Atteindre le sommet était leur seule porte de sortie. En août 2025, après quatre jours d’effort sur la face est du Yerupajá, Marc Toralles, Bru Busom et Rubén Sanmartín atteignent enfin les 6 634 mètres du géant péruvien. Ils viennent d’ouvrir L’essència del compromís (« L’essence de l’engagement »), une voie de 3 000 mètres cotée 6c+, M6+ et 95°, sur une montagne qui n’avait connu que trois ascensions au cours des vingt-cinq dernières années. Un an plus tard, cette traversée leur vaut un Piolet d’Or, le premier jamais décerné à une cordée espagnole. Au-delà de l’exploit, le jury récompense une certaine idée de l’alpinisme, discrète, brute et indépendante, portée par trois amis qui choisissent leurs projets et les financent de leur poche afin de préserver ce qui compte le plus à leurs yeux : leur liberté.
Le Yerupajá occupait depuis des années une place à part dans l’imaginaire de Marc Toralles et Bru Busom. Tous deux guides de haute montagne UIAGM et figures reconnues de l’alpinisme catalan, ils étaient fascinés par ce sommet isolé, point culminant de la cordillère Huayhuash et deuxième plus haut du Pérou derrière le Huascarán.
Marc découvre la cordillère Huayhuash en 2017, lors d’une tentative d’ascension du Jirishanca, voisin du Yerupajá. Deux ans plus tard, il revient avec Bru pour ouvrir une voie sur le Siula Grande. Leur tentative tourne court lorsqu’une chute de pierres blesse leur troisième compagnon, Roger Cararach. La pandémie retarde leur retour jusqu’en 2022. Ils ouvrent alors Ànima de Corall, une voie de 1 100 mètres aux difficultés allant jusqu’au 7b, A3, AI5 et M6, qu’ils considèrent encore comme la plus difficile de leur carrière. Récompensée par le prix FEDME en 2022, elle figurera l’année suivante parmi les voies nommées aux Piolets d’Or. « Au fil de tous ces voyages au Huayhuash, nous avions le Yerupajá devant nous et nous nous disions : “Putain, cette montagne est vraiment magnifique. Cette ligne nous plaît.” C’était un projet pour l’avenir. On le gardait dans un coin de la tête, avec l’envie d’y aller un jour. En 2025, nous avons décidé que ce serait le bon moment », raconte Bru.
« L’essence de l’engagement » jusqu’au point de non-retour
Au Pérou, le Yerupajá est surnommé « Carnicero », le boucher. Considéré comme l’un des sommets les plus difficiles de la cordillère, il n’a été gravi pour la première fois qu’en 1950, par les Américains James Maxwell et David Harrah. Les deux hommes redescendent avec de graves gelures qui leur coûtent plusieurs doigts et orteils. Depuis, une douzaine d’ascensions tout au plus ont été recensées, pour une liste d’échecs bien plus longue. Au cours des vingt-cinq années précédant le passage de Marc Toralles, Bru Busom et Rubén Sanmartín, seules trois cordées avaient atteint le sommet, la dernière en 2014. Le nom Yerupajá signifie pourtant « aube blanche » en quechua et évoquerait l’apparition de la lueur de la lune.
« Nous avions une idée assez claire de la ligne que nous voulions emprunter à la montée : l’arête est que l’on voit depuis Carhuacocha [lac qui se trouve au pied du Yerupajá et du Siula Grande ]. En revanche, il fallait encore comprendre comment redescendre du sommet. Nous avons étudié plusieurs possibilités. La première consistait à descendre de l’autre côté, par la face ouest, qui semblait praticable sur les photos, mais nous ne savions pas ce que nous allions trouver en termes de neige et de conditions. Et, franchement, elle ne nous inspirait rien de bon. L’autre solution, que nous avait suggérée Beto Pinto, un guide local, consistait à emprunter la face sud-est, plus complexe, mais qui nous paraissait aussi plus sûre. Mais pour cette deuxième solution on devait également déterminer comment traverser le glacier situé en contrebas. »
Quelques jours avant le départ, Marc, Bru et Rubén remontent jusqu’à environ 5 400 mètres sur le glacier au pied de la montagne pour reconnaître l’itinéraire de descente qui devra, plusieurs jours plus tard, les ramener au camp de base. Le 4 août, ils s’engagent sur la face est. « Si l’un de nous tombait, il entraînait les deux autres. Il fallait donc veiller à ce que personne ne chute. Tu grimpes alors avec une pression énorme, très lentement, en assurant chaque pas », témoigne Marc Toralles dans la vidéo consacrée à l’ascension. Plus ils montent, plus la possibilité de faire demi-tour s’éloigne.
