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Sophie Lavaud Broad Peak
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Un sommet après l’autre… la vie d’après de Sophie Lavaud 

  • 24 mars 2025
  • 6 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Y a-t-il une vie quand on a atteint un objectif qui a pris 11 ans de votre existence ?  C’est la question que l’on peut se poser devant Sophie Lavaud qui, en juin 2023, devenait la première Française, tous genres confondus, à avoir gravi les 14 sommets de plus de 8 000 mètres d’altitude. La fin d'un énorme projet, l’aboutissement de 22 expéditions. De quoi laisser un grand vide peut-être. Deux ans après la dernière ascension de sa liste, le redoutable Nanga Parbat, l’impact médiatique est retombé, mais à quoi ressemble la nouvelle vie de Sophie Lavaud, cette « Madame tout le monde » sans prétention, celle qui a fait du « suivisme » sa philosophie ?

Sophie Lavaud doit encore finir son sac : « C'est un sac d'expédition pour 8 000, donc j'ai quand même assez l'habitude, mais c'est toujours les dernières petites choses qu’il faut voir. Je pars pour plusieurs semaines alors… » Interviewée à la veille de son départ pour le Népal, jeudi dernier, la Franco-Suisse renoue avec une vieille habitude, initiée il y a plus d'une décennie maintenant. Direction l’Himalaya et l’Annapurna IV cette fois. Avec ses 7 535 mètres, il est moins convoité que son grand frère, l’Annapurna  (8 091 m) que l’alpiniste a déjà gravi en 2019 au cours de sa quête des 14 sommets de plus 8 000 mètres, mais « c’est très, très, haut, quand même », précise-t-elle. Ce sommet, elle l’a choisi « en hommage à Louis Lachenal et Maurice Herzog ». Il y a 75 ans, le 3 juin 1950, les deux Français en réalisaient en effet la première ascension, sans oxygène. Comme Sophie Lavaud cette année. 

Pour cette prochaine expédition, elle ne change pas ses bonnes vieilles habitudes : Dawa Sangay Sherpa, est en charge de l'équipe sherpa et de la logistique. Sophie ne cache pas qu’elle s’en remet à lui, « sans qui rien ne serait possible pour moi », dit-elle. Et puis aussi, six alpinistes, dont la traileuse Vanessa Morales. Et quelques amis aussi. Car pour Sophie Lavaud, c’est ça l’alpinisme : « Se mettre un bel objectif, passer un bon moment en montagne avec des amis, réussir le sommet, et redescendre en bonne santé ».

Pas trop se prendre la tête, faire une chose après l’autre, cette alpiniste sans prétention au CV pas si fréquent, se prête au jeu de l’interview.

Passer 11 ans sur un projet pareil, ça vous change une femme, non ?

« Je ne sais pas. Je ne sais pas comment expliquer ça… mais peut-être que j'ai abordé ma première expédition en amateur. Je pense que c'est vraiment après l'Everest que ça a changé quelque chose. Oui, c’est en redescendant de l'Everest en 2014 qu’est née cette quête d'altitude. C'est là où j'ai réalisé que je n'avais pas envie d'arrêter les expéditions. C'est là où je me suis mis en tête, petit à petit, de tenter, ces 14 x 8000. Ca a impliqué, en 2015, de démissionner de mon dernier job que j'avais en parallèle, pour me consacrer pleinement au projet. Donc, finalement, on passe d'un himalayisme amateur à un himalayisme professionnel, avec tout ce que ça comporte d'aléas, de travail, de préparation (…). Cette forme d'obsession, de perpétuel recommencement, d'obstination, font finalement découvrir des qualités, voir ce dont on est capable. Et je pense que, tout simplement, ça procure de la satisfaction. »

Tu dis souvent que tu pensais que tu n'étais "pas capable de le faire" : le signe d'un manque de confiance qui remonte à loin ?

« Non, le fait de dire que je ne suis peut-être pas capable, ou que je doute, ce n'est pas forcément par rapport à moi, mais surtout par rapport à tout ce qui entoure ce monde très, très dangereux et aléatoire qu’est l'himalayisme. On a des obstacles en permanence, et il faut trouver des solutions pour les gérer, les affronter, arriver au sommet, et en redescendre en bonne santé. Je peux me casser une jambe, et le projet s'arrête. Voilà, c'est ce côté-là de doute, en fait… 

Tout au long de ton projet, les commentaires n’ont pas toujours été tendres avec toi

C'est vrai qu’on a tellement écrit de choses... Mais c’est comme quand j'avais la société avec mon frère, que j'ai dirigée pendant plusieurs années avec lui, on avait une sorte de credo, on se disait : on travaille avec les gens qui ont envie de travailler avec nous. Et ça, si tu l'appliques dans beaucoup de domaines, ça permet de relativiser beaucoup. Donc, peu importe ce que les gens pensent ou écrivent, finalement.

Une fois bouclés les 14 x 8 000, c’est le grand vide ?

