En juillet dernier, Nims Dai, interviewé à Chamonix par Outside alors qu'il s'entraînait au parapente, annonçait sa ferme intention de décoller ainsi depuis un 8000 m. Six mois plus tard, le Népalais, qui s’est illustré en 2019 en gravissant les quatorze « 8000 »en sept mois, se trouve sur le K2 (8.611 m) - deuxième plus haut sommet du monde situé dans la chaine des Karakoram, au Pakistan, le seul 8.000 m à n’avoir jamais été gravi en hiver. Son plan initial ? En faire l’ascension sans oxygène et en descendre en parapente. Si ce week-end le ravage du camp 2, balayé par des vents extrêmement forts, va sans doute modifier son approche quant à l’usage des bouteilles, son projet de vol ne serait pas nécessairement compromis. De là à aligner un nouvel exploit ? Pas si simple, explique Bertrand Roche, plus connu sous le nom de Zeb qui sait de quoi il parle. Considéré comme l’un des plus grands parapentistes actuels, il compte entre autres un décollage depuis les huit plus hauts sommets de chaque continent.
« Je débute (en parapente, ndlr) pour l’instant, je ne suis pas très bon », nous expliquait en juillet dernier Nims Dai lors de son passage à Chamonix en compagnie de Sandro Gromen-Hayes, son ami et photographe déjà à ses côtés au cours des ascensions de Project Possible. « Mais j’y travaille. Dès que j’aurai le niveau, j’entends bien faire des 8000 m avec descente en parapente ». Toujours aussi déterminé, l’ancien Gurkha et ex membre des forces spéciales britanniques, sera vu à nouveau à Chamonix quelques semaines plus tard, à l’automne, histoire de se perfectionner.
Il faut croire qu’il apprend vite, puisqu’il n’a pas caché que cet hiver il comptait enchaîner les records. Faire l’ascension en hivernal du K2, du jamais vu pour ce sommet, au demeurant bien plus difficile que l’Everest. De préférence sans oxygène, histoire de faire taire les commentaires suscités par son enchaînement express, et très équipé, des quatorze « 8000 » en sept mois. Et, cerise sur le gâteau, décoller en parapente depuis le sommet, soit à 8.611 m. Un exploit accompli pour la première fois en juillet 2019 par l'alpiniste autrichien Max Berger, mais à 8000 m "seulement", en dessous du Bottleneck.
Est-ce possible pour un débutant, en hiver de surcroit ? Réponse de Bertrand Roche, alias Zebulon, ou Zeb, auquel on doit, entre autres, la première descente de l'Everest (depuis le Col Sud) en parapente biplaces.
Dans l’absolu, ce vol est-il réalisable pour Nims Dai cet hiver ?
« Je ne connais pas le K2, mais je pense que oui, c’est réalisable. Il semble que le sommet soit assez large pour y poser une voile. A priori, vu les photos que j’ai pu étudier, il y a suffisamment d’espace pour cela. Mais il ne faut pas qu’il y ait de vent extrême, sinon, sinon ça ne marchera pas.
Nims Dai débute en parapente, est-ce un obstacle ?
Pas forcément, mais bon … Reste que la détermination compte aussi beaucoup. Jean Marc Boivin par exemple, le premier à décoller depuis l’Everest, n’avait pas une technique extraordinaire mais il a réussi. Alors, je me dis que sur un coup de chance, ça peut marcher pour Nims, mais le gars commence tout juste, or il n’a pas encore les automatismes, la connaissance du vent. Moi j’ai toujours le nez en l’air, à tenter de détecter, comprendre et analyser le vent. Lui, compte tenu de sa faible expérience, ne sera pas capable de capter les dangers potentiels qui se cachent derrière la montagne. C’est chaud, ça me paraît super engagé !
Quels sont, précisément, les difficultés ?
La difficulté principale d’après moi, c’est la gestion du vent. Il en faut assez pour ne pas trop courir - en sachant qu’à 8000, courir, ce n’est pas évident - et pas trop pour ne pas se faire reculer ou malmener par les turbulences ! Or Nims risque d’être chahuté par un vent trop fort. Il ne faut pas qu’il rate son décollage. Ça peut vite devenir très technique. Moi, par vent fort par exemple, je fais un gonflage latéral, en « cobra », comme sur un kite pour éviter d’être tiré en arrière au décollage. Méthode qu’un débutant ne maîtrise pas forcément. A ce stade, Nims n’a pas d’aisance en aérologie, en milieu aérien. Ce qu’on n’acquiert qu’avec des années d’expérience.
