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Tim Friede s'est injecté des doses létales de venin pendant prés de 20 ans.
  • Société

Tim Friede, 200 morsures de serpents pour un antivenin universel

  • 3 juin 2019
  • 21 minutes

Kyle Dickman Kyle Dickman Kyle Dickman est pompier et rédacteur à Outside. Il a passé 5 saisons à combattre les incendies en Californie. Ces reportages ont été nommé aux National Magazine Award.

En près de 20 ans, Tim Friede a subi 200 morsures de serpents et quelque 700 injections de venins mortels. Son but : s'immuniser et donner son sang à la science. Une quête quasi-masochiste d’un antivenin universel qui pendant longtemps n’a pas franchement été prise au sérieux. Jusqu’au jour où un spécialiste en immunologie voit une vidéo de lui sur YouTube et retient son souffle, convaincu d’être tombé sur une pépite.

Le monde remerciera peut-être un jour Jacob Glanville. Ce jeune Américain diplômé en immunologie cherchait à se faire un nom dans le champ des vaccins universels quand il est tombé sur Tim Friede, un mécanicien qui s’inoculait des doses mortelles de venin de serpent depuis près de 20 ans.

En mars 2017, Jacob Glanville quitte le laboratoire de recherches pharmaceutiques Pfizer pour lancer sa start-up, Distributed Bio. Il vient de développer une méthode novatrice pour accélérer la mise au point de nouveaux traitements. Elle consiste à extraire des anticorps (ces protéines du sang que les vertébrés produisent pour lutter contre les virus, les bactéries et les toxines) directement chez les patients. Une technique qu’il espère voir un jour appliquée dans la recherche contre le cancer. Sur Google, il se met en quête d’une personne ayant survécu à un mélanome. Suivant le fil de ses pensées, il tape par erreur "venin" (venom en anglais, N.D.L.R) au lieu de "mélanome" (melanoma). "Survivant morsures serpent répétées" s'affiche dans la barre de recherche. Il découvre alors Tim Friede et ses innombrables videos.

Cela fait 19 ans que cet Américain parle de ses aventures, dans le seul but
d’aider les chercheurs à mettre au point un antivenin universel. On parle
beaucoup de lui sur le web. Jacob Granville tombe sur un article
évoquant la vidéo YouTube, la préférée de Tim Friede : il veut y prouver
qu’il est immunisé contre le venin de deux des serpents les plus
dangereux au monde. On le voit tenir la tête d’un taïpan de Papouasie
face à son bras gauche. Son bras droit saigne déjà, souvenir du mamba
noir de trois mètres de long qui vient de le mordre. Les crochets du
taïpan s’enfoncent dans son bras. Le venin de ces reptiles peut provoquer
un arrêt cardiaque en quelques heures. Les autres symptômes sont
généralement immédiats, comme les paupières qui tombent ou la
paralysie de la langue. L’homme replace calmement le deuxième serpent dans sa cage et se tourne vers la caméra : "J’adore ça, j’adore ça, j’adore
ça."

Les scènes fascinent Jacob Granville autant qu’elles le mettent mal à l’aise. "Le voilà, mon putain de sésame !" Le système immunitaire du mécano semble capable de neutraliser des dizaines de toxines différentes. Le jeune scientifique est intrigué : peut-il appliquer sa méthode d’extraction d’anticorps au cas de Tim Friede et créer un antivenin universel ?

Tim Friede, le scientifique Ray Newland, et Jacob Glanville dans les bureaux de Distributed Bio à San Francisco.
Tim Friede et les scientifiques Ray Newland et Jacob Glanville dans les bureaux de Distributed Bio à San Francisco. (Peter Prato)

Tim Friede est au volant quand son téléphone sonne. Cet appel est inespéré, il l'attendait depuis longtemps. Les deux hommes scellent rapidement un accord. Tim Friede fournira ses anticorps, Jacob Granville son savoir. Si un antivenin est mis sur le marché, ils profiteront des bénéfices à parts égales. Ils visent loin, mais les zéros pourraient bien un jour s’aligner.

Ils ne se rencontreront en personne que quelques mois plus tard, en 2018. Jacob Granville, 38 ans, 1,88 mètres, visage rond encadré par des cheveux bruns bouclés, est accompagné de quatre autres jeunes experts en immunologie.

L’homme aux 200 morsures de serpents a 51 ans et fait à peu près la même taille que Granville. Cheveux grisonnant très courts, des pattes clairsemées se terminant sur un bouc et un visage émacié. Il porte un jean usé et des chaussures de sécurité. Il a la voix rocailleuse du fumeur et une certaine appréhension face à tant de gros cerveaux. "J’étais complètement terrifié", dit-il au sujet de son vol pour San Francisco, où il a rencontré l’équipe. Et d'ajouter: "c'était le plus beau jour de ma vie".

