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Trop gros pour courir - Vincent Machet
  • Aventure
  • Trail Running

« Trop gros pour courir » : à l’arrière du peloton, Vincent Machet réalise ses rêves

  • 17 janvier 2024
  • 8 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

Courir est pour Vincent Machet un véritable exutoire. D’abord à une vie familiale marquée par les drames, entre la maladie mentale de sa mère et le brusque décès de son père. Mais aussi au « diable dans son esprit » qui l'enferme dans l'obésité morbide. Il raconte son histoire dans « Trop gros pour courir », un livre poignant, sorti mi-novembre, qui tord le cou à bien des préjugés. Une véritable leçon de vie écrite avec talent. Rencontre avec ce sportif hors-normes. 

L’enfance de Vincent Machet n’a pas toujours été rose. Ses parents, un imprimeur fan de montagne et une mère dépressive atteinte d’obésité morbide, l’ont quitté trop tôt, sans vivre leurs rêves. De son premier footing dans la cité phocéenne, pendant l’été 85, à la mythique Marseille-Cassis en passant par le marathon de New York, son envie de sport ne l’a plus quitté. Sa rage de vaincre non plus. Car s’il vit ses aventures en queue de peloton, Vincent n’en demeure pas moins compétitif.  

Ce coureur hors-normes raconte avec pudeur et justesse son étonnant parcours dans « Trop gros pour courir », son premier ouvrage paru aux éditions Mons mi-novembre. Vincent revient sur sa douloureuse histoire familiale mais aussi sur le « diable dans son esprit », un trouble du comportement alimentaire qui le pousse parfois à prendre 25 kg en à peine deux mois. Grâce à la course à pied, « j’ai bâti une forteresse autour de moi » nous a-t-il raconté dans un long entretien. « Quoiqu’il arrive dans la vie, à un moment, il faut contourner les obstacles, essayer de les dépasser, essayer d’avancer. Ne pas stagner, ne pas s’effondrer. J’ai très vite appris que l’on peut mettre un genou à terre. Mais derrière, il faut chercher à se relever ». 

Trop gros pour courir - Vincent MachetTrop gros pour courir - Vincent MachetTrop gros pour courir - Vincent Machet

Pourquoi as-tu décidé de raconter ton histoire à travers un livre ?

C’est quelque chose que j’avais au fond de moi depuis très longtemps. J’avais envie d’écrire. Je le fais déjà sur les réseaux sociaux, notamment pour mes récits de courses, etc. Et puis, j’avais envie de sortir ce que j’avais au fond de mes tripes, mon histoire familiale, tout ça. De lâcher du lest on va dire. L’écriture a été pour moi la meilleure des thérapies, même si ce n’était pas le but initial. […] J’avais aussi quelque part envie de laisser un témoignage de mon parcours. 

La première phrase de ton livre, c’est « Pardonnez-moi, j’ai beaucoup menti »…

Quand on est enfermé dans cette maladie, comme dans d’autres, on est dans une forme de déni, de mensonge un petit peu permanent. […] L’obésité… On n’en est pas fiers. On fait bonne figure devant ses proches. Mais on ne dit pas tout. On cache ne serait-ce que son vrai poids. Un peu comme une personne âgée qui ne veut pas dire son âge. On rabaisse toujours le chiffre aux 10 kilos inférieurs pour rassurer son monde. Donc oui, j’ai beaucoup menti, et souvent. A moi-même, pour commencer.

J’ai l’impression que les médias se sont très vite intéressés à ton histoire. Comment tu l’as vécu ? 

J’ai fait une émission pour une chaîne de télé il y a une dizaine d’années, une comparaison de plusieurs pertes de poids. Moi c’était avec le sport. J’aime bien les médias, j’ai toujours été attiré par ça, puisque je travaille dans la communication. Même si j’ai éprouvé des difficultés de me mettre à nu, à parler de ça, j’ai finalement trouvé que j’étais à l’aise. Et si témoigner de ma propre expérience peut faire écho chez quelques personnes, voire même les aider, je trouve que c’est une bonne idée. 

On a quand-même l’impression, en lisant ton livre, que tu as été déçu par cette expérience. 

