En deux décennies, le gravel s’est installé durablement dans le paysage cycliste. Certains modèles récents ressemblent encore à des vélos de route, avec plus de dégagement pour les pneus, tandis que d’autres sont pensés pour le bikepacking, avec de quoi embarquer tout votre matériel. Résultat : face à une offre pléthorique, trouver la bonne monture peut vite devenir un casse-tête. Alors, on a enfourché, testé et usé la gomme de 33 nouveaux modèles sur des centaines de kilomètres pour vous présenter ce qui se fait de mieux en ce moment. Voici les 4 vélos qui nous ont tapé dans l’œil.
En tête de liste, le Specialized Crux DSW qui nous a bluffés. Pour un cadre alu, il affiche une polyvalence impressionnante : à l’aise aussi bien en gravel qu’en single, les chemins de terre ou même l’asphalte, il passe partout avec aisance. Les trois autres vélos retenus vont du plus accessible pour débuter, au plus polyvalent, jusqu’à la machine taillée pour la performance pure.

Specialized Crux DSW
Coup de cœur de la rédaction
Version testée : Specialized Crux DSW Comp
Poids : 9,2 kg
Prix : 2 299€
Les +
Même géométrie que le Crux carbone haut de gamme
Entretien facile pour un mécano amateur
Proposé en kit cadre ou en montage complet
Les -
Cher pour un vélo en aluminium
Les cadres en aluminium traînent souvent une réputation d’entrée de gamme. Le Specialized Crux DSW prouve qu’elle n’est pas toujours méritée : on a affaire ici à un vélo haut de gamme… dont le cadre est simplement en alu. Specialized affirme d’ailleurs que ce Crux DSW est le cadre gravel en aluminium le plus léger jamais produit. Une promesse ambitieuse, mais crédible : 1 399 g en taille 56, soit à peine 400 g de plus qu’un gravel carbone traditionnel. Et il ne s’arrête pas là : géométrie identique, dégagement de pneus équivalent et même silhouette que son grand frère en fibre de carbone.
Comme sur la version carbone, le Crux DSW joue la carte de la simplicité face à une concurrence parfois trop complexe. Pas de câblerie intégrée au poste de pilotage : changer cintre ou potence reste simple et abordable. La tige de selle ronde de 27,2 mm avec collier standard se remplace en un clin d’œil, tout comme le boîtier de pédalier fileté BSA. Un vrai bonheur pour l’entretien maison. Et pour les puristes qui veulent assembler leur machine à la carte, il est aussi proposé en kit cadre.
Les gaines et durites passent proprement à l’intérieur du tube diagonal et des haubans, tout en restant compatibles avec les transmissions mécaniques comme électroniques.
En selle, on retrouve des sensations proches du Crux carbone, avec juste un peu plus de finesse requise pour garder la ligne qu’avec un gravel plus “posé”. Moins stable sur les longs rubans de gravier qu’un Canyon Grizl alu, il le doit à une géométrie pensée autant pour la route que pour les pistes roulantes ou modérément accidentées. Mais cette même géométrie en fait un vélo vif et précis sur singletracks, avec une roue avant qui reste bien en ligne dans les ornières comme sur les racines.
Oui, le Crux DSW coûte plus cher que la plupart des gravel en aluminium. Mais chaque détail transpire la qualité et la personnalité. Sur les pistes, il incite à accélérer, transmet fidèlement chaque vibration du terrain et répond avec entrain. Et à 2 299 €, on le pousse plus volontiers qu’un carbone haut de gamme : on se sent libre de le solliciter pleinement, sans craindre de l’user prématurément.

Canyon Grizl 7
Meilleur rapport qualité prix (à moins de 2 000 €)
Version testée : Canyon Grizl 7
Poids : 10,7 kg
Prix : 1 899 €
Les +
Même comportement rassurant que les versions haut de gamme du Grizl
Gros dégagement de pneus (jusqu’à 50 mm)
Équipement et finitions remarquables pour le prix
Les –
Poids sensible en montée
On peut avoir ses réserves sur Canyon, mais il faut reconnaître que la marque allemande sait frapper juste lorsqu’il s’agit de proposer un montage intelligent à un tarif contenu. Le Grizl 7 en est la preuve : un gravel en aluminium parfaitement équilibré, capable d’emmener de gros pneus, prêt pour l’aventure et sans compromis sur la fiabilité.