La où tout a commencé

Une semaine plus tôt, j’avais invité Tim Friede à dîner chez lui, à Green Bay, dans l'Etat du Wisconsin. Je voulais comprendre ce qui avait déclenché cette obsession en lui. Pour nous retrouver, il m'avait indiqué un restaurant de viande.

Né de deux instituteurs qu’il ne connaîtra jamais, Tim Friede est adopté à trois mois et élevé par un père policier et une mère au foyer, dans la banlieue de Milwaukee, sur la rive du lac Michigan. Il passe son temps dehors, chassant les serpents et rêvant d’intégrer les forces spéciales. À 19 ans, il tire un trait sur l’armée et se fait embaucher comme laveur de vitres sur les gratte-ciel de Milwaukee.

À 30 ans, il suit une formation pour apprendre à extraire le venin des araignées et des scorpions. Il espère en faire son métier au sein de la recherche médicale. Quelques morsures plus tard, il adopte une vipère cuivrée. Le début d’une longue série. C’est à cette époque qu’il entend parler d’auto-immunisation. Une méthode ancestrale consistant à s’exposer toujours un peu plus à des substances nocives — toxines, bactéries, virus — contre lesquelles le corps humain produit des anticorps. En 2000, Tim Friede commence donc à s’inoculer du venin de serpent. Bientôt, il le fait à l’aide de seringues qu’il se procure auprès de l’épouse de son meilleur ami, Karen, une assistante vétérinaire.

Il se fait mordre par un serpent pour la première fois au lendemain du 11-septembre. Quelques jours auparavant Karen avait trouvé la mort dans un accident automobile, laissant ses deux enfants dans le coma. Dévasté, Tim Friede force un soir sur la bouteille et tente de traire son cobra égyptien. Le reptile lui échappe et enfonce ses crochets dans son majeur gauche. Le mécanicien a commencé l’auto-immunisation un an plus tôt. Il s’est déjà injecté 0,26 milligrammes de venin de cobra dilué dans une solution saline — une dose qui suffit à lui offrir un sursis. Sur le cliché que son épouse a pris quelques minutes après, on voit un homme heureux, le visage plus rond, la main en sang sous la truffe de son pitbull que serre tendrement un petit garçon de six ans, tout sourire. C’est l’une des deux photos que le mécanicien garde sur son réfrigérateur. "Cet instant a tout fait basculer : j’avais battu la mort."

Tim Friede tien l'une de ces deux photos affichées sur le frigo. On le voit avec son fils et son chien juste après sa première morsure par un cobra égyptien.
Tim Friede avec son fils et son pit bull, juste après sa première morsure par un cobra égyptien. (Peter Prato)

Il la provoque de nouveau à peine une heure après. Morsure encore fraîche sur le doigt, Tim Friede, regonflé à bloc, s’approche des cages dans lesquels vivent ses serpents. Il choisit un cobra à monocle, qu’il saisit à mains nues, le "Naja kaouthia", il l’appelle de son nom scientifique. Son animal de compagnie lui perfore le biceps droit. "J’étais mort de trouille", se souvient-il. Il s’écroule. Entièrement paralysé. Il entend les secours arriver et se demander s’il est encore en vie. Il est réanimé grâce à six doses d’antivenin fournies par le zoo puis reste quatre jours dans le coma. "Ça me fait encore mal d’en parler. Un putain d’échec, juge-t-il. Je voudrais rayer cet épisode de la carte." C’est l’histoire qu’il donne quand on lui pose la question de son obsession. Après cela, il se fixe pour objectif de survivre à deux morsures venimeuses qu’il s’infligera coup sur coup. Et sans remède cette fois-ci.

A chaque espèce, son venin

Il commence par acquérir, en autodidacte, des notions plus poussées d’immunologie. Il espère ainsi pouvoir s’auto-vacciner dans des conditions plus sûres. Lorsqu’il se fait mordre ou qu’il s’injecte des toxines, ses lymphocytes (cellules) B, où sont fabriqués les anticorps, sécrètent des milliers de ces derniers, tous différents, pour contrer chacune des nombreuses protéines qui composent un venin. Dans un premier temps, l’échec est plus fréquent que la réussite. À la manière de clés enfoncées dans des serrures au hasard, ils ne correspondent pas, sauf quelques-uns, inévitablement. Le corps évolue en temps réel, le sang se transforme. Quand Tim Friede reçoit du venin, ses lymphocytes B ne produisent à présent que les bons anticorps, sans cesser en parallèle de tester et d’améliorer leur efficacité. Plus il s’injecte de venin, plus ses anticorps deviennent performants.