Par ailleurs, s’il a volé dans le massif du Mont-Blanc, comme cela semble être le cas, il n’a pas d’expérience de vol en très haute altitude. Or la voile réagit différemment. Ça va très vite bouger de gauche à droite, car l’air à 8000 m est moins dense qu’à 2000 ou 3000 m. Cela dit, les nouvelles voiles ont tendance à être très faciles. Elles se comportent différemment. C’est un avantage. Mais le manque d’expérience expose a beaucoup plus de danger. Enfin il ne faut pas écarter la fatigue. Nims viendra de finir son ascension, il sera fatigué, d’autant qu’il lui faut porter sa voile là-haut. Elle peut faire plus de deux kilos. Mais tout dépend de son modèle, et puis ses amis Sherpas peuvent lui porter son matos, ça peut l’aider aussi. Enfin, bien sûr ce sera encore plus dur s’il grimpe sans oxygène.
La navigation peut-elle être difficile ?
Il devra tenir compte de la visibilité, pas toujours évidente, mais si le vent n’est pas trop fort, il pourra alors descendre vers le camp de base sans problème. C’est une question d’équilibre. Il lui faut quand même un peu de vent pour décoller : 25 à 30 km de vent lui suffirait, sans problème. En dessous, la voile ne porte pas. Au-dessus, elle est compliquée à gonfler. Et puis, la mise en place n’est pas simple, pas sûr qu’il puisse compter sur des gens expérimentés pour l’y aider (Nims Dai monte avec six compagnons Sherpas, ndlr).
Quid du froid ?
Le froid n’est pas un problème pour voler, au contraire, l’air froid porte mieux que l’air chaud. Ça n’a donc pas d’incidence, sauf s’il mouille sa voile. Mais si elle est neuve, elle devrait être protégée par l’enduction.
Et la neige ?
C’est un facteur important, au moment de placer son aile. Tout dépendra, suivant qu’elle sera molle ou dure.
Donc, ça te semble jouable ?
L’entreprise me parait très aléatoire ! Après, j’ai l’impression que ce grimpeur se sent béni des dieux et ne craint rien ! Donc si c’est le cas et que les conditions sont parfaites, alors il peut réussir.
Tu as décollé de l’Everest, en biplace, avec Claire Roche, le k2, ça te tente ?
Ce serait un rêve ! Le parapente, c’est l’arme ultime pour descendre les sommets. Mais en termes de sécurité, cela demande un bon background. Ça doit être instinctif. Car si on commence à réfléchir, on n’y arrive pas, et ça peut très mal se passer. Mais sur ce coup-là, Nims peut avoir un coup de chance, c’est ce que je lui souhaite !
2019, le premier vol en parapente du K2, par Max Berger
En juillet 2019, l'Autrichien Max Berger, décolle à 8000 m depuis le K2 jusqu'au camp de base, un vol de 17 minutes. Il a découvert le parapente dans les années 80 et au vole trois à quatre fois par semaine depuis dix ans.
Voir ou revoir le premier vol en parapente depuis l'Everest par Jean Marc Boivin
Le 26 septembre 1988, Jean Marc Boivin, alpiniste, skieur de pente raide, parapentiste, pionnier des sports extrêmes, décolle du toit du monde en parapente. Un record du monde d’altitude de décollage, immortalisé dans cette séquence de 1 minute 45 secondes.
Du Kilimandjro à l'Everest : les 7 plus hauts sommets du monde en parapente biplace par Bertrand et Claire Roche
De janvier 1999 à octobre 2002, le couple de parapentistes se lance un défi : gravir en technique alpine le plus haut sommet de chaque continent et redescendre en parapente biplace. Ils vont ainsi gravir et s'envoler du Kilimandjaro en Afrique, du McKinley en Amérique du Nord, de l'Elbrouz en Europe, du Vinson en Antarctique, de l'Aconcagua en Amérique du Sud, de l'Everest en Asie et du Kosciuszko en Océanie.
Un documentaire de plus d'une heure, diffusé en 2004, réalisé par Alain Grelet.
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