Son cadre alu, associé à une fourche carbone, adopte une géométrie gravel moderne conçue pour offrir stabilité et confiance sur tout type de terrain : longues pistes roulantes, chemins caillouteux ou singletracks techniques. De série, il chausse des Schwalbe G-One Bite en 45 mm sur roues DT Swiss C1850, avec un dégagement prévu pour monter jusqu’à 50 mm — de quoi envisager sans crainte les pistes les plus grossières.
La transmission Shimano GRX 600/800 en 2×12 vitesses assure fluidité, précision et ampleur de développement, idéale pour alterner sections rapides et forts pourcentages. Canyon n’a pas oublié les détails qui font la différence : fixations pour porte-bagages, garde-boue et sacoche de tube supérieur, plus des triples inserts sur chaque fourreau de fourche pour multiplier les solutions de chargement.
À 10,7 kg, il se montre un peu moins vif que certains concurrents dans les ascensions et au démarrage. Mais dès que la pente s’inverse, il déploie tout son potentiel : stable, sûr, presque imperturbable sur terrain cassant.
Que ce soit pour partir en bikepacking, pour vos trajets quotidiens mêlant route et chemins, ou pour un premier pas dans l’univers du gravel, le Canyon Grizl 7 reste l’un des choix les plus judicieux… à moins de pousser le budget bien au-delà.

Cervélo Áspero
Le plus performant
Version testée : Cervélo Áspero Rival XPLR AXS 1
Poids : 8,39 kg
Prix : 5 799 €
Les +
Maniabilité vive mais jamais nerveuse
Réactif en relance et au sprint
Montage cohérent et haut de gamme
Plus confortable que la génération précédente
Les –
Pas de fixations pour garde-boue
À première vue, cette seconde génération d’Áspero ressemble trait pour trait au modèle précédent. Mais en selle, la différence saute aux yeux : Cervélo a conservé l’ADN course du vélo tout en le rendant bien plus agréable à vivre.
Première évolution visible : les gaines et durites passent désormais par le jeu de direction. Contrairement à certains systèmes intégrés qui compliquent lourdement l’entretien, celui-ci reste plutôt accessible : les câbles cheminent à l’extérieur du cintre puis sous la potence avant d’entrer dans le cadre. Cervélo a aussi opté pour un boîtier de pédalier fileté et pour le standard SRAM Universal Derailleur Hanger (UDH), qui simplifie le remplacement de patte de dérailleur — deux choix qui plairont aux mécanos maison.
L’Áspero de première génération était une machine exigeante, raide, presque brutale sur les graviers. Ce nouvel opus filtre nettement mieux les vibrations, permettant de rester assis et de maintenir la cadence sans se faire chahuter par le terrain. Ajoutez à cela le montage soigné de la version Rival XPLR AXS testée, et vous obtenez un gravel taillé pour performer, mais désormais accessible à un public plus large.
Le seul vrai bémol reste le dégagement de pneus : officiellement limité à 700 x 44 mm, il se situe en deçà de la concurrence. Dans nos tests, un 47 mm passait pourtant sans problème. Et puisqu’il s’agit d’un gravel orienté vitesse plutôt que tout-terrain engagé, cette restriction reste facile à pardonner.
Si votre terrain de jeu, ce sont les pistes rapides et les chemins roulants plutôt que les sentiers techniques, l’Áspero coche toutes les cases du gravel de performance.

Pivot Vault
Le plus polyvalent
Version testée : Pivot Vault Team Force XPLR AXS avec roues carbone
Poids : 8,3 kg
Prix : 6 399 €
Les +
Stabilité et confort de haut niveau
Configuration presque infinie selon les besoins
Équipement pensé pour l’aventure longue distance
Les –
Tailles et dimensions de composants parfois atypiques
Sur le papier, le nouveau Pivot Vault pourrait paraître presque sage. En réalité, il incarne l’un des gravel les plus aboutis et polyvalents du marché. Exit l’orientation purement course de la génération précédente : cette version se veut accessible à tous, du compétiteur au cycliste en quête d’aventure.