Son projet est titanesque : à chaque espèce, son venin (composé de 20 à 70 protéines et enzymes toxiques), et à chaque venin sa façon de tuer, mutiler, blesser… Pour survivre aux morsures de serpents de différentes espèces, l’Américain a besoin d’anticorps à même d’en neutraliser les toxines les plus dangereuses, que ce soit chez le crotale ou le cobra. Il lui faut en outre en avoir en permanence des légions dans le sang. Décidant que toujours plus c’est toujours mieux, il veut s’exposer au venin aussi souvent que possible.

Tim Friede chez lui à Green Bay.
Tim Friede chez lui à Green Bay. (Peter Prato)

Notre dîner se termine. Tim aperçoit une amie, nous la rejoignons au bar, où sont aussi rassemblés les serveurs. Tim les cloue sur place avec son histoire et le programme qu’il s’inflige.

"Quand je me fais mordre par un cobra d’eau, l'un des serpents les plus venimeux d’Afrique, mon corps enchaîne les essais clé/serrure, il recommence des millions de fois", explique-t-il. Captivant son public, il détaille en quoi son projet n’est pas un truc un peu dingo pour épater la galerie, mais une démarche qui pourrait sauver des millions de vies.  "À San Francisco, les types ont cloné tous mes bons anticorps contre le venin de mamba, de crotale, de tout." Les premières pierres dans la création d’un antivenin universel.

"T’es un héros, en vrai", lance le manager du restaurant.

"Pas du tout. Je suis juste un imbécile qui se fait mordre par les serpents."

La grippe comme inspiration

Avant d’entendre parler de Tim Friede, Jacob Glanville travaillait sur des traitements contre le VIH, le cancer et la maladie d’Alzheimer. Mais sa vraie passion c’est la grippe. Comme les toxines des venins, le virus influenza évolue constamment, en conservant une partie de sa souche à chaque fois.

"L’évolution est une machine qui ne s’arrête jamais, raconte le chercheur. Telle ou telle mutation ne survit que si elle présente des avantages. La partie de la protéine qui est conservée est celle dont le fonctionnement est le même chez toutes les espèces, parce que son efficacité est avérée." En d’autres termes, un virus ne répare pas ce qui n’est pas défectueux. Si on trouvait un anticorps efficace contre ce dénominateur commun, presque toutes les souches du virus pourraient être neutralisées. On aurait alors un vaccin universel.

À Berkeley en Californie, Jacob Glanville a suivi un cursus en bio-ingénierie informatique, une discipline alors naissante s’appuyant sur les mathématiques et les superordinateurs pour élucider des mystères biologiques complexes. Il est à cette époque fasciné par le système immunitaire. "Je me suis donc débrouillé pour trouver comment le pirater."

À la fin des années 2000, le champ est prometteur et Pfizer embauche Glanville un an après sa sortie de l’université. Depuis leur découverte à la fin du xixe siècle, les scientifiques considèrent les anticorps comme un remède immunologique miracle — des cellules qui seraient à même de mettre KO, du moins sur le papier, n’importe quelle maladie. La communauté scientifique s’est donc donnée une ambition majeure : les isoler et les passer à la moulinette de l’ingénierie. Depuis 20 ans, on compile ainsi des bibliothèques de milliards d’anticorps uniques dont le génome a pu être séquencé et l’ADN dévoilée. Une fois ces informations connues, n’importe lequel peut être cultivé dans une bactérie et modifié pour viser un antigène en particulier.

Jacob Glanville livre à Pfizer quelque 45 000 lignes de code optimisant la mise en correspondance des anticorps avec les antigènes. Ce qu’une équipe de chercheurs mettait jusque-là dix ans à terminer, un étudiant de master peut à présent le faire en une semaine. Grâce au logiciel imaginé par le jeune diplômé, l’ordinateur peut retrouver plusieurs milliers d’anticorps utiles parmi les dizaines de milliards répertoriés. Aucune de ces associations anticorps/antigènes n’est parfaite, mais en mêlant ou en jouant sur leur composition, il est possible d’obtenir un ou plusieurs résultats très satisfaisants. Jacob Glanville a développé un système permettant de réduire drastiquement le nombre de candidats et de gérer la mise en relation de façon méthodique. Grâce à lui, l’aiguille ne se cache plus dans une centaine de bottes de foin, mais dans une seule.