Oui. En partie. Car il y a tout de même deux déceptions. D’abord, envers moi-même. Parce que l’image est le reflet de ma maladie, avec la boulimie. Même s’il y a en effet le côté sportif, d’aller de l’avant, de faire pas mal de choses, il y a le côté dégradation du corps. La télé en est une sacrée révélation. S’ajoute à cela la déception de cette émission. Parce que j’ai fait ça avec une chaîne de télé qui frôle avec la téléréalité. Ils ont un peu joué avec les chiffres et le scénario. […] Quand je vois ce qui a été tourné pendant des mois… Je ne peux qu’être déçu du résultat. Le caméraman et la journaliste sont venus, on a fait plein de shootings en extérieur avec de beaux paysages… Mais ils n’en ont retenu que les images les plus crues. Quoiqu’il en soit, au final, je ne suis pas mécontent, même s’ils n’ont pas été très honnêtes sur la forme. 

Dans le livre, tu racontes ton premier marathon. Tu dis qu’à ce moment, tu te sentais « intrus » dans le monde de la course à pied. On t’a fait des remarques ?

Déjà le titre [Trop gros pour courir, ndlr] reflète un préjugé de base, que l’on peut transposer à toutes les formes de différences. Les préjugés, je les ai connus avant le sport, dans la cour de récré avec les petites moqueries. J’ai toujours vécu avec. Des fois ça m’a vexé, des fois j’ai mis des raclées à ceux qui m’emmerdaient trop. Et quand je suis arrivé dans la course à pied, il y a maintenant plus de 35 ans, j’étais un peu l’intrus au milieu de coureurs. On n’en était qu’aux balbutiements de ce sport. J’étais le plus costaud de la bande. Alors oui, il y a eu des regards, des moqueries quelques fois, du côté des spectateurs notamment. Mais finalement, ce n’est qu’une minorité. Car dans l’ensemble, j’ai quand-même été vachement bien accepté. 

Tu te sens toujours « intrus » aujourd’hui ?

Disons que je me trimballe ma différence. Et qu’elle est un peu lourde à porter. Ces dernières années, le regard des gens a vachement évolué. Même si on n’est pas aux États-Unis où là-bas, je me suis senti presque mince à côté de certains coureurs. Un paradoxe assez amusant. […] Quand je m’aligne sur un trail, je connais déjà ma place avant de partir. Il y a tous ces mecs supers affutés… Autant sur la course sur route, tu trouves toutes les morphotypes, autant en trail, c’est quand-même un peu plus rare de voir des hors-gabarits se présenter sur les courses. Donc pour résumer : intrus non, différent oui. Mais différent, un peu comme tout le monde. 

Tu décris souvent la course à pied comme une forme d’exutoire. Après plus de trente ans de pratique, c’est toujours le cas ?

Oui, bien-sûr. Je n’ai pas l’objectif de faire ça pour ma santé. Je le dis souvent : je ne cours pas pour maigrir, sinon ça ferait bien longtemps que je serais maigre avec tous les kilomètres que j’ai parcourus. Par contre, je peux chercher à perdre du poids pour pouvoir m’aligner sur une course, mettre un dossard et tenir le temps réglementaire. […] Je cours vraiment pour être heureux, pour être libre, parce que ça m’apporte un équilibre. Et la conséquence de tout ça, c’est que ce sport représente un exutoire. Car quand je cours, une fois que les endorphines sont montées, tous mes tracas se rangent sur les côtés. Et je me sens bien. 

Quelle est ta relation à la performance, au chrono ? 

Elle est ambigüe. C’est-à-dire qu’à la fois je ne recherche pas le chrono. J’ai une belle montre dernier cri – parce que je suis victime de la mode. Mais je ne me chronomètre pas. Quand tu sais que tu vas arriver derrière, des fois loin derrière… Quel intérêt ? Je dis ça mais en même temps, je regarde quand-même mes chronos après les courses. Souvent en me disant : « La prochaine fois, tu as intérêt à te bouger pour faire mieux ». 

J’ai un esprit de compétition. C’est paradoxal de dire ça quand on est souvent dernier. Pas plus tard que ce week-end, j’avais un concurrent sérieux devant moi. J’étais à la dernière place, lanterne rouge. Je me suis fait un plaisir de le dépasser, de le déposer et de lui mettre dix minutes dans la vue. Un petit challenge à la con, parce que ça ne veut vraiment rien dire. Je suis malgré tout animé par cette notion de défi, de challenge, de compétition. Je ne regarde pas le temps, mais je suis content quand je fais des chronos acceptables. 

Être la lanterne rouge des courses, ce n’est pas décourageant à force ? 

