A trois semaines des Mondiaux de surf, qui se dérouleront du 7 au 15 septembre prochain à Miyazaki (Japon), Outside s’est penché sur les secrets des pros. Pour le Californien Taylor Knox - 22 ans sur le World Tour, toujours sponsorisé par Reef – s’il est au sommet de sa forme à l’approche de la cinquantaine, c’est grâce à une technique spécifique de méditation, la méthode Kelee.
Taylor Knox ne devrait pas surfer aussi bien. Difficile de croire que ce costaud à la moustache en guidon de vélo approche des 50 ans quand on l’observe en train d’évoluer sur les vagues artificielles du Surf Ranch de Kelly Slater, dans sa nouvelle vidéo Apply Pressure.
Célèbre pour ses virages larges et énergiques embrassant la totalité de la vague, Knox a autant d’énergie à 47 ans que des athlètes deux fois plus jeunes. Il faut dire que l’homme en connaît un rayon sur la longévité. Le Californien, membre de la génération Momentum* dans les années 1990, a connu l’une des plus longues carrières professionnelles de l’histoire du surf, enchaînant 22 ans sur le World Tour avant de prendre sa retraite en 2012. Toujours sponsorisé par Reef, il surfe aujourd’hui dans le monde entier et publie au moins une vidéo hallucinante par an. Pas question de prendre sa retraite pour buller sur un longboard : Knox préfère envoyer du bois. “Je peux le dire : j’ai rarement aussi bien surfé qu’aujourd’hui, explique-t-il. J’ai l’impression que ma technique s’améliore de jour en jour.”
Même si Knox a toujours veillé sur sa fraîcheur physique, c’est à son état d’esprit qu’il attribue son très long succès. Le point tournant de sa carrière : quand il découvre la méditation Kelee, développée par un surfeur amateur, Ron Rathbun, au tournant des années 1980. “J’avais atteint un plateau physique quand je m’entraînais, explique-t-il. J’ai donc commencé à apprendre comment le corps obéissait à l’esprit, et comment un état d’esprit toxique pouvait rendre inutile tout l’entraînement du monde et limiter tes performances”. Au lieu de se concentrer sur un point ou mantra unique, les pratiquants de la méditation Kelee s’efforcent de ne se concentrer sur rien du tout, quelques minutes par jour. “C’est le principe du 80/20 : 20 % pour l’entraînement et la diététique, et 80 % pour l’aspect mental”, précise Knox.
Ce qui différencie cette forme de méditation des autres méthodes, c’est le Kelee, le champ énergétique intérieur que tout individu possède. Évidemment, ça peut sonner un peu dingo new age, mais l’objectif, selon Rathbun, est de rompre avec le processus de réflexion et les cinq sens. “Tu bloques toute la négativité de ton esprit et toute ta tension corporelle”, détaille-t-il. Sur une vidéo envoyée par Rathbun, la méthode est divisée en quelques étapes. D’abord, il faut imaginer ses pensées comme un plan horizontal d’énergie dont l’intensité diminue graduellement du haut vers le milieu de la tête. Puis, permettre à cette énergie de tomber vers le cœur. Après quoi, il convient de rester quelques minutes dans cet état, que Rathbun décrit comme profondément curatif. Evidemment, y parvenir demande de l’entraînement. “La méditation, ce n’est pas facile, explique Knox. Quand j’ai commencé, je n’arrivais pas à comprendre pourquoi c’était si dur. Mais même si on n’y arrive que quelques secondes, n’avoir plus aucune pensée en tête est déjà une grande victoire.”
“C’était un cauchemar”
Nombreux sont les athlètes qui pourraient se reconnaître dans le chemin épineux de Knox vers la méditation. Il parle “d’état d’esprit toxique” pour décrire la période pivot qui a précédé son état de clarté mentale ; après une décennie de carrière sur le circuit pro, il avait commencé à souffrir d’anxiété et de dépression. Alors que sa carrière atteignait les cimes, il était prêt à quitter le circuit. “Vue de l’extérieur, ma vie avait l’air géniale, raconte-t-il. J’avais un contrat tout neuf. J’avais du succès. Je venais d’avoir un bébé, j’avais une belle maison : comment j’aurais pu ne pas être heureux ? Et pourtant, je ne l’étais pas.”
Le combat intérieur de Knox commençait à affecter sa façon de surfer, l’anxiété s’insinuant dans chaque geste. “C’était un cauchemar. Je doutais trop de moi, je ne prenais aucun plaisir à surfer. J’étais épuisé, ma vie ressemblait à “Un jour sans fin”. J’avais besoin d’une nouvelle inspiration, et ça ne pouvait pas venir de l’extérieur. Une nouvelle vague, une nouvelle destination n’allaient pas suffire.”
Après avoir entendu parler de la méditation Kelee par un ami, Knox est intrigué. Cela semble la méthode parfaite pour lui : comme aujourd’hui bien d’autres techniques répandues, elle offre les avantages de la méditation sans tout l’aspect spirituel, qui n’avait jamais séduit Knox. Après quelques semaines de pratique, il arrive à tenir quelques secondes en ayant fait le vide complet dans sa tête. Il remarque aussi immédiatement une différence : son surf s’améliore, il dort mieux, et il réalise qu’il commence à avoir la clarté d’esprit nécessaire pour prendre des décisions importantes.
Au cursus de la fac de médecine
“J’avais tout simplement l’impression que tout rebondissait sur moi. Des choses qui auparavant m’auraient emmerdé ne m’emmerdaient plus du tout”, précise-t-il. L’anxiété ne l’accompagne plus en compétition, et il se découvre une patience qu’il n’avait jusqu’ici jamais eue. “La méditation a prolongé ma carrière de dix ans. Mais le surf n’est qu’un aspect des choses : la méditation a amélioré ma vie globalement”, continue-t-il.
Quelques études scientifiques confirment ces effets positifs. La méditation, en général, améliore la résistance au stress, fait baisser la tension artérielle et réduit l’anxiété. Les recherches spécifiques sur la méthode Kelee sont plus limitées, mais en 2010, des chercheurs de l’université de Californie à San Diego (UCSD) ont conduit un essai clinique afin de déterminer si 46 sujets séropositifs verraient leur score aux Depression Anxiety Stress Scales (DASS) s’améliorer après avoir pratiqué la méditation Kelee pendant 12 semaines. Les scientifiques s’attendaient à observer une amélioration de cinq points en moyenne, mais celle-ci a finalement dépassé les 15 points. Des résultats assez significatifs pour que la méditation entre dans les programmes universitaires : l’UCSD enseigne aujourd’hui la méthode Kelee à ses étudiants en médecine pour leur apprendre à mieux gérer le stress.
La méthode Kelee fait désormais partie intégrante de la vie quotidienne de Knox, au même titre que le brossage de dents. Pendant quelques minutes, matin et soir, il s’assoit confortablement et s’efforce de se vider la tête de toute pensée. “Le meilleur outil qu’offre cette méthode, c’est le détachement, conclut-il. Tu te détaches des pensées négatives, tu te détaches des choses qui te faisaient péter un câble. Ça me donne un point de vue sur les choses que je n’avais jamais encore connu.”
* Le documentaire “Momentum Generation” est disponible sur iTunes France en version originale sous-titrée.
Article initialement publié le 5 mars 2019, mis à jour le 15 août 2019.
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