Faire de sa vie un road-trip permanent en s’éloignant de la société de consommation pour renouer avec les grands espaces n’est pas forcément le meilleur choix pour la planète. Notre journaliste, sur la route depuis deux ans, a fait ses calculs, et ils ne sont pas beaux à voir !
Le mouvement vanlife - sur Instagram le hashtag #vanlife a été tagué plus de 5,78 millions de fois - a jeté sur les routes tout une génération avide de renouer avec ce qu’elle estime être l’essentiel : partir, seul ou en famille, à l'aventure, en nomade et loin de l’urbanisation galopante de notre monde. Vivre de peu mais mieux. Mais est-ce vraiment un cadeau à faire à la planète ?
Il y a deux ans, j’ai emménagé dans une voiture pour échapper au bruit et au béton de la ville de Washington, où je travaillais comme rédactrice pour la NASA. Comme beaucoup, je suis devenu freelance, bougeant selon les saisons tel un oiseau migrateur, souvent entourée de gens partageant ma vision de la vie et vivant dans des camionnettes, des vans ou juste leur voiture.
Mais plus le temps passe, plus je me pose la question de l’impact de ce mode de vie. Mon petit nid, une Honda Element de 2006, fait environ 2,2 m2, soit un centième de la taille de la maison américaine moyenne. Il est même plus petit qu’une tiny house. En général, les petites surface de ce genre ont une empreinte carbone bien plus faible qu’un habitat traditionnel. Mais dans mon cas, le carburant nécessaire à ma vie de nomade rend mon empreinte complètement disproportionnée par rapport à la taille de mon lieu de vie. À chaque plein, je me demande : suis-je en train d’abîmer la nature plus que je ne le faisais dans ma maison ?
Je me suis posé devant une feuille, avec une calculatrice et un crayon. La conduite est clairement le point noir de mon mode de vie, donc j’ai commencé par là. Si elle constitue déjà 23% de l’empreinte écologique d’un Américain moyen, qu’est-ce que ça allait être pour moi ? Comme j’ai lu que réduire sa vitesse de 5km/h permettait de réduire sa consommation d’essence de 7%, j’ai adopté le rythme d’une tortue et je me traîne sur les voies réservées aux véhicules lents.
Ensuite j’ai compté que je consommais près de 4 litres d’essence pour faire 40 kilomètres, sachant que je conduis 20 000 km par an, soit un petit millier de kilomètres de moins que l’Américain moyen. Tout ceci nous amène à l’envoi de 4 536 kilos de CO2 dans l’atmosphère. Auxquels il faut ajouter les 15 kg de CO2 supplémentaires dûs à mes lessives au cours de l’année.
J’y ajoute ensuite la consommation de nourriture, relativement clémente pour la planète puisque je suis devenu végétarienne, mais qui se chiffre quand même à 1 406 kg de CO2 de plus balancés dans l’atmosphère, si j’en crois une étude de 2014 (ceci en prenant en compte la culture et le transport de mon alimentation). N’oublions pas les 16,3 kg de CO2 émis par le combustible utilisé pour cuisiner sur la route, et on arrive à un total global de presque 6 tonnes de CO2, ce qui me place… au dessus des 5 tonnes par an émises par l’Américain moyen !
Donc, selon les études du Global Footprint Network, il faudrait plus de 2 Terres pour permettre à 100% des humains d’embrasser la vanlife. On repassera pour le mode de vie durable…
Avant tout ça, je vivais en coloc avec deux potes en banlieue de Washington. On faisait assez attention à ne pas trop consommer ni polluer : compost, tri, recyclage, déplacements à vélo le plus possible, etc. Quand je reprends nos factures de chauffage et d’électricité, ainsi que les distances parcourues en voiture à l’époque, je calcule que mes émissions de CO2 se chiffraient “seulement” à 5 tonnes…
Donc en vivant dans mon véhicule, je fais en fait pire qu’avant. Une tonne pire pour être précise !
On pourrait croire que le problème s’arrête à ma petite personne et à ma Honda tueuse de planète. Mais je suis loin d'être la seule dans ce cas : la plupart des adeptes de la vanlife ont des véhicules au moins autant polluants voire pire que le mien. Le diable en personne étant le très prisé Sprinter Van de Mercedes, qui émet 40% en plus de gaz à effet de serre que ma Honda Element…

Certains me feront évidemment remarquer que 70% des émissions mondiales de carbone sont dues à 100 entreprises. En effet, les grandes industries polluent bien plus que nous, mais n’existent-elles pas pour subvenir à nos besoins (ou nos caprices) ? En réduisant notre propre consommation, on réduit les raisons d’exister de ces entreprises, et en les désignant comme responsables, on les force à une transition vers des systèmes de production et de distribution moins polluants.
J’ai réalisé un premier pas en prenant conscience de mon impact réel, mais le second - entreprendre des changements - va être bien plus compliqué. La conduite représentant 75% de mon empreinte carbone, je vais devoir réduire mon champ de déplacements, rester plus longtemps au même endroit et rationaliser mes trajets. Il faudra aussi que je surveille de près la pression des pneus, sans oublier de soumettre ma Honda à des check-ups réguliers. En mangeant local, j’économise l’équivalent d’un déplacement de 1 770 km. Dorénavant, je vivrais ma vanlife au ralenti, dans la voie de droite. Et en plus d’avoir rejoint le mouvement Slow Food, je vais devenir une pionnière du mouvement Slow Driving...
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