J’ai passé l’âge d’être découragé. Et puis j’ai tellement pris de plaisir en course que j’ai rapidement laissé mon orgueil de côté. Je suis juste conditionné par la joie d’être là, de finir mes courses, de passer l’arche d’arrivée. Quel que soit ma place, mon chrono. Tant que je reste évidemment dans les temps impartis pour ne pas gêner l’organisation, les bénévoles. 

Tu cours des marathons, des trails, tu t’entraînes régulièrement… Pourquoi tu ne perds pas de poids ? 

Parce que le moteur, il est mental. Certaines personnes vont aller chercher le bénéfice de la course à pied pour perdre 30 kilos. Tout en arrangeant, en parallèle, leur problème d’hygiène alimentaire. Le cumul des deux va te faire fondre. Moi, j’ai une problématique différente : mon mental me joue des tours. Il y a des moments où je me remets en crise de boulimie. Je ne suis pas bien, je m’entraîne moins. Et comme c’est une forme de déni, je ne m’en rends pas vraiment compte. Alors parfois, sur des périodes très courtes, je peux reprendre, comme ça a été le cas l’année dernière, 25 kilos sur deux mois. Là, tu as beau faire tout le sport que tu veux, la prise de poids est fulgurante. Il faudrait que je courre 10 heures par jour pour pouvoir éliminer toutes les calories que j’ai ingurgitées. Pour moi, il y a une vraie différence entre ma maladie et ma passion pour la course. 

Comment tu vis avec les troubles du comportement alimentaire au quotidien ? 

J’ai trouvé un équilibre. Certes, je suis toujours en obésité morbide. Et j’ai toujours des crises [de boulimie, ndlr] même si depuis un an, j’ai reperdu trente kilos. Actuellement, j’arrive à m’astreindre à une diète assez sévère tout en ré-augmentant mes volumes d’entraînement en course en pied. Et ça, c’est bénéfique. Quand tu as fait le yoyo pendant des années, autant la prise de poids est d’une rapidité fulgurante, autant la perte de poids est très lente, avec des plafonds à certains moments. C’est bien plus compliqué qu’à 30 ans où j’avais voulu perdre 50 kilos. En huit mois, ça avait été réglé. À 50 ans, ce n’est plus la même limonade. […] Je sais que si j’ai une grosse décharge émotionnelle, la perte d’un proche ou autre, ça peut déclencher des moments où je plonge complètement.

L’alternance prise de poids/perte de poids cumulée à l’entraînement en course à pied n’a-t-elle pas usé tes articulations ? 

Il n’y a pas de mystère là-dessus : ça a un impact sur tout. Sur mes tendons par exemple – je me suis claqué le soléaire à deux reprises. Après, je me prépare un jour, pas maintenant parce que c’est trop tôt, à mettre le clignotant. Et à ne pas faire que de la marche, à refaire aussi du vélo. J’en faisais quand j’étais plus jeune. […] Alors bien sûr, que mes genoux ont pris. Mais je m’entraîne. Je ne fais pas que de la course. Je fais de la marche, du renfo, du gainage, de la muscu pour le dos, de la proprioception... Donc ma carcasse se porte d’elle-même. Je sais quand-même qu’avec le temps, je vais accumuler les problèmes. Et je pense qu’à 60 ans, il sera peut-être temps de songer à ralentir le rythme de mes entraînements, et de mes courses. J’en fais déjà moins qu’avant, et sur des distances plus courtes. (Vincent Machet a bouclé dernièrement la Saintétic, distance la plus courte de la SaintéLyon, 13 km, ndlr)

Vers la fin de ton ouvrage, tu écris souvent « L’important, c’est de trouver sa place ». Tu l’as trouvée aujourd’hui ? 

Oui. Finalement, je me sens légitime dans ce que je fais, dans ma passion. Je me fous un peu du regard de certains. Voilà, je suis un coureur. Un coureur lent. Un coureur atypique. Mais je vis mes rêves. Ils ne sont pas énormes, certains sont même réalisables. Oui, je me sens à ma place. Je tiens tout de même à préciser que je ne suis pas un exemple. Je vois souvent, sur les réseaux, des gens qui me trouvent inspirant, qui me voient comme un exemple. Mais non, surtout pas. J’ai mon propre parcours, ma propre ligne de vie. Si un jour quelqu’un doit commencer la course à pied parce qu’il est en obésité, il faut se faire aider. Pour régler les problèmes dans l’assiette, dans la tête aussi. Et faire appel, sans hésiter, à un coach pour avancer. À son rythme. 

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