S'abonner Se connecter
Outside
Outside : aventure training voyage culture
  • Aventure
  • Santé
  • Voyage
  • Société
  • Équipement
  • Films
  • Podcasts
Félix Barrault traversée Islande à pied
  • Aventure
  • Randonnée

Seul, à 16 ans, il traverse l’Islande à pied : « La seule chose qui compte, c’est avancer »

  • 6 octobre 2026
  • 7 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Il nous a écrit pour nous raconter son aventure. Quelques lignes, presque comme si ce qu’il venait de faire était parfaitement normal. En juillet dernier, à 16 ans, Félix Barrault a pourtant traversé l’Islande à pied du lac Mývatn à Skógafoss : environ 400 kilomètres et 6 500 mètres de dénivelé positif en 17 jours, dont plusieurs en autonomie complète dans les Hautes Terres. Sur le dos, un sac pesant jusqu’à 34 kilos. Face à lui, une tempête de sable, des vents violents et quatre jours sans croiser un être humain. Il faut beaucoup questionner ce jeune Haut-Savoyard pour qu’il finisse par raconter ce qu’il est allé chercher là-bas. « L’aventure, être isolé, être loin, ne voir personne pendant plusieurs jours. »

Le mail est arrivé comme on en reçoit régulièrement à la rédaction d’Outside. Un lecteur voulait nous raconter une aventure. Celle-ci avait simplement quelque chose d’un peu particulier : Félix avait 16 ans lorsqu’il est parti traverser l’Islande, seul et à pied. Quand on l’appelle, quelques jours plus tard, Félix Barrault en a désormais 17. Il vit à Annecy, suit une formation en alternance dans le paysagisme, gagne environ 500 euros par mois et raconte ses 400 kilomètres à travers les Hautes Terres islandaises avec un détachement assez désarmant. Il faut le relancer. Beaucoup. Car Félix n’est pas du genre à en rajouter. Quatre jours sans voir personne ? « Franchement, j’étais content », commente-t-il. Une tempête de sable dans laquelle on ne distingue plus rien à cinq mètres ? Il fait demi-tour et prend son mal en patience, tout simplement. Un sac de 34 kilos ? « Oui, c’était lourd ». À l’écouter, tout semble presque simple. Et pourtant.

Le 7 juillet 2026, Félix Barrault a 16 ans lorsqu’il quitte le lac Mývatn, dans le nord de l’Islande. Devant lui : les immensités volcaniques de l’intérieur de l'île, Ódáðahraun, les Hautes Terres, Nýidalur, Sprengisandur et la F26, puis Landmannalaugar, le Laugavegur, Þórsmörk et enfin Skógafoss, qu’il atteindra le 25 juillet à l’issue de dix-sept jours et environ 400 kilomètres de marche.

Félix Barrault traversée Islande à pied
(Félix Barrault)

« Je voulais voir quelque chose de totalement nouveau »

L’idée ne lui est pas tombée dessus par hasard. Ses parents ne sont pas de gros baroudeurs, dit-il, mais ils avaient voyagé en Islande une vingtaine d’années plus tôt, en voiture, en suivant approximativement le même axe que lui. « Ils m’en avaient parlé très souvent. Je pense que c’est ça qui m’avait donné envie. Moi, ce que je voulais, c’était surtout des paysages qu’on n’a pas l’habitude de voir. J’ai toujours un peu fait des trucs à la montagne et je voulais voir autre chose, quelque chose de totalement nouveau. L’Islande, c’est lunaire ! »

Des images, en revanche, il préfère ne pas trop en regarder avant de prendre la route. Ce qui ne signifie pas qu’il parte sans préparation. Félix marche seul depuis l’âge de 14 ans. D’abord une journée. Puis une nuit. Deux. Trois. Quatre jours. À 15 ans, il part deux semaines. Puis vient sa première véritable traversée : un mois à pied entre le lac Léman et la Méditerranée par le GR5, ou la grande traversée des Alpes. « Mon premier gros truc », comme il dit. Pas vraiment de quoi l’effrayer, visiblement. À la question de savoir s’il avait eu peur de partir seul pendant un mois à cet âge-là, sa réponse est à son image : « Non, j’étais excité. J’avais envie d’aller découvrir. Je n’avais pas plus peur que ça, je pense. » Pourquoi marcher ainsi ? Sa réponse finit par tomber après plusieurs questions. « Je pense surtout à l’esprit de liberté. C’est ce que je veux. La seule chose qui compte, c’est avancer. Il n’y a pas d’autres questions à se poser. J’aime marcher, me poser le soir et regarder le coucher du soleil. J’aime juste ça, je ne sais pas comment dire. »

Félix Barrault traversée Islande à pied
(Félix Barrault)