En 2012, à 31 ans, le jeune scientifique part de chez Pfizer avec son code source sous le bras. Il fonde Distributed Bio et devient le premier candidat à entreprendre une thèse en immunologie informatique au sein de la prestigieuse université de Stanford. Cinq ans plus tard, il termine son doctorat tandis que prospère sa petite entreprise. Son logiciel et sa bibliothèque d’anticorps sont aujourd’hui sous licence chez Pfizer et neuf autres géants pharmaceutique, à 450 000 euros par an.

Le bébé de Jacob Glanville reste cependant son travail sur un vaccin antigrippe. Et ce qu’il a appris de ses travaux pourrait s’appliquer aux morsures de serpents. Comme celles de toxines venimeuses, les souches du virus sont d’une impressionnante diversité.

Jacob Glanville estime pouvoir obtenir des résultats du côté des reptiles. "Entre notre technologie et ce qu’a fait Tim – aussi barré que ce soit – ce problème n’en est plus vraiment un pour nous."

Tim Friede, l'homme cobaye

"Barré." Le chercheur et entrepreneur ne sait même pas à quel point. Avec son projet de s’immuniser contre un maximum de serpent, Tim Friede a, dès les années 2000, transformé son sous-sol en laboratoire.

Les serpents, il les manipule au bout d’un crochet ou à mains nues. Cobras d’eau, taïpans, mambas… Du venin qui en rendrait plus d’un fou de douleur. Il les garde dans des cages empilées contre le mur. Les plus rares, il les a capturés – de façon légale ou non. Il n’en sait rien. Ils étaient souvent malades ou sous stress. Tim Friede aime les animaux, mais la survie ou non des serpents n’est pas la question pour lui. Une fois leur venin récupéré, il peut le déshydrater et en avoir suffisamment pour le reste de ses jours.

Il commence également à rédiger ce qu’il appelle ses "notes darwiniennes". Le 12 décembre 2001, il raconte ainsi : "Puisque mourir ne m’a pas amusé du tout, j’ai posé tout mon mois de décembre." Il s’injecte ce jour-là le venin de ce même cobra qui a failli le tuer. Désormais, il répètera ce geste régulièrement. Il note sa douleur sur une échelle de 1 à 1 000. Parmi les symptômes les plus courants figure "œdème assez léger" ; plus rare, "gonflement des genoux jusqu’aux fesses", "urticaire de la tête aux pieds" et "choc anaphylactique" (un phénomène qu’il a pourtant subi à 12 reprises). Un an après le début de sa démarche, il laisse les serpents le mordre afin de faire la démonstration de son immunité. Avec le temps, il peut estimer la quantité de venin qu’il a reçu simplement en observant ses réactions corporelles. Il a un faible pour le cobra d’eau, dont le venin neurotoxique bloque les cellules nerveuses et soulage la douleur de la morsure. Il est aussi "plus facile à mettre au tapis". Il en veut en revanche au cobra du Cap et au crotale : leur venin aux effets nécrotiques s’en est pris à ses muscles et les a fait fondre.

Une star de YouTube

Avec le temps, Tim Friede se fait une petite réputation en ligne, en postant des vidéos. Un anonyme réalisant un truc de dingue. Dans presque toutes ses apparitions, il s’applique pour expliquer comment fonctionne l’auto-immunisation.

Sur Facebook ou YouTube, les haters inondent invariablement ses vidéos de commentaires. Des amoureux des serpents, des toxicologues de renom et des pros de la polémique l’accusent de sorcellerie débile. Il est pointé du doigt pour mensonge (il sectionnerait les glandes des reptiles avant la morsure) ou stupidité. Il reçoit même des menaces de mort.

Les médias ne tardent pas à braquer leurs projecteurs sur lui. "J'étais devenu une rock star, s’amuse-t-il. Franchement, c’était cool." Il prend un avocat et un agent pour capitaliser sur ces coups de pub à répétition avant de faire marche arrière : "Je n’ai jamais fait ça pour l’argent."

Il le fait pour sauver des vies, insiste-t-il. Dès 2003, il se persuade que les scientifiques pourront un jour transformer son sang en antivenin universel. Il cherche alors à s’en faire connaître.

On le félicite brièvement, on lui envoie des formules de politesse, mais il réalise bien vite que peu s’intéressent réellement à ce qu’il fait. Il reçoit un meilleur accueil auprès des amateurs. Aux nouveaux venus, il conseille la prudence. Aux autres, embarqués comme lui dans des tests maison sur l’immunité, il apporte son soutien – mais jamais ses conseils.