Nous savions qu’une fois engagés sur l’arête, il serait très difficile de faire demi-tour. Nous n’avions pas assez de matériel pour redescendre entièrement par le même itinéraire. Notre meilleure option était d’atteindre le sommet, puis de tenter l’une des deux descentes repérées. C’est là que résidait le véritable engagement de l’ascension : atteindre le sommet n’était plus seulement l’objectif, c’était devenu notre seule issue.
Au bout de quatre jours, ils atteignent le sommet principal du Yerupajá. Mais la sortie est encore loin. Une arête étroite, hérissée de champignons de neige, les sépare du Yerupajá Sur, à 6 480 mètres. Six cents mètres supplémentaires qu’ils doivent parcourir avant de pouvoir entamer la descente par la face sud-est, repérée quelques jours plus tôt. Une succession de rappels sur Abalakov et de pieux à neige leur permet de rejoindre le glacier, puis le camp de base. Leur traversée aura duré cinq jours.
« Une fois sur l’arête supérieure, il n’existait aucune possibilité réaliste de repli », souligne le jury, qui insiste également sur les possibilités très limitées de secours extérieur et sur la préparation minutieuse de la cordée. Autonomie, engagement et qualité de l’ascension sont au cœur des Piolets d’Or, où la manière de gravir une montagne compte autant que la difficulté pure. « Sur ce type de montagne, cela fait partie du jeu, souligne Bru. Rien n’est écrit à l’avance. Tu ouvres une voie là où personne n’est passé depuis très longtemps et, une fois sur place, tu dois prendre des décisions sans savoir si ce sont les bonnes. Parfois, après coup, tu te dis qu’une autre solution aurait peut-être été préférable. Mais dans notre cas, je pense que rejoindre le sommet sud, puis descendre vers le glacier que nous avions repéré quelques jours plus tôt, était le meilleur choix. »
Vous venez de recevoir le Piolet d’Or pour L’Essència del Compromís, une première pour une cordée espagnole. Qu’est-ce que cette récompense représente pour vous ?
Marc : Ce qui me fait surtout plaisir, c’est la manière dont nous sommes arrivés jusque-là : avec humilité, avec motivation, en faisant les choses sans chercher à être reconnus. Bien sûr que recevoir ce prix nous fait plaisir, mais nous n’allons pas en montagne pour être vus ni pour revenir avec une belle photo à montrer. Je crois que le jury cherchait un peu à récompenser cette façon de faire en nous décernant ce prix. Aujourd’hui, les modèles des jeunes sont souvent ceux qu’ils voient sur les réseaux sociaux, et ce qu’ils y voient ne correspond pas forcément à ce que nous revendiquons. Pouvoir devenir, nous aussi, une référence est l’un des aspects qui me réjouit le plus.
Vos financez essentiellement vos expéditions de vos poches. Pourquoi est-ce si important pour vous ?
Bru : Cela fait partie de ce qui nous plaît. Les choses demandent des efforts. Si tu veux vraiment les faire, il faut t’en donner les moyens et les mériter. Prendre le chemin le plus facile ne nous a jamais attiré. Personnellement, je suis fier d’avoir payé mes expéditions. C’est quelque chose qui compte pour moi : je dois dégager du temps et trouver l’argent nécessaire pour pouvoir partir. Cela signifie que j’ai vraiment envie d’y aller, avec toute la motivation et tout l’enthousiasme que demande une ascension de ce type. C’est finalement une partie de notre façon de pratiquer la montagne. Si, à l’avenir, quelqu’un souhaite financer nos expéditions, nous serons probablement ouverts à cette possibilité, parce que nous aimons ça. Mais ce serait surtout pour pouvoir aller sur des montagnes que notre budget actuel ne nous permet pas d’envisager. Tant que j’ai les moyens de payer moi-même une expédition, je préfère continuer à le faire.