Non, je n'ai pas ressenti ça. Tout le monde s'inquiète de savoir si j’ai le petit blues de l'après-14, mais non, en tout cas, il n'est pas encore arrivé encore. Après, c'est un ressenti mitigé. C'est... Super, c'est fini ! Ah, zut, c'est fini ! C'est un petit peu ça. Mais une fois ce moment passé, c'est important de prendre le temps, de découvrir la réussite. C'est vrai que le fait d'avoir le film et le livre, est une jolie façon de clore le projet. Ce sont deux objets qui plaisent beaucoup, on en est au septième prix pour le film, et le livre a déjà été réimprimé. C’est quelque chose qui va rester. Grâce à ça, 2024 a été un peu une année de transition. Cette année-là, quand je ne suis pas montée dans l’avion et qu’au printemps j’ai vu les arbres en fleurs et toute cette beauté que je n’avais pas vue depuis tant d'années, j’ai réalisé [que c’était terminé]. Mais je vais toujours chercher le côté un peu positif des situations. Et puis ce n’est pas parce que le projet s'arrête que la passion s'éteint. C'est pour ça que j'ai remonté ce projet [Annapurna]un an plus tard et que j'ai envie de repartir en expédition. 

Comment est-ce que ce projet t'est venu à l'idée ? 

Il est venu d'une façon très, très naturelle. Mais il y a longtemps, en fait. À l'hiver 2021, l'hiver du Covid, j'étais au Népal. Avec Dawa Sangay Sherpa, on a gravi 4 sommets de 6 000 m au Népal, dont le Pisang Peak, qui se situe au nord des Annapurna. Pendant des semaines j’ai eu cette grande chaîne sous les yeux, je l’ai trouvé tellement magnifique. Je me suis dit, tiens, il y aurait quelque chose à faire. Et puis, voilà, j'ai mis ça un petit peu dans le coin de ma tête. Et cette année, il se trouve, hasard du calendrier, que c’est le 75e anniversaire de la première ascension. c'est symbolique. Je trouve que c'est une belle façon, finalement, d'honorer les pionniers, de célébrer cette chaîne, sans répéter ce qui a été fait., Mais... Je ne vais surtout pas refaire l'histoire. D'ailleurs, on ne va pas retourner sur la même montagne, ça n'a pas d'intérêt, mais aller tenter les autres sommets de la chaîne. Après ? Je reste toujours dans ma philosophie : un sommet après l'autre, on verra ce qui se passe. Ça permet de rester dans l'univers de l'expédition, mais en faisant quand même quelque chose de différent.

Par quelle voie comptes-tu l’aborder ?

Celle qui a déjà été gravie sur le versant nord. C'est un itinéraire connu, mais comme ça va être une phase vierge quand on va arriver, il y aura quand même beaucoup à décider. Et puis tout dépendra des conditions.

Est-ce que sur ce projet-là tes sponsors continuent de te suivre ? 

Oui, notamment mon sponsor principal, Teamwork, qui me suit depuis 2014. Mais le budget, c’est toujours la partie la plus difficile. Paradoxalement, avec la réussite des 14, je pensais que ça allait être plus facile, mais ça n’est jamais facile. Je n’ai pas vraiment d'explication à ça. Le budget n’est pas encore bouclé à 100 % bouclé, mais pratiquement... Donc, il me permet de partir. Je me dis que, finalement, je ne me débrouille pas trop mal. 

Parmi tes activités, et tes ressources financières, tu fais aussi des conférences sur l’alpinisme… sur le followership, de quoi s’agit-il ?

C’est le contre-pied du leadership. C'est savoir suivre. C'est une façon de revaloriser les équipes. Parce que, seule en Himalaya, je ne vais aller nulle part, comme un dirigeant. C'est la complémentarité des compétences de toutes les personnes qui m'ont entour qui fait que ça a marché. Que ce soit le cuisinier, le météorologue, le Sherpa. Donc, si je reprends juste la symbolique de suivre, moi, je ne fais que suivre les prévisions météorologiques de Yann. C'est lui qui prend la décision de nous envoyer. L’idée, c'est toujours de valoriser les équipes. Ca va vraiment à l'opposé de ce qu'on entend partout, dans toutes les conférences, les livres. Et, justement, ça interpelle et ça plaît. Les entreprises en ont besoin. 

De là à écrire aussi une autobiographie ?

J'ai eu une proposition cette année que j'ai déclinée, parce que je n’en ai absolument pas le temps. D'autant que là, on est encore sur le livre écrit par François [Damilano] : 14 000, de Sophie Lavaud. J’ai encore fait une signature récemment. Donc, c'est prématuré et ça peut coûter tant d'énergie. Donc, il faut avoir la fenêtre, pas météo, mais de temps suffisant pour pouvoir potentiellement s'y consacrer. Je n’en suis pas encore là. Donc, faut voir, comme on dit en Suisse.

Qu'est-ce qui te passionne autant que l'alpinisme aujourd'hui ?

Mais l’alpinisme, c'est ma vie ! C'est mon travail, c'est ma passion. Même mes conférences tournent autour de ça. Et c'est la casquette qui me permet d'avoir quand même un peu des revenus quand je suis ici. C'est ma vie, aujourd'hui. Et depuis longtemps déjà. 

Article publié le 24 mars 2025, mis à jour le 26 mars.

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