Tim Friede n’est cependant pas une référence en matière de prudence. Avec le temps, il prend de plus en plus de risques, parfois gros. "On ne s’améliore pas sans commettre des erreurs. Ça fait partie du jeu", dit-il. Le 29 novembre 2015, il filme les morsures conjointes du mamba noir et du taïpan qui le mèneront à Jacob Glanville. La vidéo a été vue 11,5 millions de fois sur YouTube. Dans son cahier, Tim Fried note "L’une des pires doubles-morsures de ma vie. J’ai gonflé comme jamais. Quatre jours pour m’en remettre." Une semaine plus tard, il réitère l’expérience, avec les mêmes conséquences. "Impossible de marcher. Le corps en feu. Tombé à terre plusieurs fois. J’ai frôlé la mort. Ai beaucoup appris." Le mécanicien du Wisconsin a survécu à des morsures de deux espèces de crotale, deux espèces de taïpan, quatre types de cobra, à celles des trois espèces de mamba vert et du mamba noir.

https://www.youtube.com/watch?v=ucpGlWnq8EE
Double morsure de mamba noir et de taïpan, une video vue 11,5 millions de fois sur YouTube.

Son obsession a aussi laissé des séquelles dans sa vie privée. "J’ai sacrifié ma vie pour celle des gens tués chaque année par des serpents." Au printemps 2017, divorcé et séparé de ses enfants, Tim Friede estime qu’il a eu son compte de morsures et d’injections. "J’étais lassé de tout ça, les morsures, la douleur, l’impasse devant moi." Il envisage de lever le pied.

C’est alors qu’il reçoit l’appel de Jacob Glanville. Son rêve revient sur le devant de la scène. Cette prise de contact est une bénédiction. "Une vraie bénédiction", insiste-t-il.

Vers un antivenin universel

En juin 2017, leur démarche désormais commune reçoit un coup de pouce imprévu. Sous la pression de médecins et spécialistes, l’OMS hisse les morsures de serpents venimeux au rang de maladie tropicale négligée et prioritaire. À la clé, un financement plus important pour la recherche. Chaque année, les serpents tuent entre 80 000 et 130 000 personnes, et causent plus de 400 000 amputations dans le monde.

Des dizaines d’équipes de chercheurs travaillent aujourd’hui à l’amélioration de l’antivenin mis au point à la fin des années 1890 par le médecin et bactériologiste français Albert Calmette, à qui l’on doit aussi, entre autres, le vaccin contre la tuberculose.

Les antivenins n’ont pas beaucoup évolué au fil du temps. Les sérums expirent souvent sous deux ans et coûtent cher (autour de 2 000 euros par flacon). Les anticorps qu’ils produisent ne fonctionnent que contre certains venins.

Jacob Glanville en fait sans tarder le constat : aucun des chercheurs attelés à la cause n’imagine un instant créer un antivenin vraiment universel. Il apprend pourtant que le séquençage génomique a permis de découvrir que sur les 700 espèces de serpents venimeux recensées, les protéines les plus nocives ne représentent que 13 familles différentes.  "Elles ne font pas toutes les mêmes dégâts, observe-t-il. Pour sauver des vies, il nous faut juste trouver le remède aux plus violentes d’entre elles."

Et pour lui, Tim Friede est la solution. Ce dernier a fait avec ses seringues et ses serpents ce que lui a fait dans son laboratoire avec la grippe : il a créé des anticorps pour mettre en lumière le dénominateur commun à toutes ses protéines, pourtant extrêmement diverses. "Le système immunitaire n’est pas moins flemmard que nous, commente le scientifique. Pourquoi fabriquer tout un lot d’anticorps quand un seul peut se charger de plusieurs missions à la fois ?"

L’histoire de l’expérimentation médicale menée sur l’homme compte déjà suffisamment d’épisodes sombres. Mais Jacob Granville n’estime pas avoir fait de Tim Friede un rat de laboratoire. Il s’agit plutôt à ses yeux de l’un de ces (rares) cas où la curiosité scientifique pousse l’homme à mettre son propre corps, et sa vie, en jeu.

Des injections de plus en plus fortes

Peu de temps après le premier contact entre les deux hommes, dans la chaleur étouffante du mois de juillet 2017, une femme se présente à la porte de Tim Friede, lui prélève 20 millilitres de sang et l’envoie chez Distributed Bio. Le mécanicien prend ensuite une seringue, sort un flacon de venin de taïpan de son frigo et s’enfonce l’aiguille dans la cuisse. Durant les 19 jours qui suivent, il s’injecte des doses de plus en plus fortes de venin de crotale diamantin, de mamba noir et de taïpan, suivant son protocole d’immunisation habituel. Au 28e jour de l’expérience, la femme revient, prélève davantage de sang et l’envoie de nouveau à Distributed Bio.