Pour donner un ordre de grandeur, combien vous a coûté l’expédition au Yerupajá ?
Bru : Entre 4 000 et 4 500 euros par personne, billets d’avion compris. Cela reflète notre manière de voyager et le type d’ascensions que nous choisissons. Au Pérou, la principale dépense est finalement le billet d’avion. Sur place, nous allons au marché acheter nous-mêmes notre nourriture et nous essayons de gérer toute la logistique par nous même. Nous faisons appel aux services de quelques muletiers et de taxis, et louons des tentes simples, sans cuisinier ni équipe pour nous assister. Cela réduit les coûts, mais surtout, c’est de cette manière que nous nous sentons à l’aise. Et nous pouvons nous le permettre parce que le coût n’est pas extrêmement élevé. Ce qui nous coûte peut-être le plus cher, finalement, c’est de dégager du temps. Ce sont des périodes pendant lesquelles nous ne travaillons pas (en tant que guides). Au-delà de l’argent que nous dépensons, le coût le plus important est donc aussi ce que nous cessons de gagner. Sur d’autres montagnes, où les budgets sont beaucoup plus élevés, cet aspect prend encore davantage d’importance.
Le fait de ne pas avoir de pression médiatique ou de retombées économiques derrière vos expéditions vous donne-t-il aussi une certaine liberté dans votre manière de pratiquer l’alpinisme ?
Marc : Oui, cela change forcément notre manière d’aborder l’activité. Tout repose davantage sur la motivation pure : tu pars parce que tu en as vraiment envie, et tu peux aussi décider de renoncer sans autre pression que celle que tu t'imposes toi même. Ça se ressent, surtout lorsque tu rentres sans avoir gravi la montagne parce que les conditions ne t’ont pas paru suffisamment bonnes. Tu n’as alors aucune histoire à raconter pour te justifier. Tu rentres chez toi, tu vas boire quelques bières avec tes amis et puis c’est tout. Tu n’as pas besoin de dire : « C’était à cause du mauvais temps », « une dépression est arrivée »… Personne ne revient jamais d’une expédition en disant que l’échec est dû à sa propre erreur ou à sa propre responsabilité, n’est-ce pas ? Ce sont toujours des facteurs extérieurs. Je suppose que cela vient de la pression que tu ressens lorsque quelqu’un t’a donné de l’argent et que tu dois ensuite te justifier auprès de lui. Jusqu’à présent, nous sommes libres de tout cela. Nous n’avons de comptes à rendre à personne.
Vous avez pourtant des sponsors – Marc est notamment sponsorisé par Black Diamond, qui lui procure du matériel. Comment faites-vous pour conserver cette liberté dans une relation qui implique nécessairement une forme de visibilité ?
Marc : J’ai des sponsors, et certains me donnent un peu d’argent, mais notre relation est très organique. Ils ne m’imposent rien qui me mette mal à l’aise. Je peux dormir tranquille, sans me dire que je suis en train de me prostituer sur les réseaux sociaux. Je pense que nous avons trouvé un bon équilibre. Je constate aussi que certaines marques ou certaines structures commencent à rechercher ce type de profil moins médiatique, en s’intéressant davantage à la personne, à ce qu’elle transmet et à ce qu’elle fait, plutôt qu’à son nombre d’abonnés.
Mais cette liberté doit aussi avoir ses limites. Avez-vous déjà dû renoncer à des projets simplement parce que vous n’aviez pas les moyens de les financer ?
Mar : Bien sûr. Il y en a beaucoup. La liste des endroits où nous ne pouvons pas aller est longue. Mais il faut toujours avoir des objectifs et des rêves, tout en sachant être heureux avec ce que l’on peut faire. Sinon, tu seras toujours aigri. Jusqu’à présent, avec ce que nous faisons, nous vivons nos aventures et nous nous amusons. Oui, nous aimerions faire des choses plus grandes, aller plus haut, mais je me sens satisfait de ce que nous avons accompli jusqu’ici.
