelle elle a échappé lorsqu’un navire, qui n’avait pas allumé sa radio selon elle, l’a frôlée et manquée d'à peine « 0,1 mile ». La météo ne l’a pas épargné non plus, une tempête la fera chavirer et brisera, l'un de ses avirons.

"Le premier mois, je voulais rentrer chez moi !"
A ce stade de son parcours elle avait déjà connu des hauts, et des très bas. Entre un départ difficile des îles Canaries, où pendant des semaines, le temps a oscillé entre vent fort mer calme. Puis des vents contraires, qui l’obligeront à ramer non-stop 21 heures d'affilée, sans pratiquement avancer. Et des périodes de dérive totalement « anéantissantes ». Au point, raconte-t-elle à la BBC, que le premier mois « je voulais rentrer chez moi. Je pensais que c'était une idée stupide. C’était si dur », a déclaré Lachlan à la BBC. « Mais si quelqu'un s'était approché de moi sur un bateau et m'avait dit qu'il me remorquerait et que je pourrais rentrer chez moi en avion, je lui aurais dit de s'en aller. Je voulais abandonner, mais je n'ai jamais voulu m'arrêter ! ». Et ce, même lorsqu’elle s'est retrouvée privée de musique, après avoir cassé l’écran de son téléphone. « J'ai ramé pendant 16 heures par jour avec le seul bruit de l'eau. C’est très agréable la plupart du temps... mais parfois mon cerveau aurait bien eu besoin d'être stimulé », raconte-t-elle.
Au fil des jours, la jeune Anglaise a commencé à trouver du plaisir à son aventure. Entre les plongées sous son bateau pour nettoyer régulièrement sa coque - un exercice obligatoire qu’elle redoutait, se sachant piètre nageuse, et auquel elle a pris goût - et la rencontre d'orques et de dauphins sur fond de levers de soleil époustouflants ou sous un ciel nocturne constellé d'étoiles.
A quelques miles de la Guyane française, les premiers à l’accueillir seront des pêcheurs brésiliens, bientôt rejoints par sa famille. « C'était tellement bon de voir des gens et de les serrer dans mes bras. C’est quelque chose dont je me souviendrai longtemps », dit la jeune femme qui avoue ne pas avoir complètement réalisé alors que son périple prenait fin. « C'était incroyable de voir la terre en approchant. La Guyane française est en fait assez plate et je n'étais donc pas très loin de la côte lorsque je l'ai aperçue pour la première fois. « J'ai eu l'impression que ce n'était pas seulement la fin du défi, mais aussi l'aboutissement d'une longue mission qui m'a amenée jusqu'ici, qui m'a préparée à ce défi et qui m'a permis d'affronter l'Atlantique - et d'y arriver ! ».

Un double record qu'elle a encore du mal à réaliser
Très émue et amaigrie malgré 5 500 calories quotidiennes, elle a à peine conscience des records qu’elle vient d'engranger. « Je ne suis pas sûre d'avoir encore tout compris, mais il va sans dire que j'ai relevé un défi de taille et que j'ai gagné - rien ne vaut ce sentiment-là ». La jeune étudiante de 21 ans est en effet devenue la plus jeune personne et la première femme à ramer en solitaire, sans escale et sans assistance de l'Europe à l'Amérique du Sud. Sans compter qu’elle est seulement la deuxième personne dans l'histoire à avoir accompli ce voyage de 3600 milles nautiques.
Son périple bouclé, Zara Lachlan va terminer ses études de physique à l'université de Loughborough, dans le Leicestershire, avant de rejoindre l'armée britannique à Sandhurst, en septembre, pour suivre une formation d'officier technique. C’est aussi pour ses futures camarades et la fondation Team Forces, qu’elle s’est lancée dans cette aventure. « Je sais que cela peut sembler une façon un peu extrême d'inciter d'autres femmes à se mettre au sport, mais j’aimerais que toutes réalisent leur potentiel. Si moi je peux faire quelque chose que je trouve effrayant, alors d'autres femmes peuvent tenter de relever un défi à leur tour (…). Car la plupart des expériences que j’ai vécues pendant ces trois mois étaient des premières pour moi : je suis novice en aviron de mer et je n'avais jamais vraiment passé de temps sur l'océan auparavant. »
Un discours « si on veut, on peut », bien connu, que la jeune Britannique nuance un peu quand même. « J'ai appris à me ménager, car j'ai toujours été quelqu'un de focus sur le résultat. Si vous voulez quelque chose, vous travaillez dur pour l'obtenir, et si vous ne l'obtenez pas, c'est parce que vous n'avez pas travaillé assez dur pour l'obtenir. Mais avec la météo et l’océan que vous ne pouvez pas contrôler et qui, la plupart du temps, sont bien plus forts que vous, j'ai vraiment dû changer ma façon de voir les choses, notamment la notion de ‘progression’, jour après jour ».
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