Les deux échantillons rendent compte de l’état du système immunitaire de Tim Friede avant et après les injections. En les comparant, Jacob Glanville et son équipe parviennent à déterminer l’évolution ou non des anticorps. Ont-ils opéré une mutation pour mieux neutraliser les toxines ? Et si oui, à quel point sont-ils efficaces ? Pour répondre à la question, il leur faudrait plus de 12 mois de travail.

Dès le début de leur collaboration, le dirigeant de Distributed Bio s’est engagé à ce que Tim Friede perçoive une part significative de tous les revenus générés par cette recherche. Une promesse entérinée par un contrat signé en avril 2019.

S’ils sont partenaires dans l’aventure, tous deux ne lui accordent pas la même importance. Du côté de Jacob Glanville, le projet d’un antivenin à large portée reste mineur. Même si les recherches aboutissent à une mise sur le marché d’un sérum, elles ne généreront jamais les mêmes profits qu’un traitement universel contre la grippe, le cancer ou le VIH.

Tim Friede, de son côté, a tout misé sur le projet. Quelques semaines après le premier prélèvement sanguin, il a quitté le poste d’assembleur dans l’automobile, à 45 000 euros par an, qu’il occupait depuis huit ans. Selon lui, si son partenaire à investi des sommes "tournant probablement autour de plusieurs millions d’euros" c’est qu’il "mise sur une valeur sûre à ses yeux. Sinon il ne ferait pas tout ça." Glanville estime pour l’heure ses coûts à 26 000 euros, contre 260 000 euros investis dans la recherche sur la grippe. Entre novembre 2017 et octobre 2018, date à laquelle il a pris un job de livreur de pizzas, Tim Friede a touché 6 000 euros, un défraiement par Distributed Bio pour "financement de la recherche". Après avoir appris ses ennuis financiers, Jacob Glanville lui a en outre proposé de l’héberger dans sa ferme familiale au Guatemala. Mais, accablé de dettes pour arriérés de pension alimentaire, l’Américain n’a pas été autorisé à avoir un passeport.

Et l'éthique?

Lors de notre première conversation, je n’étais pas encore au clair avec moi même sur la question de l’éthique. Nous avions évoqué la possibilité d'organiser une morsure de serpent dans le cadre de cet article, un moment qu’il se disait content de partager. À mesure que la date de notre entretien approchait, j’ai toutefois commencé à douter. Et si tout ne se passait pas comme prévu ? Un matin, j’ai appelé Tim et lui ai demandé de ne pas le faire. J’avais suffisamment de matière sur YouTube. Il a semblé comprendre.

Il semble pourtant se raviser au cours du deuxième jour que nous passons ensemble. Nous venons de finir un déjeuner prolongé et bien arrosé, accompagnés de sa compagne, Gretchen Greeley.

Dans sa cuisine, je remarque la caisse noire que Gretchen a sortie et posée près de l’évier avant le départ pour le restaurant. Dedans, il y a deux cobras d’eau. Dessus, deux chats bagarreurs. Je regarde Tim, allongé sur son canapé, et je le vois préparer son coup.

Un peu plus tôt, il a enfilé ma doudoune, bien trop petite pour lui. Il me propose un marché : il la garde et me montre en échange ce que je ne voulais pas voir.

"T’as pas fait tout ce chemin pour rien, quand même !"

J’ai moi aussi bu quelques verres et ma curiosité est la plus forte. "Je veux récupérer ma doudoune", dis-je en guise de réponse. Sans dire un mot, Gretchen va chercher la caisse noire et la pose aux pieds de Tim.

"Putain, c’est vraiment bizarre comme truc, la peur, " dit-il. Il déplace le couvercle et je vois deux têtes de cobra, bandeaux jaune et or, pointer hors de la boîte. "Naja annulata, annonce Tim en observant ma réaction d’un air satisfait. Le serpent le plus venimeux d’Afrique."

Il plonge ses mains dans la caisse et en sort les serpents. Ils mesurent près d’un mètre quatre-vingts chacun. L’un d’eux remonte sans agressivité mais avec un étonnante rapidité le long du blouson de Tim —ma doudoune — direction son cou. Tim l’attrape et joue avec lui comme il ferait glisser du sable d’une main à l’autre.