Est-ce que le Piolet d’Or risque malgré tout de changer quelque chose, dans votre manière de faire ou dans le regard que les autres portent sur vous ?
Marc : C’est une question à laquelle je réfléchis. Je veux la garder à l’esprit, parce que je ne veux pas que le prix me change. Il est impossible que ça ne modifie pas un peu la manière dont les gens te voient et considèrent ce que tu fais, mais je veux conserver l’essence de ce qui nous a conduits jusqu’ici.
Bru : Le regard des gens va forcément changer. À Terrassa, où j’habite, on me demandait : « Tu as gravi l’Everest ? » Je répondais : « Non, mais j’ai gravi le Yerupajá. » Et on me répondait : « Ah, d’accord, ça ne m’intéresse pas alors. » Si tu n’as pas gravi l’Everest, tu n’as aucune reconnaissance. Mais maintenant, tout à coup, nous avons remporté un Piolet d’Or. Forcément, le mot « or » va changer la manière dont les gens nous regardent. Tout à coup, nous allons devenir des références à leurs yeux. En revanche, dans ma manière de vivre, je veux essayer de rester aussi tranquille que possible et continuer à vivre comme je l’ai toujours fait, parce que je suis heureux comme ça. Je n’ai pas besoin de me justifier ni de nourrir mon existence de ce que les autres pensent de nous, de l’idée que nous sommes les meilleurs. Ce n’est pas ce qui me fait avancer ni ce qui donne un sens à ma vie.
Le jury des Piolets d’Or a notamment souligné que cette ascension montre qu’il est encore possible de vivre de grandes aventures en dehors de l’Himalaya. Est-ce aussi quelque chose qui guide vos choix de destinations ?
Bru : Oui, c’est un véritable sujet pour nous. Nous aimons beaucoup le Pérou, notamment pour la relation que nous pouvons avoir avec les habitants. Le fait de parler la langue nous rapproche énormément. Nous arrivons dans un village et nous pouvons directement parler avec les habitants. On peut plaisanter avec eux, échanger, et finalement essayer de comprendre leur réalité et leur manière de vivre de façon beaucoup plus directe. L’expérience culturelle que nous vivons là-bas est très agréable et nous nourrit aussi en tant que personnes. Quand nous allons dans l’Himalaya, la barrière de la langue se ressent davantage. Nous pouvons évidemment nous y sentir très bien et la culture y est également formidable, mais ce que nous apporte le Pérou me fascine particulièrement.
Bien sûr, les plus grandes et les plus hautes montagnes se trouvent dans l’Himalaya. Mais le monde entier est rempli de montagnes plus modestes, et il n’est pas nécessaire d’aller sur les plus hauts sommets de la planète pour vivre des aventures fortes.
Hier encore, nous plaisantions avec Marc à propos d’une anecdote qui m’a beaucoup fait rire, mais qui m’a aussi fait réfléchir. Là-bas, les habitants nous demandent toujours : « Pourquoi allez-vous au sommet ? Pourquoi voulez-vous monter là-haut ? Qu’est-ce que vous cherchez ? » Eux ne ressentent pas cette curiosité. Ils vivent tranquillement dans leur village et n’ont aucune raison d’aller voir ce qu’il y a au sommet. Ils sont d’ailleurs persuadés qu’il y a de l’or là-haut et que nous montons pour le récupérer. Cette fois, nous sommes redescendus de la montagne et, quelques mois plus tard, nous avons reçu un Piolet d’Or. Finalement, ces gens savaient peut-être mieux que nous ce que nous allions chercher là-haut. Je trouve ça assez beau. Ce sont parmi les conversations les plus intéressantes que nous ayons avec eux. Ils sont heureux avec très peu de choses, alors que nous avons besoin de mille choses. Ils cherchent donc une raison pour comprendre pourquoi nous sommes prêts à faire tout cela simplement pour atteindre un sommet. Et, finalement, la raison qu’ils avaient imaginée correspond exactement à ce que nous avons trouvé là-haut. C’est une très belle boucle qui se referme.