Côté capacités, il coche presque toutes les cases : dégagement pour pneus jusqu’en 700 x 50 mm, fourche compatible avec suspension, possibilité de choisir un passage de câbles entièrement intégré pour un look épuré, ou externe pour faciliter l’entretien. Même en taille S, le cadre accueille quatre porte-bidons (trois dans le triangle principal et un sous le tube diagonal), une sacoche de type bento box sur le tube supérieur et même un compartiment de rangement intégré dans le downtube pour outils et ravitaillement. Le tout complété par des fixations pour garde-boue et la patte universelle Sram UDH.
La géométrie, relevée et stable grâce à un empattement généreux, favorise le confort sur la durée. La combinaison d’une tige de selle bien dégagée et du travail sur le carbone absorbe efficacement les irrégularités du terrain. Livré en pneus de 40 mm, il donne pourtant la sensation d’avoir plus de volume sous les roues, et avec un peu plus de 8 kg sur la balance, il grimpe sans rechigner.
Seul vrai défaut : les choix parfois déroutants de Pivot en matière de dimensions de cadre et de composants, qui pourront nécessiter un ajustement du poste de pilotage avant de trouver la position idéale. Une fois cette étape franchie, le Vault se révèle comme un vélo capable de tout faire, et de le faire bien.
Comment choisir son vélo gravel
C’est quoi, un vélo gravel ?
Un vélo gravel est pensé avant tout pour être à l’aise sur tous types de terrains : graviers, pistes en terre, bitume… et même sentiers monotraces où l’on croiserait plutôt un VTT. Bref, il doit savoir tout faire, pour tout le monde.
Visuellement, il peut rappeler un vélo de route — cintre recourbé, cadre compact — mais la comparaison s’arrête là. Le gravel se distingue par des pneus plus larges, généralement de 38 à 50 mm, parfois plus, avec des crampons plus ou moins marqués pour trouver le bon compromis entre rendement et accroche. De plus en plus de modèles intègrent un système d’amortissement ou de suspension, le plus souvent via une tige de selle ou un cintre flexibles, voire une fourche suspendue pour plus de confort et de grip.
Face à la variété des modèles, choisir le bon gravel peut vite devenir un casse-tête. Voici nos conseils pour faire le tri.
Que faut-il regarder en priorité ?
Un gravel n’est pas un vélo de route élargi. Sa géométrie est conçue pour la stabilité en ligne droite, même sur terrain cabossé, et la position est plus relevée pour le confort et la maîtrise.
Côté équipement, la plupart des gravels sont généreusement pourvus en fixations :
- Deux porte-bidons minimum, souvent un troisième sous le tube diagonal.
- Des œillets sur le tube supérieur pour une sacoche de type bento box.
- Fixations pour garde-boue, parfois pour porte-bagages.
On retrouve aussi des cintres plus larges avec un flare (écartement) vers l’extérieur, et des potences plus courtes pour plus de maniabilité. Côté transmission, la tendance est au mono-plateau (1x), avec une large cassette à l’arrière pour simplifier les changements de vitesse.
Aujourd’hui, l’offre se scinde en deux familles :
- Gravel performance : plus légers, plus nerveux, peu ou pas de fixations, géométrie sportive.
- Gravel aventure : plus robustes, avec davantage de fixations, pneus larges, géométrie stable pour le bikepacking.
Quel budget prévoir ?
Dans notre sélection, on trouve des vélos haut de gamme qui valent parfois le prix d’une petite voiture d’occasion. Mais grâce à la “descente technologique” depuis le haut de gamme, il existe d’excellents modèles autour des 1 500 à 2 000 €.
Pensez aussi aux accessoires indispensables :
- Éclairage avant/arrière
- Casque de qualité
- Pédales (plates ou automatiques) et chaussures adaptées
- Tenue adaptée (cuissard, maillot) pour le confort
- Kit de réparation et matériel d’entretien
- Comment choisir la bonne taille ?
Comme pour un vélo de route, la taille est exprimée en centimètres (ou XS à XL selon les marques). Une visite en magasin est fortement recommandée : un œil expert saura vous orienter en fonction de votre morphologie, de votre expérience et de votre souplesse.
Quelques repères :
- En position debout, les deux pieds à plat, le tube supérieur ne doit pas vous gêner.
- Le buste et les bras doivent former un angle d’environ 90° une fois en selle.
- Les jambes doivent être légèrement fléchies en bas de course de pédalage.
Un bon fitting permettra aussi d’adapter la largeur de cintre, la hauteur de selle et même la longueur de la potence pour un confort et un rendement optimaux.
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