"C’est comme si on se connaissait, eux et moi. Tu as vu comme je suis doux avec ces animaux ?" Il l’est. Jusqu’à ce qu’il commence à taper la tête de l’un d’eux contre son poignet. "Tu vas me mordre, dis !" murmure-t-il.

Durant les dix minutes qui suivent, il caresse, titille, tapote… pour déclencher une morsure. S’il a peur, ça ne se voit pas. Il y a une semaine, en prévision de cet interview, il s’est injecté une dose mortelle de venin de cobra d’eau. Onze mois sont passés depuis sa dernière dose protocolaire.

Avec cette injection toute fraîche, il est certain de pouvoir survivre à une morsure. Aucun des serpents ne semble intéressé. "Allez, mords-moi, mords-moi !" répète-t-il. Mais les mâchoires restent closes.

"Passe-moi une cuillère doseuse" dit-il à Gretchen. Il est passé au plan B. Sa compagne prend un sac en plastique et le serre autour du manche de la cuillère. Puis elle va prendre la seringue sale que Tim lui a demandé. "Là, il va y aller un peu plus franco" m’explique-t-elle en donnant la seringue à Tim, au-dessus des cobras.

Tim pousse la tête de l’un d’eux contre le sac. Les crochets perforent le plastique et du venin transparent coule dans la cuillère. Il répète l’opération avec le deuxième avant de les remettre dans la caisse. "On se détend, c’est pas une putain de bombe les chéris" lâche-t-il, showman débordé par une impatience coléreuse toute enfantine. La seringue aspire le venin. "Ah ouais, ça peut suffire à me tuer, cette dose."

L’aiguille s’enfonce sous l’os arrondi du poignet gauche de Tim. C’est fait. Pendant 20 minutes, rien. Tim allume trois cigarettes à la chaîne. Son pitbull s’est mis en boule contre lui. L’homme aux serpents m’explique à quel point il est facile de battre le cobra sur son territoire. "C’est trop facile pour lui" me confirme Gretchen, visiblement enchantée du résultat.

Je suis soudain pris d’une fatigue assommante, de celles qui viennent après un shoot d’adrénaline. Comme si nous venions tous de survivre à quelque chose de dingue. À contrecœur, Tim me rend quand même mon blouson.

De retour au labo

Ray Newland, en charge du projet antivenin chez Distributed Bio, a analysé le sang de Tim Friede. Il a commencé par en isoler 10 millions d’anticorps. Une quantité élevée pour un adulte, et semblant indiquer que Tim Friede avait déjà joué avec son système immunitaire avant le premier prélèvement. Il les a ensuite répertoriés et organisés dans une vaste bibliothèque, avant de se pencher sur la production directement liée au venin.

Un matin d’avril 2018, environ un an après le démarrage du projet, Jacob Glanville et Ray Newland diluent dans une solution saline sept types de venins déshydratés que Distributed Bio s’est fait livrer de France. Certains sont de ceux contre lesquels Tim Friede s’est immunisé. Ces échantillons doivent permettre de dire si ses anticorps sont vraiment efficaces contre ces venins, mais aussi contre ceux qu’ils ne connaissent pas. Dans ce dernier cas, il deviendrait possible de parler d’une réactivité à large spectre, nécessaire pour créer un nouveau genre d’antivenin.

Dix millions, c’est énorme. Ray Newland a donc magnétisé chacun des sept venins avant de les mélanger aux anticorps de Tim Fried dans des tubes à essais. Il regarde sa montre et, 10 minutes plus tard, colle un aimant contre un premier tube. Il doit ainsi attirer les toxines du venin, et avec elles les anticorps qui s’y sont accrochés. L’opération est répétée à trois reprises dans les deux semaines suivantes. Le chercheur s’appuie sur le séquençage d’ADN pour dénombrer et cloner les 1 200 anticorps retrouvés dans le venin. Pour identifier ceux d’entre eux précisément dirigés contre les toxines, Ray Newland les plonge dans un cocktail de venin et de composants chimiques. Là où les anticorps sont liés aux toxines, une teinte bleue doit apparaître. C’est ce qu’il se produit sur le premier échantillon. Idem sur les 12 suivants. Ray Newland lâche un cri et demande à l’une de ses collègues de vite sortir son téléphone pour les filmer, lui et Jacob Glanville, exécutant une petite danse de la victoire, façon Macarena.

En une semaine, Ray Newland isole quelque 282 anticorps : carton plein sur chacun des sept venins, y compris ceux contre lesquels Tim Friede n’était pas immunisé. "Le sang de Tim est aujourd’hui ce qui se rapproche le plus d’un antivenin à large spectre, commente le scientifique. La concurrence est à des années-lumière derrière nous." Au lieu d’un anticorps fonctionnant contre une toxine mais pas contre le venin dans sa globalité, Ray et Jacob ont entre les mains 282 anticorps efficaces, en laboratoire, contre de nombreuses toxines communes à tous les venins — et des millions d’autres à passer au crible pour un calibrage encore plus fin.