Une année d'économies

Pour cet ado, dont les potes ont fini par s’habituer à ses marches solitaires, pas si courantes à son âge, l’Islande impose cependant de changer d’échelle. Jusqu’alors, Félix voyageait léger, équipé d'un hamac et d'un tarp - question d'approche, mais aussi de moyens - parfois en dormant simplement au sol lorsqu’il n’y avait pas d’arbres. Mais cette fois, il lui faut une tente, et de l’argent. L’expédition islandaise lui coûtera environ 3 000 euros. Sa mère finance une partie des billets d'avion, mais il couvre seul le reste. « C’est un budget, quand même. Surtout avec un salaire d’apprenti, je ne gagne pas tant que ça. Je suis autour de 500 euros par mois. Du coup, j’ai dû vraiment économiser toute l’année. »

Côté préparation physique, pas de programme spécifique pour autant. « Physiquement, j’étais déjà bien », dit-il. Félix court beaucoup, notamment en trail, et a déjà l’habitude de marcher. Côté sécurité, ses parents lui avaient posé des conditions. « De faire attention, quoi, c’est normal. Pour les passages à gué, par exemple, si je voyais que c’était trop dangereux, je ne passais pas. Ils savent que je suis un peu casse-cou. Ils m’avaient dit : “Si jamais ça dépasse ton ventre, tu ne passes pas.” » Il s’engage aussi à emporter un Garmin et à leur donner sa position deux fois par jour dans les secteurs les plus isolés.

Félix Barrault traversée Islande à pied
(Félix Barrault)

34 kilos sur le dos

Au départ, son sac pèse 34 kilos, dont environ 10 kilos de nourriture, ne serait-ce que pour assurer les dix premiers jours : essentiellement des lyophilisés, des saucisses-lentilles et des flocons d’avoine mélangés avec de l’eau le matin et de l’huile « pour avoir un peu plus de calories », précise-t-il. Mais c’est surtout l’eau qui va peser lourd quand, au tout début de son périple, il traverse une zone désertique où il ne croise aucune source pendant trois jours. Pour définir son itinéraire, Félix s’est inspiré du voyage de ses parents et des traversées existantes, avec une petite différence : « La plupart des gens contournent un peu le désert que j’ai traversé et passent plus vers l’est. Moi, je suis passé au milieu, c’était les paysages qui m’intéressaient ».

Si sa charge ralentit parfois sa marche, les difficultés viennent aussi du terrain. Ses chaussures de randonnée étanches, presque neuves, sont mises à rude épreuve. « Il y a eu quelques portions où il n’y avait pas de chemin. C’était tout droit dans le désert. Parfois, pour passer sur les rochers, ce sont des trucs qui coupent. Donc même avec des chaussures solides de randonnée, il y a eu des trous. » Il les avait pourtant testées, comme le reste de son équipement, lors d’une randonnée de quatre jours avant le départ. Ainsi équipé, il rejoint d’abord Akureyri en bus depuis Reykjavík, puis Mývatn en stop. Les Islandais qui le prennent en voiture lui font même découvrir quelques sites touristiques et l’interrogent souvent sur son âge. « La plupart des gens pensent que j’ai la vingtaine. Ils ne s’attendent pas à avoir un jeune dans ce genre de situation, mais je leur réponds honnêtement ».

Félix Barrault traversée Islande à pied
(Félix Barrault)

Quatre jours sans croiser personne

Pendant quatre jours pourtant, Félix ne croisera personne. Pas davantage de faune, ou presque. « Là où j’étais tout seul, il n’y avait rien. Vraiment rien. Peut-être une fleur tous les 50 mètres, mais à part ça, rien. Même pas de chèvres. Pas vraiment d’oiseaux. Le seul son que j’entendais, c’était le vent en permanence. Du coup, j’avais un peu des hallucinations auditives, l’impression qu’il y avait une voiture derrière moi (…) Mais je ne me sentais pas bizarre par rapport à la solitude. C’était même un peu marrant. J’adore marcher. C’est magnifique. Franchement, j’étais content ». Le paysage est exactement celui qu’il était venu chercher. « Ça fait vraiment martien. Les photos qu’on voit de Mars, il faut juste les mettre en noir et c’est ça. Il y a des cailloux avec des petits trous, des grands rochers, du sable noir hyper fin qui fait des espèces de dunes avec de gros cailloux. C’était tout plat et, au fond, tu as d’énormes glaciers en forme de volcan. C’est hyper lunaire comme paysage. »