Cette fois, nous sommes redescendus de la montagne et, quelques mois plus tard, nous avons reçu un Piolet d’Or. Finalement, ces gens savaient peut-être mieux que nous ce que nous allions chercher là-haut.
Ça fait maintenant dix ans que vous grimpez ensemble ? Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Marc : On s’est rencontrés en 2016, grâce à un ami commun. À partir de là, nous avons constaté que nous avions les mêmes motivations, les mêmes aspirations et un niveau équivalent. Ça nous a permis de progresser et de grandir ensemble. C’est important de bien s’entendre et d’être de bons amis parce qu’il est difficile de trouver quelqu’un qui soit prêt à partir avec toi au moment où tu en as envie. Dans notre vie quotidienne, chacun a son entourage et mène sa vie, mais lorsqu’il s’agit de partir en expédition, nous avons une complicité qu’il est difficile de retrouver avec quelqu’un qui ne connaît pas ce type d’environnement. Là-bas, je suis très tranquille. Si Bru grimpe en tête ou prend une décision, je sais que son jugement est solide. Si je le vois progresser lentement, je sais que c’est parce que le passage est difficile. Cette confiance est difficile à retrouver avec quelqu’un d’autre, et c’est pour cela que nous essayons de partir ensemble dans ce type d’endroit.
Bru : Aujourd’hui, nous nous connaissons extrêmement bien, nous sommes parfaitement accordés et nous savons comment l’autre va agir. Cela nous permet d’être efficaces. Au bout du compte, c’est aussi ça, former une équipe. Partir avec quelqu’un d’autre signifierait presque repartir de zéro, devoir retrouver comment fonctionne la cordée et reconstruire cette confiance et cette complicité qui sont nécessaires pour pouvoir se rendre à ces endroits. Finalement la force de notre cordée réside dans notre amitié.
Avez-vous des prochains projets qui se profilent ?
Bru : Nous avons mille projets, mille choses que nous avons envie de faire. Mais nous venons de travailler tout l’été. Le moment est venu d’être chez nous, de profiter de l’endroit où nous sommes, de nous remettre en forme et de ne pas penser sans cesse à la prochaine ascension. Lorsque la motivation reviendra, nous commencerons à ressentir le feu revenir, et nous nous dirons, « Allez, et si nous allions là-bas ? » Mais nous ne sommes pas en permanence en train de nous dire : « Maintenant, ce sera cela ; l’année prochaine, autre chose », avec un programme sur dix ans de tout ce que nous allons faire. Peut-être que l’année prochaine nous n’en aurons pas envie, tout simplement, ou peut-être que si.
Marc : Pour moi, ne pas partir cette année m’a aussi fait du bien. Il y a toujours cette question : « Et maintenant, quelle est la prochaine ? » Parfois, je ne sais pas si tu vas quelque part parce que la société attend cela de toi ou parce que tu en as réellement envie. Il ne faut pas non se prendre la tête. J’ai vu certaines personnes subir cette pression sociale et finir par perdre leur motivation. Elles vont dans certains endroits par inertie, et non parce qu’elles en ont envie. Finalement, cela doit venir lorsque nous sentons que nous avons le feu et l’envie de partir. Cette énergie que nous ressentons pour les projets fait partie de ce qui nous définit.
Pensez-vous qu’avec l’âge, cette motivation, ce feu, puisse un jour s’éteindre ? Avez-vous peur qu’il disparaisse ?
Marc : Je n’en ai pas peur. Je vois bien que cela finira par arriver, mais je pense que la motivation se transformera. Elle se déplacera vers autre chose ou vers des activités différentes. Je ne me pose pas vraiment la question. Pour le moment, je suis toujours très motivé. Il ne faut pas forcer les choses et il faut surtout faire chaque chose lorsque tu en as envie. Il ne faut pas dire : « Je le ferai l’année prochaine » ou « Je ne le ferai pas », parce que, l’année suivante, ton envie aura peut-être changé et tu voudras autre chose. Il faut vivre au jour le jour.
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