Elle est l’une des meilleures surfeuses au monde. Et l’un des grands espoirs de médaille pour la France aux Jeux Olympiques de Paris 2024. Une épreuve qui aura lieu chez elle, à Tahiti, sur le spot de Teahupoo. Le lieu de ses plus grands succès en compétition pour cette locale de 24 ans qui fut la première Polynésienne à surfer cette vague mythique et a remporter le Tahiti pro ce jeudi.
« La vague que je rêverais de surfer en compétition ça serait Teahupoo » annonçait dès 2022 Vahiné Fierro. Cet été, son vœu sera exaucé. Puisque la Française s’est qualifiée pour les Jeux Olympiques de Paris dont l’épreuve de surf aura lieu à Tahiti, sur la mythique vague. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle est en forme. À moins de deux mois de l’épreuve de surf des Jeux olympiques de Paris 2024, Vahine Fierro vient de frapper fort sur le Tahiti Pro. Très fort. La surfeuse tricolore vient en effet de remporter ce jeudi le Tahiti Pro. De quoi ériger la Française (surnommée depuis plusieurs années « The Queen of Teahupoo ») en favorite pour les prochaines olympiades. L’occasion pour nous de dresser le portrait de cette jeune prodige.
Teahupoo, une vague considérée trop dangereuse pour les femmes
« Je viens d’une petite île à côté de Tahiti, Huahine » raconte la surfeuse de 24 ans. « J’ai dû en partir à 14 ans et aller sur l’île principale pour l’école et le lycée. C’est là que j’ai pris la décision de surfer en compétition et que j’ai commencé à avoir des sponsors. J’étais motivée et je suis devenue un peu accro. […] Être entourée par des surfeurs très forts m’a donné envie de m’améliorer en permanence ». Car dans la famille Fierro, tout le monde surfe, à commencer par le père, Andrew, ancien surfeur pro, qui a enseigné la discipline à Vahine et à ses sœurs.
« On prenait un bateau et on allait surfer après l’école. Mais c’était surtout pour s’amuser ». Mais très vite tout s’enchaîne. Vahine Fierro devient notamment la première Polynésienne à avoir affronté Teahupoo, un spot qui fut longtemps l’apanage des hommes. Une légende polynésienne raconte d’ailleurs qu’une surfeuse vint participer à la fête du horue (l’ancêtre du surf) à Tahiti. Malgré les mises en garde, elle empoigna sa planche et s’élança sur la vague de Teahupoo. La foule, conquise par la témérité de la jeune femme, la porta en triomphe. Sauf que le roi, consumé par la jalousie, la chassa de l’île et lui vola son nom afin de s’approprier son mérite.
Les légendes ne sont d’ailleurs pas les seules à avoir freiné les femmes sur la vague de Teahupoo. Le Billabong Pro Tahiti, qui figurait sur le circuit professionnel féminin au début des années 2000, avait été remisé en 2006 par les organisateurs, qui la considéraient trop dangereuse pour les femmes. Et ce, sans même avoir consulté les intéressées. L’étape n’a fait son retour qu’en 2020, lorsque le Comité d’organisation des JO de Paris 2024 a désigné le spot comme site olympique.
« Je me disais que ce n’était pas pour moi »
Teahupoo, c’est une vague mythique, d’un bleu profond. Elle est réputée pour être la plus dangereuse au monde. Large et épaisse, elle peut atteindre jusqu’à dix mètres de haut. « Tu rames, puis l’océan t’entoure de toute sa puissance. Tu as l’impression que le temps s’arrête, tu vois les bateaux, les montagnes, la rivière… C’est à la fois magique et effrayant », relate la surfeuse française, 4e des Jeux mondiaux 2023.
Et sous la surface : un récif de coraux tranchant comme du verre pilé. « Si tu tombes, la puissance de la vague te broie » explique le surfeur tahitien Kauli Vaast, 21 ans, également qualifié pour les Jeux Olympiques. « On devient une marionnette, et le risque est de toucher le récif et de se blesser gravement ».
« Aujourd’hui, le niveau est plus élevé, le matériel a évolué et les mesures de sécurité sont renforcées » assure Vahine Fierro. « J’ai peur tous les jours sur Teahupoo, mais c’est important que l’on soit face aux mêmes défis que les hommes […] Ces interdictions ont été tellement violentes, que beaucoup de femmes tahitiennes ont fini par croire qu’elles n’étaient pas capables de l’affronter, Teahupoo ». Elle-même en a longtemps eu une peur bleue : « Je me disais que ce n’était pas pour moi : trop grand, trop dangereux. Il n’y avait qu’une poignée de femmes de l’international qui s’y mesuraient. Je n’y suis allée pour la première fois qu’à mes 17 ans ».
« L’océan est imprévisible, aucune vague ne ressemble à une autre »
A force de détermination, Vahine a su faire de Teahupoo le lieu de ses plus grands succès. En 2019, elle y décroche notamment le prestigieux titre du plus beau « tube » de l’année. Trois ans plus tard, en 2022, elle se hisse sur la troisième place du Tahiti Pro après avoir éliminé sa compatriote Johanne Defay puis la star américaine Carissa Moore, championne olympique en titre.
« Je suis assez spirituelle, et Teahupoo est spécial pour moi : c’est le lieu de mes plus grandes peurs et de mes plus grandes joies », explique la Polynésienne, qui y disputera ses premiers JO. « Avec Kauli, notre connaissance de la vague peut nous permettre d’avoir un coup d’avance, mais l’océan est imprévisible, aucune vague ne ressemble à une autre ».
Quoiqu’il en soit, la surfeuse garde une idée en tête : le plaisir. « J'ai envie de pouvoir de profiter de la compétition. Ce n'est pas souvent qu'on a les Jeux chez soi ! » souligne-t-elle. « Et puis, l’épreuve en elle-même, une fois les qualifications passées, c’est sans doute ce que je sais faire de mieux. Je suis vraiment contente et je sais que peu importe le résultat, les gens, sur l’île ou en France, nous soutiendront toujours ». Vahine Fierro devient à son tour un mythe polynésien : celle qui défie les normes. Et qu’une médaille aux JO pourrait propulser au sommet.
À voir ou à revoir, « De mer en filles » : dans le quotidien de Vahine Fierro, ou comment les femmes ont conquis le surf à Tahiti
Retrouvez l’histoire de Vahine Fierro qui, à 18 ans, décrochait la médaille d’or aux championnats du monde junior dans ce documentaire de 52 minutes. Elle s’imposait alors comme la première Française à conquérir ce titre depuis 2010, devenant ainsi un modèle pour de nombreuses adolescentes. Des graines de championne tout aussi prometteuses, qui héritent d’une longue tradition.
Article initialement publié le 28 mai 2024, mis à jour le 29 mai 2024.
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