Cyprien Verseux est astrobiologiste, il rentre d’une mission de 9 mois dans la zone la plus froide du globe, au fin fond de l’Antarctique. Le scientifique français de 29 ans y a dirigé une mission sur la base Concordia, gérée conjointement par l’Institut polaire français Paul-Émile Victor (IPEV) et le Programme national de recherche en Antarctique (PNRA). Objectif : mieux comprendre le climat, et apprendre à vivre dans des conditions extrêmes. Il en revient avec un livre: "Un hiver antarctique", sorte de carnet de route truffé d’anecdotes humaines et scientifiques.
C’est dans la base Concordia, station franco-italienne créée en 1997, que Cyprien Verseux a passé neuf mois de son existence. En janvier 2018, il posait pour la première fois les pieds dans cette zone polaire, à un peu plus de 3 200 m d’altitude et 1 600 km du Pôle Sud géographique. Neuf mois dans l’un, si ce n’est l’endroit le plus isolé de la planète, où aucun avion ne peut se poser les trois quarts de l’année, compte tenu des températures avoisinant par moments les -80°C.
Cyprien Verseux rêvait de cette aventure scientifique depuis quelques années déjà. L’isolement ne lui faisait pas peur, le Français avait déjà participé à une mission à Hawaï où il était resté confiné dans un dôme pendant 365 jours, avec comme objectif de simuler une future mission sur Mars. Mars, il en sera question, mais c’est de son expérience sur la “planète blanche” que le scientifique a tiré "Un hiver antarctique, paru aux éditions Hugo Image.
Occupé aujourd'hui à monter en Allemagne un nouveau laboratoire en de microbiologie appliquée, le scientifique a répondu aux questions d'Outside, à l'occasion de son passage en France.
L’astrobiologie, qu’est-ce que c’est exactement ?
De façon théorique, l’astrobiologie c’est deux choses : d’une part l’étude des origines de la vie dans l’univers, et de son évolution, donc aussi bien sur Terre que sur Mars ; et d’autre part, c’est comprendre comment utiliser la biologie dans des univers étrangers au nôtre.

La base Concordia est l’une des zones les plus isolées de la planète. Et pourtant, la vie sociale y semble très intense, selon votre récit.
Il y a un rapport particulier aux autres. On est loin de tout, on vit dans des conditions extrêmes, entouré d’un groupe de personnes restreint, forcément on crée des liens humains forts. La communication avec le monde extérieur est limitée, donc on se concentre sur les gens auxquels on a accès. Et puis il y a également une forme d’interdépendance : quand on sait qu’aucun avion ne pourra venir vous chercher pendant neuf mois, on a intérêt à faire confiance à ceux qui sont avec vous.
La vie sur la base Concordia pourrait se rapprocher de ce qu’on vivrait sur Mars par exemple ?
C’est certainement l’endroit sur Terre qui se rapproche le plus de ce que l’on pourrait retrouver sur une base lunaire ou sur Mars. On vit dans un milieu confiné, avec des gens aux profils particuliers - des techniciens, des scientifiques - le cycle jour/nuit est différent de ce qu’on a l’habitude (il fait nuit pendant trois mois sans continuité en hiver).

Il ne faut pas être un peu fou pour vouloir vivre pendant neuf mois dans de telles conditions ?
Cela fait des années que cela m’attire, et c’était encore mieux que ce que j'imaginais. Il est difficile de décrire à quel point les paysages sont beaux là bas. Le ciel, les étoiles, ce désert de glace, c’est incroyable.
Comment l’idée du livre a-t-elle germé dans votre esprit ?
J’avais déjà réalisé un ouvrage par le passé. J’aime énormément lire, je trouve que c’est un moyen idéal de raconter ce genre d’aventure. Pour ce livre en particulier c’est l’éditeur qui m’a directement contacté après m’avoir entendu parler du projet à la radio alors que la mission avait déjà commencé. Il m’a proposé le projet et j'y ai tout de suite adhéré.

Après avoir vécu une telle expérience, on arrive à se projeter dans d’autres projets au retour ? Une mission sur Mars un jour ?
Je suis déjà sur un autre projet, la création d'un laboratoire de recherches en Allemagne. Mais bien sûr, j’aimerais repartir sur ce genre de mission dans le futur. Mars ? Pourquoi pas ! Mais encore faut-il qu’on y aille un jour. Pour l’heure, la NASA prévoit de repartir sur la lune en 2024 et les premières missions sur Mars sont plutôt prévues à échéance 2030-2040. Cela va dépendre de beaucoup de choses, c’est au niveau politique que cela se joue. Mais il est clair que si une mission se monte, je tenterai ma chance !
En attendant de voir ses (éventuelles) photos de Mars, on peut profiter de celles du Pôle Sud, parues dans son ouvrage “Un hiver antarctique”. Editions Hugo Image, 19,95€.

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