Marcher jusqu’à 22 ou 23 heures

En juillet, les journées islandaises semblent ne jamais finir. Félix adopte leur rythme. « Il n’y avait pas vraiment de nuit, une heure à peu près par jour. Du coup, pour dormir, c’était un peu compliqué. Je m’arrêtais de marcher vers 22 h ou 23 h, puis je me réveillais vers 8 h ou 9 h. » Dans le désert, il couvre environ 25 à 30 kilomètres par jour. Dans la dernière partie, montagneuse, il descend à 15 ou 20 kilomètres, avec, estime-t-il, autour de 2 000 mètres de dénivelé certains jours. Éprouvant, mais nettement moins technique que sa traversée des Alpes. « En Islande, c’était surtout l’isolement et l’environnement qui étaient plus difficiles », notamment quand la météo s’en mêle. Entre autres surprises, l’Islande lui offre l’une de ses tempêtes dont elle a le secret. Félix vient de sortir de la première partie désertique et, pour la première fois, passe la nuit dans une cabane avec d’autres personnes. Au matin, une tempête de sable souffle. Le groupe décide malgré tout de partir, avant de rapidement rebrousser chemin. « La tempête était devenue beaucoup trop forte. On ne voyait pas à cinq mètres. » Le marcheur est équipé d'un GPS, d'une carte et d'une boussole, mais dans de telles conditions, impossible de poursuivre. Il lui faut donc attendre que le ciel se dégage. Il en tire quand même une leçon : « J’aurais dû prendre de meilleures lunettes. Dans la tempête de sable, je ne voyais rien, le sable rentrait dedans. J’aurais dû prendre des lunettes de ski. C’est ce qui était recommandé. » Cette traversée en solitaire, « je pense qu'elle n'est pas impossible, mais c’est quand même dangereux. Ce n’est pas comme les Alpes. Il faut s’y préparer. »

Félix n’a commencé à marcher seul que vers 14 ans. À 17 ans, il mesure lui-même le chemin parcouru : « Avant, je partais deux ou trois jours à la montagne à côté de chez moi. Maintenant, je suis parti en Islande. Ce n’est plus du tout pareil. » Il fait aujourd’hui beaucoup de trail, campe presque chaque week-end et envisage un jour de devenir accompagnateur en moyenne montagne, « AMM », précise-t-il. « Je serais peut-être paysagiste à mi-temps. En tout cas, c’est le projet que j’ai ». Pour la suite, il pense au Maroc, aux Pyrénées. Le Te Araroa Trail, en Nouvelle-Zélande, le fait rêver. « Mais j’aimerais bien faire un truc un peu hors des sentiers battus, pas un truc hyper connu comme ça. » « Quand je pose [des congés], c’est forcément pour aller marcher. » Il en a une trentaine par an. Et il sait déjà à quoi les consacrer. Lorsqu’on lui demande ce qu’il conseillerait à un jeune de son âge tenté par la même chose, le « casse-cou » se révèle finalement assez prudent : « Il faut vraiment faire très progressivement, surtout quand on est jeune. Partir un peu à la journée, aller camper juste un jour. Et après, ça vient tout seul. »

Félix Barrault traversée Islande à pied
(Félix Barrault)

17 jours seul à travers l’Islande : le périple de Félix en chiffres

16 ans au moment du départ
17 jours de traversée, du 7 au 25 juillet 2026
Environ 400 km à pied, du lac Mývatn à Skógafoss
Environ 6 500 m de D+
34 kg : poids maximal de son sac au départ
10 kg de nourriture pour la partie en autonomie
5 litres : sa capacité maximale de transport d’eau
25 à 30 km par jour dans les secteurs désertiques
Environ 100 km/h : vent maximal rencontré
4 jours : sa plus longue période sans croiser personne

Son parcours : Mývatn → Ódáðahraun → Hautes Terres → Nýidalur → Sprengisandur/F26 → Landmannalaugar → Laugavegur → Þórsmörk → Fimmvörðuháls → Skógafoss.

Pour en savoir plus sur Félix, sa chaîne YouTube . Et pour voir sa vidéo de la traversée des Alpes, c’est ici

La suite est réservée aux abonnés

Déjà abonné ? Se connecter
Votre premier article est offert
LIRE GRATUITEMENT
ou
S'ABONNER
  • Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
  • Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
  • Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€

À lire aussi

Tour du Mont-Blanc
Marina Abello Buyle

« La montagne n’est pas un parc d’attraction » : la régulation sur le Tour du Mont-Blanc est actée pour le printemps 2027, confirme Jean-Marc Peillex

Pré de madame Carle
La rédaction

Pré de Madame Carle : après la disparition de la route, comment accéder au cœur des Écrins ?

Le Valais à ciel ouvert
Suisse Tourisme

Le Valais à ciel ouvert

Leukerbad
Suisse Tourisme

Loèche-les-Bains : au-delà des thermes, un immense terrain d’aventure en altitude

Plus d'articles

Outside le magazine de l'outdoor

Outside entend ouvrir les pratiques et la culture outdoor au plus grand nombre et inspirer un mode de vie actif et sain. Il s’adresse à tous ceux qui aspirent à prendre un grand bol d’air frais au quotidien et à faire fonctionner leurs muscles comme leurs neurones avec une large couverture de l’actualité outdoor.

Newsletter

L’aventure au cœur de l’actualité. Chaque vendredi, les meilleurs articles d’Outside, directement dans votre boîte mail.

Liens

  • A propos d’Outside
  • Abonnements
  • Retour d'aventure
  • Mentions Légales
  • CGV
  • Politique de confidentialité
  • 1% for the Planet
  • Offres d’emploi
© Outside media 2026
Activer les notifications