C’est la percée qu’espère Tim Friede depuis 20 ans.

Un protocole expérimental inédit

En décembre 2018, Ray Newland a organisé un séminaire avec à ses côtés un consultant embauché par Jacob Glanville. Leur but : obtenir davantage de fonds pour la recherche. L’entreprise a reçu une proposition des National Institutes of Health, institutions gouvernementales américaines : 350 000 euros et un salaire à temps plein de 70 000 euros annuels pour Tim Friede. Un protocole inédit va être mis en place : utiliser des anticorps reçus d’un donateur pour contrecarrer les effets du venin d’un mamba noir et d’un crotale diamantin chez des souris vivantes. Le venin de ces deux espèces contient des protéines communes à la majorité des 13 familles de toxines les plus mortelles (celles que Jacob Glanville a identifiées comme devant être couvertes pour que l’on puisse parler d’un vaccin à large spectre). Les anticorps seraient ceux de Tim Friede — entièrement humains et sans les effets secondaires pénibles qui accompagnent généralement la prise d’un traitement. Ils pourraient être déshydratés et conservés en poudre thermostable (ne nécessitant donc pas de réfrigération).

Chez Distributed Bio, les scientifiques ne se font pas d’illusion : obtenir une subvention c’est bien, mais ce n’est pas une promesse. L’échec est légion dans l’industrie du développement pharmaceutique. Les traitements ciblés (un sérum pour un type de venin) sont par ailleurs si peu rémunérateurs que Sanofi Pasteur, poids lourd du secteur, a cessé de fabriquer son antivenin en 2014. Sur le continent africain, touché sur de nombreux sites par les morsures de serpents, on a dû se tourner de nouveau vers les guérisseurs.

Autre sujet brûlant : quid de Tim Friede et de ses automutilations un peu dérangeantes ? De quoi refroidir certains investisseurs. Un sujet qui ne laisse toujours pas Jacob Granville en paix. "Si le remède est en lui, pourquoi devrions-nous laisser 130 000 personnes mourir chaque année ?", plaide-t-il.

L’optimisme de Tim Friede, jusque-là indéfectible, semble d’un coup l’avoir quitté. Juste avant d’arriver à San Francisco, il a perdu son travail de livreur de pizzas pour ne pas avoir réglé une amende (il n’avait pas attaché sa ceinture de sécurité).

"Je suis content que t’aies vu les deux faces de toute cette histoire : les paillettes et la merde", me confie Tim. "Je voudrais bien avoir mon boulot, ma maison, mes enfants, une vie, quoi! Que dalle ! Mais si c’est le prix à payer pour trouver un traitement, peut-être que ça en vaut le coup."

Il écrase sa cigarette sur le trottoir et retourne à la fête de Noël où trinquent scientifiques et millionnaires et à laquelle on l’a invité. Tim Friede commande une vodka au bar et se met dans un coin de la pièce avec Gretchen Greeley. C’est la dernière fois que je les vois.

De retour dans le Wisconsin, Tim a vendu son matériel d’auto-immunisation et ses cages, pour récupérer des affaires qu’il a mises au garde-meubles et peut-être ses chiens, placés au chenil. Sur Facebook, il annonce qu’il raccroche. Des centaines de personnes le soutiennent à travers des messages d’encouragements. Une grande page se tourne. Après 200 morsures et 700 injections potentiellement mortelles, la star de l’auto-immunisation prend sa retraite.

Tim Friede est désormais employé comme homme à tout faire dans le restaurant où il m’avait emmené lors de notre première rencontre. Il attend toujours que la subvention tombe. Ses anticorps sont entre les mains d’une équipe consciencieuse – il n’a plus rien à faire de son côté. Il pourra continuer à donner des interviews pour des sites spécialisés, mais uniquement pour faire la promotion du projet antivenin et pour parler de sa nouvelle vie. La page est blanche devant lui, il savoure.

Mais le 13 mars 2019, Gretchen Greeley s'est fait mordre par un python inoffensif que le couple gardait pour dépanner un ami. "Je ne voulais pas en parler", écrit-il sur Facebook, "mais c’est trop énorme : ma copine se fait mordre par un python royal. Je me marre et dans la foulée je me fais mordre à deux reprises par un cobra d’eau."

On ne se refait pas.

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